‹ Lectures pédagogiques à l'usage des écoles normales primairesChapitre 15 sur 226 · J.-J. Rousseau · texte numérisé non relu

J.-J. Rousseau

prit; nous n'irons pas nous prosterner devant eux dans le sentiment de notre infériorité ou nous livrer aveuglément à leur conduite. Ce que Dous devons apprendre d'eux avant tout, c'est à chercher la vérité avec indépendance et avec courage. Telle est^ dans son principe essentiel, la ▼irile doctrine que Ctianning a développée entre autres dans son discours sur V Éducation personnelle (On self- culture) ^ auquel sont empruntées les pages suivantes.

H. Ed. Laboulaye a traduit et publié en 1855, sous le titre de Œuvres sociales de Channing^ un certain nombre d'écrits du penseur américain. L'édition la plus récente est celle de 1874, Paris, Charpentier, un ▼olume in-18.

La société nous est aussi nécessaire que Tair et la nourriture. Un enfant condamné à une solitude absolue, grandissant sans voir ou sans [entendre des êtres humains, n'égalerait pas certains animaux en intelligence; l'homme qui n'aura jamais été mis en contact avec des esprits supérieurs au sien parcourra probablement le même cercle monotone de pensée et d'action jusqu'à la fm de sa vie.

C'est surtout par les livres que nous jouissons du commerce des esprits supérieurs, et cet inappréciable moyen de communication est à la portée de tout le monde. Dans les plus beaux livres, les grands hommes nous parlent, nous donnent leurs plus précieuses pensées, et versent leur âme dans la nôtre. Remercions Dieu des livres. Ils sont la voix de ceux qui sont loin et de ceux qui sont morts : ils nous font les héritiers de la vie intellectuelle des siècles écoulés*. Les livres sont les vrais niveleurs ; à tous ceux qui veulent en user sincèrement, ils procurent la société, la présence spirituelle des meilleurs et des plus grands hommes. Qu'importe ma pauvreté? Qu'importe que les heureux du siècle dédaignent d'entrer dans mon obscure demeure? Si la Sainte Écriture entre et séjourne sous mon

1. Rapprocher ce passage de Channingde celui deDcscarles: « La lecture

de tous les bons livres est comme une conversation avec les plus hoimctes

gens des siècles passés, qui en ont été les auteurs, et même une conversation

étudiée, en laquelle ils ne nous découvrent que les meilleures de Icui's

pensées. » (Discours de la Méthode, P* partie.)

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