LES EXERCICES MILITAIRES
Padl Bert*
La nation ruinée, mutilée, saignée d'hommes et d'argent, a donné son dernier écu pour se préparer une armée, et pendant un temps on a pu penser qu'elle n'avait d'auti*e souci que de venger son injure. Elle fait appel à tous ses enfants : elle a effacé des divisions odieuses, elle a imposé à tous le même risque, ce qui est légitime, puisqu'ils ont tous le même droit.
i. Voir Ja nolice,p. ^lô
Pourquoi n*a-l-on pas pensé alors que ce soldat-citoyen c'était dès l'école qu'il fallait le préparer?
La plupart de nos paysans conscrits arrivent au régiment gauches, maladroits, lourds de corps et parfois d'esprit, sans tenue, n'ayant jamais eu une épée en main, trop souvent sans avoir jamais tiré un coup de fusil; il faut à X grand'peine leur apprendre pendant deux années ce que, tout enfants, ils eussent appris avec tant de plaisir; bien heureux quand les corvées, les punitions, la théorie sèche ne leur font pas prendre en haine le métier de militaire.
Mais enfin on a fini par comprendre. A la demande d'un citoyen patriote, le sénateur George, une loi d'apparence modeste a ordonné que la gymnastique serait enseignée dans les écoles. Bientôt une seconde loi, que la Chambre a votée en 1881 et qui a été adoptée par le Sénat en 1882, a introduit dans l'école l'enseignement militaire.
Déjà on s'efforce de l'appliquer; déjà on s'organise dans toutes nos communes, et ici, comme en tant de questions qui touchent à l'enseignement public, la ville de Paris a pris la tête et donné l'exemple. Ses petits bataillons scolaires sont presque tous organisés; vous les avez vus, le 14 juillet, défiler avec leur air mâle et martial, et pendant qu'ils passaient les larmes montaient aux yeux et les cœurs sautaient dans les poitrines, car on voyait bien que ces enfants ne jouaient pas au soldat, mais qu'ils se considéraient déjà comme les défenseurs de la République et de la patrie.
Mais croyez-vous que cela soit assez? Je ne le pense pas. Songez-y. Cette instruction militaire si rapidement et si agréablement acquise n'est qu'un jeu; mais, à treize ans, • l'enfant va quitter l'école, et il n'entrera au régiment qu'à vingt ans. Eh bien, ne craignez-vous pas que pendant ces sept années il n'oublie ce qu'il a appris ? Cette idée est venue à tous les bons patriotes, et alors deux- associations se sont émues et ont voulu porter remède à cet état de choses. L'une, c'est la célèbre Ligue de l'enseignement^ cette
305 LECTURES PÉMfiOdIQUES
grande association qui a lant travaillé sous l'empire et à laquelle nous devons, pour la plus grande part, le beau mouvement d'opinion qui nous a permis de doter ce pays de rinstruclion gratuite, obligaloiro et laïque.
Puis une autre association, toute jeune, tout ardente et toute fière de son beau titre, la Ligue des patriotes, ce beau mot inventé par Vauban et qui désigne ceux qui, au-dessus des discussions de partis, des dissensions politiques et religieuses, placent le culte de la patrie. La Ligue de renseignement comme la Ligue des patriotes ont pensé à corriger cet état de choses, et, se faisant une généreuse concurrence, elles établissent dans les chefs-lieux de canton et les grosses communes de petites sociétés de gymnastique, de tir et d'exercices militaires où viendront les jeunes soldats qui ont quitté le régiment et qui veulent conserver ce qu'ils ont appris, puis les jeunes gens non encore entrés au régiment qui veulent acquérir ce que les autres savent, et aussi, dés Tannée prochaine, les enfants de nos écoles qui auront appris Tinstruction militaire et qui ne voudront pas l'oublier. Tout cela travailleraensemble, afin que, quand le jour sera venu d'entrer dans le rang, ce ne soient pas des conscrits maladroits, mais des soldats tout prêts, sachant manœuvrer, manier l'arme et tirer efficacement un coup de fusil.
Mais cela ne suffit pas. Je crois qu'il est temps pour le législateur d'entrer en ligne ; il est de son devoir d'intervenir et de rendre obligatoire ce pour quoi les Ligues ne peuvent faire appel qu'au bon vouloir patriotique. Oui, je crois qu'il est de son devoir et de son intéiôt de créer cette espèce de catéchisme ^de/persévérance du soldat, et qu'il retrouvera sur le budget de la guerre, en économies centuplées, ce qu'il aura [^dépensé d'argent au budget de rinslruction publique.
Quant à moi, je voudrais que ces réunions d'enfants, de petits soldats, fussent assez fréquentes, et qu'un certain nombre d'entre elles tussent entourées d'une véritable
'solennité; je voudrais qu'elles constituassent des fêtes publiques nationales. Un peuple libre a besoin de fêles publiques. C'est dans ces fêtes que se développe la sympathie commune, c'est là que se crée une sorte de vibration communicative qui échauffe les cœurs; c'est là que se retrempent la foi dans la patrie et l'amour de la liberté.
{De Véducation civiqve, conférence faite au palais du Trocadéro, le 6 août 1882, au profit des bibliothèques populaires syndiquées du département de la Seine.)
L'ÉDUCATION FÉMINIiNE EN PARTICULIER
L'ÉDUCATION !>£ LA FERIlKIt:
Victor Cousin'
L'homme et la femme ont la môme âme, la même destinée morale ; un même compte leur sera demandé de l'emploi de leurs facultés, et c'est à l'homme une barbarie et à la femme un opprobre de dégrader ou de laisser dégrader en elle les dons que Dieu lui a faits. Les femmes ne doiventelles pas savoir leur religion, si elles veulent la suivre et la pratiquer comme des êtres intelligents et libres ? Et dès que l'instruction religieuse leur est non paspermisQ, mais commandée, quel genre d'instruction, je vous prie, pourra paraître trop relevé pour elles? Encore une fois, ou la femme n'est pas faite pour être la compagne de l'homme, ou c'est une contradiction inique et absurde de lui interdire les connaissances qui lui permettent d'entrer en commerce spirituel avec celui dont elle doit partager la des-
i. Voir U notice, p. 148.
TICTOR COUSIN. — FÉÎ^ELON 399
tinée, comprendre au moins les travaux, ressentir les luttes et les souffrances pour les soulager. Laissons-la donc cultiver son esprit et son âme par toute sorte de belles connaissances et de nobles études, pourvu que soit inviolablement gardée la loi suprême de son sexe, la pudeur qui fait
la grâce.
(Jacqueline Pascal,)