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pourrait rendre les descriptions moins sèches et plus agréables, en y mêlant quelques faits de la vie et des mœurs des animaux, de la culture et de Tusage des plantes, de la propriété et de l'emploi des minéraux; mais dans cette partie, on doit être sobre, éviter le trop grand détail et surtout écarter le fabuleux que les naturalistes y ont mêlé trop souvent.

Pour les conduire d^abord dans cette immensité d'objets,

il ne doit point être question de méthodes savantes, qui

ne sei'viraient qu'à apporter de la confusion : il suffit de

s'en tenir à cette première et grande division des trois

, régnes, l'animal, le végétal et le minéral.

Pour les détailler, on suivra la maxime déjà posée plur sieurs fois, de s'attacher aux objets qui ont le plus de rapport avec nous, qui sont les plus nécessaires et les plus]utiles. On donnera la préférence aux animaux domestiques sur les sauvages, aux animaux du pays sur les étrangers.

Dans les plantes, on préférera celles qui servent pour les aliments et pour les remèdes. Les enfants parviendraient insensiblement à distinguer les parties d'un animal, des oiseaux, des poissons, des insectes; à savoir comment tous ces corps vivants croissent, se nourrissent et se conservent ; mais il serait essentiel que l'instruction n'allât point alors au delà de ce dont ils pourraient juger par la vue et par le tact.

11 en serait de même pour les fossiles, les métaux, les minéraux, les pierres et les différentes substances que la terre renferme.

On les montrera de suite, la figure d'un côté et la description de l'autre : quand on pourra y joindre les ojbets mêmes, l'image sera plus nette et plus vive, l'impression plus durable. S'ils sont présentés avec ordre aux enfants, ils se placeront naturellement dans leur tête suivant l'ordre même dans lequel ils en auront acquis la connaissance. On leur montrera en même temps les hommes fameux, taat anciens que modernes, qiii ont fait des découvertes

relatives à ces objets, et qui, par des travaux souvent immenses, les ont perfectionnées. Rendre un juste hommage aux talents, c'est faire honneur à l'humanité; ce serait inspirer aux enfants de la vénération pour les bienfaiteurs des nations : une louable curiosité s'emparerait de leurs esprits; peut-être ferait-elle naître un jour l'émulation d'égaler et de surpasser ceux qui leur auraient d'abord servi de guides.

Ce spectacle, quoique ébauché, leur élèvera l'âme, et fera croître leurs idées. 11 viendra un temps où, après avoir vu et revu plusieurs fois les objets, ils commenceront à se les représenter en gros, et à s'en faire «ux-mêraes des divisions ; le goût de la science naîtra, et il pourra être aidé alors par des méthodes et par des réflexions ; mais il faut toujours commencer par des faits et par des descriptions qui sont elles-mêmes des faits. Le dessin servirait à tous ces usages, parce que les enfants se font un plaisir de copier ce qu'ils voient.

Sous le titre de récréations physiques, je comprends les observations, les expériences, les faits de la nature les plus simples, les plus frappants et les plus faciles à retenir.... Tout ce qui ne demande que des yeux, des mains et un très simple calcul, n'est point au-dessus de la portéa de l'âge le plus tendre.

On ne prétend point démontrer à des enfants la divisibilité de la matière à l'infini ; mais un enfant de sept ans^ peut apercevoir qu'un grain de carmin teint sensiblement dix pintes d'eau, et que, par conséquent, il peut être divisé en autant de particules qu'il y a de petites gouttes de liqueur.

Qu'un grain d'or mis en feuilles peut couvrir une surface de 50 pouces carrés; que chaque feuille d'un pouce carré peut se couper en deux cents petites bandes, et chaque petite bande en deux cents plus petites; de sorte que chaque feuille ainsi divisée contient des parties presque innombrables.

Qu'une feuille d'or couvrant un cylindre d'argent peut être aplatie, allongée et mise en un fil de quatre cent quarante-quatre lieues.

On ne demande pas que la mécanique soit enseignée aux enfants ; mais on ne saurait les accoutumer de trop bonne heure à voir les machines simples qui produisent et facilitent le mouvement, à remarquer les effets sensibles du levier, des roues, des poulies, de la vis, du coin et des balances.

Les femmes considèrent des ciseaux par leur matière et comme un bijou ; les ouvrières, comme un outil pour couper : y aurait-il de Tinconvénient que Ton fît considérer cet instrument aux enfants comme étant composé de deux leviers réunis par un clou qui leur sert de point d'appui, et les deux bandes tranchantes en dedans, comme deux coins propres à diviser, lorsqu'ils éprouvent l'action des leviers ?

Qu'on leur fît remarquer que plus le point d'appui est éloigné de la puissance qui donne le mouvement, plus la force est grande, etc?

Il y a un livre assez imparfait, intitulé : Description abrégée des principaux arts et métierSy et des instruments qui leur sont propres, le tout détaillé par figures. L'Académie fait imprimer la description des arts : c'est un des phis beaux monuments que la génération présente puisse laisser à la postérité. Est-il au-dessus de la portée des enfants de feuilleter ces livres, d'en dessiner quelques figures? Serait-il impossible d'avoir dans un collège une salle où Ton mît des modèles de machines en bois ou en fer? S'il y avait dans cette salle des armoires garnies de quelques morceaux d'histoire naturelle, ne demanderaientils pas avec empressement à les voir I Ils se promèneraient, ils agiraient, et acquerraient en même temps des connaissances.

On ne prétend point apprendre l'astronomie à des enfants; mais serait-il inutile de leur dire, par exemple,

que le soleil est à environ 54 ou 55 millions de lieues de , la terre ; qu'il faudrait vingt-cinq ans à un boulet de canon pour y parvenir?

Que le diamètre du cercle que nous parcourons en un an autour du soleil est double, ou de 70 millions de lieues?

Que Téloignement des étoiles est incomparablement plus grand?

Qu'en supposant égale au soleil l'étoile Sirius, Tune des plus grandes, des plus éclatantes, et vraisemblablement la plus proche, il faudrait à un boulet de canon, pour y parvenir, 27 à 28 millions de fois 25 ans?

Que Ton compte avec les yeux un peu plus de 1022 étoiles; mais qu'avec le télescope on en découvre dix et vingt fois davantage, dont chacune est vraisemblablement aussi éloignée de l'autre que Sirius l'est de nous?

Que la terre, dans son mouvement journalier autour du soleil, fait plus de six cent mille lieues en une heure, quatre cent seize en une minute ; qu'un boulet de canon ne pourrait faire que deux mille six cents lieues en vingt-quatre heures ; qu'ainsi la terre va cent cinquante fois plus vite qu'un boulet de canon ?

Encore une fois, je demande s'il y aurait de l'inconvénient à frapper d'admiration et d'étonnement l'esprit des enfants par ces infiniment grands et ces infiniment petits?...

Il serait à désirer que les enfants fussent de bonne heure familiarisés avec des globes, des cartes, des sphères, des thermomètres, des baromètres ; qu'ils eussent des étuis de mathématiques; qu'ils sussent faire usage de la régie, du compas, quand ce ne serait que pour se procurer un divertissement; qu'ils apprissent qu'il y a un art de rapprocher les objets les plus éloignés, d'apercevoir ceux qui leur semblent imperceptibles.

Ils verraient avec le microscope ce qu'ils ne soupçonneraient pas sur la tête d'une mouche, et dans la barbe d'une plume. Ces .instruments seraient de nouveaux organes qu'on ajouterait à leurs yeux et qui leur feraient découvrir

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de nouveaux mondes: ils manieraient la machine pneumatique et tous ces instruments inventés par le géfnie et employés par l'art pour dévoiler la nature ; ils se réjouiraient avec des jeux d'optique qui leur mettraient sous les yeux les mouvements des quatre parties de l'univers.

Ils verraient les phénomènes de l'électricité qui embarrassent les philosophes, et qui étonnent tous les hommes.

On leur ferait connaître le plus grand nombre d'objets qu'il serait possible; enfin tout sera bon, pourvu que tout soit exact. Je ne propose de leur apprendre que des faits, des faits dont les yeux déposent à sept ans comme à trente : je demande si ce sont là des études pénibles, ou si ce sont des récréations utiles et agréables,

{Essai (T éducation nationale,)

EHSEIGNÊHENT DES SCIENCES NATUREIiI^ES

Paul Bert *

Après la langue, nous enseignerons à l'enfant les sciences naturelles, physiques, mathématiques. Ne vous écriez pas! Ne me dites pas que c'est là un bien vaste programme chargé de mots rébarbatifs! Vous auriez tort de vous effrayer. Je persiste à le penser : il faut que vous enseigniez les sciences dés l'enfance, non seulement dans l'école secondaire, mais dans l'école primaire elle-même, même dans ce que l'on appelle aujourd'hui la salle d'asile et que nous nommons l'école enfantine. Oui, il faut enseigner de bonne heure la botanique, la zoologie, la minéralogie, la physiologie, la géologie et même la paléontologie; oui, toutes ces sciences aux noms féroces, et qui, au premier abord, feront peut-être peur à l'enfant, il faut qu'il les

i. Voir la notice, p. 273.

apprenne.... et bien plus, il faut qu'il s*amuse en les apprenant.

Et cela est bien facile.

Quand vous montrez à un petit enfant des objets noirs, blancs, rouges, verts, et que vous lui dites de nommer ces couleurs, que faites-vous, sinon lui enseigner des éléments de sciences naturelles? Quand vous découpez sous ses yeux un rond et un carré de papier, quand vous lui faites remarquer que le rond est circonscrit par une ligne <îourbe, tandis que le carré est délimité par des lignes sur lesquelles on vise, et que séparent des écartements appelés des angles; quand vous repliez ensuite le carré de papier de manière à former deux triangles égaux, et que vous faites remarquera Tenfanl que les angles se superposent exactement les uns sur les autres, et que les côtés <lu carré ont la même longueur; qu'est-ce que vous avez fait alors, sinon de la géométrie, et non de la moins difiicile, puisque tout cela fait partie des deuxième et troisième livres Euclidiens?

Lorsque vous prenez un miroir, que vous recevez sur sa «urface un rayon de soleil, si vous montrez à Tenfant — <}Ui saisit cela très vile et sait parfaitement s'en servir à l'occasion — qu'en faisant osciller le miroir il fait osciller le point lumineux, et qu'il peut à volonté le promener sur le mur ou faire cligner les yeux de ses camarades, lorsque vous lui apprenez qu'il y a un lien entre la façon dont est placé le miroir et la manière dont on fait mouvoir le point lumineux; qu'est-ce que cela, sinon delà physique? Car vous ne lui avez appris rien de moins que les lois de la réflexion de la lumière.

Quand voue mettez au fond d'un verre plein de vinaigre deux cailloux, dont l'un reste intact, tandis que l'autre laisse échapper des gaz qui montent à la surface du liquide •en faisant de petites bulles, à la grande joie de l'enfant, •cela le frappe ; il voudra savoir pourquoi ces cailloux, en apparence semblables» se conduisent dans le liquide d'une

manière si différente. Qu'est-ce que cela encore, sinon de la chimie, celte terrible chimie si peu comprise.... même de nos bacheliers?

Tout cela amusera Tenfant, mais cela fera plus que Tamuser : cela l'habituera à bien voir, à ne pas se tromper sur l'appréciation des faits, à regarder juste, à ne pas conclure trop vite. S'il raconte à quelqu'un que lorsqu'on met un caillou dans du vinaigre, il s'en échappe des gaz, et que l'autre lui dise : Ce n'est pas vrai, j'ai essayé, et il ne s'est pas échappé de gaz; l'enfant répondra : Cela dépend du caillou! C'est tout le fond de la science? Et plus tard, dans la vie, en présence de récits ou de phénomènes qui paraîtront contradictoires, il saura que « cela dépend du caillou » ; c'est-à-dire qu'il se sera habitué à observer, à ne pas croire les gens sur parole, à examiner les faits, à se rendre compte de l'exactitude des choses qu'on lui enseigne, à comparer, à analyser, de quoi qu'il s'agisse dans la vie ! Ces connaissances qui auront orienté son esprit, qui auront discipliné ses sens, qui l'auront rendu maître de luimême, de quelle utilité directe et pratique ne lui serontelles pas! Est-il un seul artisan qui ne reconnaisse, est-il un seul ouvrier qui ne puisse déclarer combien il est utile d'avoir reçu quelques notions de géométrie, de mécanique, de physique ? Croyez-vous que la science soit inutile à ceux qui vivent et travaillent dans les champs? On se plaint de la dépopulation des campagnes ; on dit que les laboureurs sont attirés vers les villes, que les bras manquent à l'agriculture, que les campagnes se vident. On a raison. C'est là un fait que je ne juge pas en ce moment, et qui a peut- ^tre sa justification dans l'organisation même de la société. Mais alors n'est-ce pas le cas de rechercher Us moyens de rendre aux habitants des campagnes la vie plus agréable, afm de les retenir chez eux? Lorsque l'école les aura habitués à s'intéresser à toutes les choses au milieu desquelles ils vivent, lorsqu'ils sauront se rendre compte de tout ce qu'il y a d'attrayant dans l'élude de la vie de la plante

et de l'animal, lorsqu'ils pourront comprendre l'histoire que leur racontent les végétaux et la terre elle-même, soyez sûrs que si vous ne les empêchez pas tous de s'en aller, vous aurez au moins rendu la vie plus agréable à ceux qui resteront. N'est-ce pas quelque chose qu'il faille considérer, lorsqu'il s'agit de ceux qui tiennent tous les jours le manche si dur de la charrue? Mais ce n'est pas tout. Il y a mieux que cela. Ce ne sont pas seulement des notions utiles et agréables qu*aura acquises l'enfant; il aura acquis quelque chose de bien supérieur. Lorsqu'il aura vu que les faits naturels ne sont pas livrés au hasard, lorsqu'il aura appris par une expérience répétée et par l'enseignement de ses maîtres qu'il y a toujours une relation constante de cause à cfTet, qu'il n'y a pas de caprice dans la nature, que tout y est soumis à des lois, il se débarrassera de ces terreurs superstitieuses auxquelles les habitants des campagnes ne sont quç trop enclins. Voici un passage d'un livre de M. Charles Robert, relatif à ces superstitions. Il s'agit du département des Vosges, un des plus instruits de France.

« Nos paysans compromettent le succès de leurs semailles et de leurs récoltes sur telle apparence de la lune. Ils craignent de couper leur foin et de faucher leurs seigles parce que le macabre (la voie lactée) est tourné de telle façon. Ils se règlent pour leurs semailles d'automne sur les trois angélus de l'Assomption. Ils exposeraient leurs bestiaux à devenir malades plutôt que d'enlever leurs litières entre Noél et la Circoncision. Ils s'inquiètent beaucoup de leurs songes; en un mot, le moyen âge n'est pas fini dans nos campagnes, et j'ai ouï regretter qu'on ne pende plus les sorciers. »

Qu'est-ce donc que ces superstitions? C'est la théorie des miracles incessants, de ces grâces qui tombent du ciel, comme, dans le gouvernement monarchique, elles tombent du haut du trône; c'est la théorie de l'homme peureux parce qu'il ignore, et à qui les forces et les phénomènes de la nature apparaissent toujours comme de mauvais démons, qu'on ne peut conjurer qu'en leur faisant

quelque offrande. Mais riiomme instruit qui, tout enfant, s'est imprégné de la connaissance des lois naturelles, sait qu'il n'a rien à craindre du hasard, et qu'il n'y a pas de gros ou de petits démons hantant les fontaines ou les bois. Lorsque Jupiter tonne dans la nuée sombre, si quelque vieille femme l'exorcise, il sait, lui, que ce n est pas un •démon qui le menace; il invoque ce Franklin sous le patronage duquel vous vous êtes placés vous-mêmes *.

« 0 Jupiter, dit-il, tu ne me fais pas peur. Voici que depuis trop de siècles tu effraies les populations. Je sais -ce qu'il faut pour te réduire au silence; je vais prendre un cerf-volant et le lancer dans les airs; et toi, tu vas descendre le long du fil, je te condamne à faire ici-bas le métier de facteur rural 1 »

Et Jupiter descend, et même il fait très bien son service. Avec la science, plus de superstitions possibles, plus d'espérances insensées, plus de ces crédulités niaises, de •ces croyances aux miracles quotidiens, à l'anarchie dans la fiature. Le vrai miracle, mais il est tout autour de nous, il est en nous. Levez les yeux au ciel par une belle nuit, 'Considérez ces astres qui décrivent leurs orbes réguliers, et songez à ce que l'astronomie nous a révélé de leurs •distances et de leur vilesse. N'est-ce pas le miracle permanent que tant d'ordre en une telle immensité! Et nousmêmes! Et cette minuscule agrégation de molécules •d'azote, de carbone, d'hydrogène, d'oxygène, de phosphore, de fluor.... que sais-je? qui est là dans un coin de cet incommensurable Univers, qui pense, qui réfléchit, qui •compare, qui mesure la course des astres immenses, dont l'imagination, dans ses audacieux calculs, pénètre jusqu'aux -dernières limites de l'immensité, et qui, chose plus merveilleuse encore, conçoit de grandes pensées, qui s'émeut h toutes les générosités, qui aime! N'est-ce pas encore un

1. La conférence dont ces pajçes sont extraites élait faite devant le cercle iFrankUn du Havre.

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