‹ Lectures pédagogiques à l'usage des écoles normales primairesChapitre 171 sur 226 · JULES SIHON · texte numérisé non relu

JULES SIHON

du monde. L'instruction, en se généralisant dans un pays esclave, amènerait forcément la liberté avec elle ; il faut donc que la liberté, sous peine de devenir un mensonge, répande l'instruction dans les pays où elle régne. Que les écoles soient la conséquence du scrutin partout où elles n'en ont pas été la cause! Reste à savoir si les femmes ne votent pas. Il est certain que s'il leur plaît d'adopter un candidat, les électeurs inscrits sur la liste de la mairie n'ont qu'à bien se tenir. Font-elles bien ou mal de s'occuper de politique ? c'est une question de mesure. Tout ce qu'on peut accorder à ce préjugé très répandu de l'incompétence des femmes en matière politique, c'est qu'il n'est pas à propos qu'elles entrent dans les détails de la législation et de la finance, dans les querelles d'ambition ou les manœuvres de partis. Elles ont autre chose à étudier. Mais comment seraient-elles indifférentes aux grandes questions de la politique, qui sont toutes des questions de justice, de patriotisme et de liberlé? Regardons autour de nous. Toutes les femmes ont aujourd'hui un parti pris sur la Pologne, sur Venise, sur la peine de mort, sur la libre défense des accusés, sur la liberté de penser et d'écrire. Où en serait la Révolution de Pologne, sans les femmes? Pendant cette lugubre année de 1870, les femmes étaient partout dans les ambulances ; elles dirigeaient toutes les quêtes ; à Paris, quand les rues étaient sillonnées d'obus, quand les enfants mouraient faute de lait, quand le pain manquait, elles restaient fermes, elles ne parlaient pas de se rendre. La France a toujours fait une place aux femmes sur les échafauds politiques. C'est parce que l'indifférence des femmes ne sera jamais, de leur part et de la nôtre»; qu'une prétention, mal justifiée, qu'il restera toujours, malgré tout, une pointe de chevalerie dans la politique française.

(UÉcole.)

LmtàM* HODERIIE DE L'ÉDUCATION FÉSDiniE

Gbéard*

Suivant un dicton anglais, rien n'est impossible au Parlement, sauf de changer un homme en femme. Gardons-nous de paraître vouloir changer les femmes en hommes» et» pour faire entrer dans le ménage plus de force, n*allons pas en faire sortir la douceur et la grâce. Nous ne sommes plus au temps où Ton se demandait si là femme a une âme, ni si Tâme de la femme ne diffère pas de celle de Thomme. Ce qui est incontestable, c*est que ni leur destination n*est la même, ni leur nature. Or le but de l'éducation, c'est le perfectionnement dans l'ordre de la nature. Fortifions donc dans la femme la raison, qui est le bien commun, mais sans porter atteinte aux dons qui lui sont propres. Toutes ses faiblesses ne sont pas des défauts, pas plus que nos énergies ne sont toutes des vertus. Moins riche que Fhonmie en qualités acquises, la femme l'emporte par les qualités natives, ce que Montaigne appelle les qualités de prime-saut. Son instinct la guide parfois aussi heureusement que la plus rigou* reuse logique; tandis que nous discourons, elle observe : le grand livre du monde lui est familier; elle devine, elle démêle, elle pénètre; c'est, dans le détail des choses de l'âme, un merveilleux psychologue. Sa volonté, moins fortement trempée que celle de l'homme, conçoit, quand il le faut, les résolutions les plus vaillantes, les résolutions du sacrifice; où nous nous décidons par raison, elle écoute son cœur, et la tendresse n'a pas de source plus profonde, le dévouement de plus complet abandon. Sa sensibilité exquise vibre à tous les souffies : mobile,

i. Voir la notice, p. 1^1.

Page 1