‹ Lectures pédagogiques à l'usage des écoles normales primairesChapitre 16 sur 226 · CHANNING · texte numérisé non relu

CHANNING

toit, si Milton passe mon seuil pour chanter le paradis» Shakespeare pour m*ouvrir les mondes de Timagination el les secrets du cœur humain, Franklin pour m enrichir de sa sagesse pratique, je ne manquerai pas d'amis intellectuels, et je pourrai devenir un homme bien élevé, quand même je ne serais pas reçu par ce qu'on appelle la bonne société dans Tendroit que j'habite.

Pour rendre ce moyen de culture efficace, on doit faire choix de bons livres, de ceux qui ont été écrits par des esprits droits etfermes, par de véritables penseurs qui, au lieu de délayer dans des répétitions les idées d'autrui, ont quelque chose à dire eux-mêmes et écrivent pour des gens sérieux. Ces ouvrages, il ne faut pas les effleurer par amusement, mais les lire avec une attention soutenue et l'amour respectueux de la vérité. Dans le choix de nos lectures, nous pouvons nous faire aider par ceux qui ont plus étudié que nous. Mais, après tout, il vaut mieux nous déterminer par notre propre goût. Les meilleurs livres pour nous ne sont pas toujours ceux que le sage recommande, ce sont plutôt ceux qui répondent à nos besoins particuliers, â la soif naturelle de noire esprit, et qui, par conséquent, éveillent notre intérêt et fixent notre pensée.

Et il est bon de faire observer que, non seulement à l'endroit des livres, mais sous d'autres rapports, l'éducation doit varier avec l'individu. Tous les moyens ne conviennent pas également à tous. Un homme doit se développer librement et ménager les dons particuliers ou les penchants par lesquels la nature l'a distingué des autres hommes. L'éducation n'exige pas le sacrifice de l'individualité. Ce n'est pas une machine qui torture chaque homme pour le seul plaisir de le jeter dans un moule immuable appelé perfection. Comme le visage humain, toujours composé des mêmes traits, offre cependant une variété infinie, et n'est jamais le même chez deux individus, ainsi l'âme humains avec les mêmes facultés, et sous l'empire des mêmes lois, se déyeloppe sous une variété infinie de toTTae^> ^V^\i\\.

gênée d'une manière déplorable par une éducation qui forcerait tous les hommes à apprendre la même leçon et à s'incliner devant les mêmes règles.

Je sais combien il est difficile pour quelques personnes, surtout pour celles qui sont absorbées par des travaux manuels, de fixer leur attention sur un livre. Qu'elles s'efforcent de surmonter les obstacles en choisissant des sujets qui les intéressent vivement, ou en lisant de compagnie avec ceux qu'elles aiment. Rien ne peut remplacer les livres. Ce sont des amis qui nous encouragent et nous consolent dans la solitude, la maladie, l'affliction. La richesse des deux continents ne remplacerait pas le bien qu'ils procurent. Que chacun, s'il est possible, rassemble sous son toit quelques bons ouvrages, et obtienne pour lui-même et pour sa famille l'accès de quelque bibliothèque commune. Il n'est pas de luxe qu'on ne doive sacrifier pour cela.

L'un des traits les plus intéressants de notre époque, c'est la multiplication des livres et leur propagation parmi toutes les classes de la société. On peut maintenant acquérir à peu de frais les plus précieux trésors de la littérature. Les livres qu'autrefois leur prix élevé réservait au petit nombre sont aujourd'hui accessibles à tout le monde ; et de ce côté s'opère dans la société un changement d'habitudes bien favorable à l'éducation du peuple. Pour ses connaissances et pour le sujet de ses réflexions, il né dépend plus des rumeurs que le hasard apporte jusqu'à lui ou des vaines conversations du jour. Au lieu de former leurs jugements dans la foule et de céder surtout à la voix de leurs voisins, les hommes commencent à étudier et à réfléchir seuls, à suivre un sujet de façon continue, à choisir par eux-mêmes ce qui doit occuper leur, esprit et à appeler à leur aide le savoir, les vues originales et les raisonnements des écrivains de tous les pays et de tous les siècles ; il en résultera une maturité, une indépendance de jugement, et une profondeur, une étendue de connaissances inconnues autrefois. La propagaliou^ dans la société

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entière, de ces maîtres silencieux qu'on nomme les livres, produira de plus grands elTets que Tartillerie, la mécanique et la législation. Leur action pacifique remplacera les orages révolutionnaires. L'éducation ainsi répandue, en même temps qu'elle sera un bien inexprimable pour Tindi yidu, donnera la paix et la stabilité aux nations.

(On self-culture j discours lu à Boston, en 1838, dans la séance inaugurale des cours Franklin.)

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