ROUIN
Le Discours préliminaire que RoUin (16Gl-174i) a placé en tête de son Traité des éludes (1 726) peut être considéré comme le résumé des idées de ce temps sur l'éducation publique. Bien que les études dont parle RoUin soient les études classiques, il traite de Téducation, dans ce Discours, .d'une manière générale : aussi le fragment que nous donnons ci-dessous ne nous a-t-il pas paru étranger au sujet de ce chapitre, non plus que les deux morceaux de La Chàiotaisque nous donnons immédiatement après. D'ailleurs il serait diCGcile, pour ne pas dire impossible, de trouver à cette époque un auteur qui ait écrit spécialement sur ce que nous appelons aujourd'hui l'instruction primaire; Rousseau lui-même ne disait-il pas: a Le pauvre n'a pas besoin d'éducation ; celle de son état est forcée, il ne saurait en avoir d'autre I »
Ces pages du bon RoUin respirent la candeur et Thonnêteté : mais oa sentira vivement, en les lisant, tout ce que Tancienne éducation de collège, avec son culte exclusif et puéril de l'antiquité mal comprise, et ses pratiques dévotes empruntées à la vie des cloîtres, avait d'artificiel, d'étroit et d'incomplet.
Réflexions i^nérales sur les avantages de la bonne édacation.
^instruction des jeunes gens a trois objets. — L'université de Paris, fondée par les rois de France pour travailler à l'instruction de la jeunesse, se propose dans cet emploi si important trois grands objets, qui sont : la science, les mœurs, la religion. Elle songe premièrement à cultiver l'esprit des jeunes gens, et à l'orner par toutes les connaissances dont ils sont alors capables. Ensuite, elle s'applique à rectifier et à tégler leur cœur par des principes d'honneur et de probité, pour en faire de bons citoyens. Enfin, elle tâche d'achever et de perfectionner ce qu*elle n'a fait qu'ébaucher iusque-là, et elle travaille à
mettre pour ainsi dire le comble à son ouvrage en formant en eux l'homme chrétien.
C'est là le but que se sont proposé les rois en établissant l'université, et c'est aussi l'ordre des devoirs qu'ils ont eux-mêmes prescrits dans les divers règlements qu'ils lui ont donnés pour la mettre en état de répondre à leurs vues. Celui de Henri IV, de glorieuse mémoire, commence par ces mots : « La félicité des royaumes et des (( peuples, et surtout d'un État chrétien, dépend de la (( bonne éducation de la jeunesse, où l'on a pour but de (( cultiver, de polir par l'étude des sciences l'esprit encore (( brut des jeunes gens ; de les disposer ainsi à remplir a dignement les différentes places qui leur sont destinées, « sans quoi ils seraient inutiles à la république; enfin, de « leur apprendre le culte religieux et sincère que Dieu K exige d'eux, l'attachement inviolable qu'ils doivent à u leurs pères et mères et à leur patrie, le respect et l'obéis- « sance qu'ils sont obligés de rendre au prince et aux ma- « gistrals. »
Nous allons examiner chacun de ces trois objets en particulier, et nous tâcherons de montrer combien il est nécessaire de les avoir toujours en vue dans l'éducation des jeunes gens.
Premier objet de rinstrnction : Avantagées de l'étude des beaux-arts et des suiences pour former l'esprit.
Différence que V étude met entre les hommes. — Pour concevoir une juste idée de Timpor tance des fonctions de ceux qui sont destinés à apprendre aux jeunes gens les langues, les belles-lettres, l'histoire, la rhétorique, la philosophie, et les autres sciences qui conviennent à cet âge, et pour connaître combien de telles études peuvent contribuer à la gloire d'un royaume, il ne faut que considérer la différence que les bonnes éludes mettent non seulement entre les particuliers, mais aussi entre les peuples.
Les Athéniens n'occupaient pas un fort grand terrain dans la Grèce : mais jusqu'où leur réputation ne s'étenditelle point? En portant les sciences à leur perfection, ils portèrent leur propre gloire à son comble. La même école forma des hommes rares en tous genres. De là sortirent les grands orateurs, les fameux capitaines, les sages législateurs, les habiles politiques. Cette source féconde répandit les mêmes avantages sur tous les beaux-arts qui« semblent y avoir le moins de rapport : la musique, la peinture, la sculpture, l'architecture. Elle les rectifia, les ennoblit, les perfectionna, et, comme s'ils étaient sortis de la même racine et nourris de la même sève, elle les fit tous fleurir en même temps.
Rome, devenue la maîtresse du monde par ses victoires, en devint l'admiration et le modèle par la beauté des ouvrages d'esprit qu'elle produisit presque en tous genres ; et par là elle s'acquit sur les peuples qu'elle avait soumis à son empire une autre sorte de supériorité, infiniment plus flatteuse quecelle qui ne vient que des armes et des conquêtes.
Mais, sans parcourir l'histoire, il suffit d'ouvrir les
yeux sur ce qui se passe dans la nature. Elle nous montre la différence infinie que la culture met entre deux terres d'ailleurs assez semblables. L'une, parce qu'elle est abandonnée, demeure brute, sauvage, hérissée d'épines ; l'autre, remplie de toutes sortes de graines et de fruits, ornée d'une agréable variété de fleurs, rassemble dans un petit espace tout ce qu'il y a de plus rare, de plus salutaire, de plus délicieux, et devient, par les soins de son maître, un heureux abrégé de toutes les beautés des saisons et des régions différentes. Il en est ainsi de notre esprit, et nous sommes toujours payés avec usure du soin que nous prenons de le cultiver. C'est ce fonds que tout homme qui sent la noblesse de son origine et de sa destinée est chargé de mettre en valeur; ce fonds si riche et si fertile (Cicéron, L'Orateur f ch. 48), si capable de productions inunortelles, et seul digne de toute son attentioné...;
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V étude donne de la capacité pour es affaires, — Mais l'utilité de Tétude ne se borne pas à ce qu'on appelle science ; elle donne aussi de la capacité pour les affaires et pour les emplois.
Paul-Émile, qui remporta une célèbre victoire sur Persée, dernier roi des Macédoniens, savait bien comment se formaient les plus grands hommes. Plutarque observe le soin particulier qu'il prit de l'éducation de ses enfants. 11 ne se contenta pas de leur faire apprendre .leur propre langue par règles, comme c'était alors la coutume ; il leur fit aussi étudier la langue grecque. 11 leur donna toutes sortes de maîtres, de grammaire, de rhétorique, de dialectique, outre ceux qui devaient les instruire de l'art militaire; et il assistait lui-même, le plus souvent qu'il lui était possible, à tous leurs exercices...
Lucullus tira aussi un grand secours de la lecture des bons auteurs et de l'étude de l'histoire. En le voyant paraître tout d'un coup à la tête des armées, on admira sa capacité consommée. U était parti de Rome sans avoir encore un grand usage de l'art militaire, dit Gicéron, et il arriva en Asie capitaine tout formé et parfait. C'est que son génie excellent, cultivé par l'étude des beaux-arts, lui tint lieu d'expérience, qui semble pourtant ne pouvoir se suppléer.
Brutus passait une partie des nuits à s'instruire de l'art militaire par les relations des campagnes des plus fameux capitaines, et ne comptait pas pour perdu le temps qu'il donnait à lire les historiens, et surtout Polybe, sur les ouvrages duquel on le trouva occupé à travailler peu de temps avant la fameuse bataille de Pharsale.
... 11 arrive parfois que des généraux d'armée, faute d'avoir cultivé leur esprit par l'étude des belles-lettres, diminuent eux-mêmes l'éclat de leurs victoires par des relations sèches, informes, languissantes; et que leur plume soutient mal les exploits de leur épée. Ils sont en cela bien différents de César, de Polybe, de Xènophon et de Thucydide, qui, par la vivacité de leurs peinturesi
transportent le lecteur sur le champ de bataille, lui rendent raison de la disposition des troupes et du terrain, des commencements et des progrès du combat, des inconvénients survenus et des remèdes appliqués, des balancements différents, et de leurs causes ; et par ces divers degrés le conduisent comme par la main à Tévénement.
Autres avantages de V étude, — ... Mais quand Tétude ne servirait qu'à acquérir l'habitude du travail, à «n adoucir la peine, à arrêter et à fixer la légèreté de l'esprit, à vaincre l'aversion pour une vie sédentaire et appliquée, et pour tout ce qui assujettit et captive, ce serait déjà un très grand avantage. En effet, elle retire de l'oisiveté, du jeu, de la débauche. Elle remplit utilement les vides de la journée, qui pèsent si fort à tant de personnes, et rend très agréable un loisir qui, sans le secours des belles-lettres, est une espèce de mort, et comme le tombeau d'un homme vivant (Sénèque, Lettres, 28). Elle met en état de juger sainement des ouvrages qui paraissent; de lier société avec les gens d'esprit; d'entrer dans les meilleures compagnies ; de prendre part aux entretiens les plus savants; de fournir de son côté à la conversation, où sans cela on demeurerait muet ; de la rendre plus utile et plus agréable, en mêlant les faits aux réflexions, et relevant les uns par les autres.
Mais il est temps de passer au second avantage qu'on doit retirer de l'étude, et à la seconde vue que les mai très doivent se proposer dans l'instruction des jeunes gens, qui est dérégler leurs mœurs et de former en eux l'honnête homme.
Second objet de l'instruction : Soin de former les mœnrs.
Nécessité de travailler à former les mœurs. — Si l'instruction n'avait pour but que de former l'homme aux belles-lettres et aux sciences ; si elle se bornait à le rendre habile, éloquent, propre aux affaires, et si en cultivant Vesprit elle négligeait de régler le cœur, elle ne répondrait
pas à tout ce qu'on a le droit d'en attendre, et ne nous conduirait pas à une des principales fîns pour lesquelles nous sommes nés. Pour peu qu'on examine la nature de rhomme, ses inclinations, sa fin, il est aisé de reconnaître qu'il n'est pas fait pour lui seul, mais pour la société. La Providence Ta destiné à y remplir quelque emploi. Il est membre d'un corps dont il doit procurer les avantages; et, comme dans un grand concert de musique, il se doit mettre en état de bien soutenir sa partie, pour rendre l'harmonie parfaite.
Mais, dans cette variété infinie de fonctions qui partage et occupe les hommes, les emplois que l'État a le plus d'intérêt de voir bien remplis sont ceux qui s'exercent par les talents de l'esprit, et qui demandent des- connaissances supérieures et plus relevées. Les autres arts, les autres professions, peuvent être négligés jusqu'à un certain point, sans que l'État en reçoive un si notable préjudice. 11 n'en est pas de même des emplois qui exigent de la conduite et de la sagesse, puisqu'ils donnent le mouvement à tout le corps de l'État, et qu'ayant plus de part à l'autorité, ils influent plus directement dans les succès du gouvernement et dans la félicité publique.
// n*y a que la probité qui remplisse dignement les postes. — Or c'est la vertu seule qui met les hommes en état de bien remplir les postes publics. Ce sont les bonnes qualités du cœur qui donnent le prix aux autres, et qui, en faisant le vrai mérite de l'homme, le rendent aussi un instrument propre à procurer le bonheur de la société. C'est la vertu qui lui donne le goût de Ja véritable et de la solide gloire; qui lui inspire l'amour de la patrie et les motifs pour la bien servir; qui lui apprend à préférer toujours le bien public au bien particulier, à ne trouver rien de nécessaire que le devoir,' rien d'estimable que la droiture et l'équité, rien de consolant que le témoignage de sa conscience et l'approbation des gens de bien, rien de honteux que le vice. C'est la vertu qui le rend désintéressé
pour le conserver libre ; qui Télève au-dessus des flatteries, des reproches, des menaces» des malheurs; qui l'empêche de céder à l'injustice, quelque puissante et quelque redoutable qu'elle soit; et qui Taccoutume, dans toutes ses démarches, à respecter le jugement durable et incorruptible de la postérité, et à ne lui point préférer une fausse et courte lueur de gloire, qui s'évanouit avec la vie comme une légère fumée.
La fin de toutes les éludes est de rendre Vhùmme meilleur, — Voilà ce que se proposent les bons maîtres dans Téducation de la jeunesse. Ils estiment peu les sciences, si elles ne conduisent à la vertu. Ils comptent pour rien la plus vaste érudition, si elle est sans probité. Ils préfèrent l'honnête honmie à l'homme savant, et, en instruisant . les jeunes gens de ce que l'antiquité a de plus beau, ils songent moins à les rendre habiles qu'à les rendre vertueux, bons fils, bons pères, bons maîtres, bons amis» bons citoyens.
Sans cela en effet faudrait-il faire tant de cas de ces sortes d'études, qui, selon l'expression d'un sage païen, ne seraient propres qu'à nourrir l'orgueil, et seraient incapables de corriger aucun défaut? Serviraient-elles à quelqu'un pour guérir ses faux préjugés, ou pour affaiblir ses passions? Le rendraient elles plus courageux, plus juste, plus libéral?
Sénèque avait emprunté cette solide pensée de la philosophie de Platon, qui établit en plusieurs endroits de ses écrits ce grand principe, que le but de l'éducation et de l'instruction des jeunes gens, aussi bien que du gouvernement des peuples, est de les rendre meilleurs; et que quiconque s'écarte de cette fin, quelque mérite qu'il paraisse avoir d'ailleurs, n'est point véritablement digne de l'estime ni de l'approbation du public.
Opposer à V amour des richesses et des plaisirs y qui devient le goût dominant, les exemples de l'antiquité qui y sont contraires. — Le goût de la véritable gloire et de la véritable grandeur se perd tous les jours parmi nous de plus en
plus. Des hommes nouveaux, enivrés de leur subite fortune, et dont les dépenses insensées ne peuvent venir à bout d'épuiser les biens immenses, nous accoutument à ne trouver rien de grand et d'estihiable que les richesses, et les richesses énormes; à regarder non seulement la pauvreté, mais même une honnête médiocrité, comme une honte insupportable; à faire consister tout le mérite et tout rhonneur dans la magnificence des bâtiments, des meubles, des équipages, des tables.
Quel contraste l'histoire ancienne n'oppose-t-elle pas à ce mauvais goûtl Elle nous montre des consuls et des dictateurs qu'on allait prendre à la charrue. Quelle bassesse en apparence ! Mais ces mains endurcies par des travaux rustiques soutenaient TEtat chancelant et sauvaient la république. Loin de songer à s'enrichir, ils refusaient l'or qu'on leur présentait, trouvant qu'il était plus beau de commander à ceux qui en avaient, que de le posséder eux-mêmes.
Les plus grands hommes, comme Aristide chez les Grecs, qui avait gouverné les finances de la Grèce pendant plusieurs années,Valérius Publicola, Ménénius Agrippa et tant d'autres Romains, mouraient souvent sans laisser de quoi fournir aux frais de leurs funérailles, tant la pauvreté était en honneur chez eux, et les richesses méprisées. On voyait un vénérable vieillard, illustré par plusieurs triomphes, manger au coin de son feu les légumes qu'il avait lui-même cultivés et cueillis dans son jardin. Ils ne se piquaient pas d'habileté à ordonner un repas; mais en récompense ils savaient l'art de vaincre les ennemis dans la guerre et de gouverner les citoyens dans la paix. Magnifiques dans les temples et les édifices publics, ils se contentaient pour eux-mêmes de maisons fort modestes, qu'ils ornaient des dépouilles des ennemis et non de celles des citoyens.
Des traits de celte sorte frappent les jeunes gens. Et qui n'en serait touché? On les aide à faire les réflexions quA
Sénèque dit qu'il faisait en voyant dans une maison de campagne de Scipion l'Africain des bains d'une extrême simplicité; au lieu que de son temps on en avait porté la magnificence à un excès incroyable. J'ai un grand plaisir, dit-il, lorsque je compare les mœurs de Scipion avec les nôtres. Ce grand homme, la terreur de Garthage et l'honneur de Rome, après avoir cultivé son champ de ses propres mains, venait prendre le bain dans cet obscur réduit, habitait sous ce petit toit, se contentait d'une salle pavée si grossièrement. A qui maintenant une-telle médiocrité suffirait-elle?
La connaissance du caractère et des vertus des grandi hommes porte à les imiter, — On remarque avec raison que rien n'est plus capable d'inspirer des sentiments de vertu, et de détourner du vice, que la conversation des gens de bien, parce qu'elle s'insinue peu à peu, et qu'elle pénétre jusqu'au cœur. Les entendre, les voir souvent, tient lieu de préceptes. Leur présence seule, lors même qu'ils se taisent, parle et instruit. C'est là le fruit que l'on doit principalement tirer de la lecture des auteurs. Elle nous met, pour ainsi dire, en liaison avec tout ce que l'antiquité a eu de plus grands hommes. Nous conversons, nous voyageons, nous vivons avec eux. Nous entendons leurs discpurs ; nous sommes témoins de leurs actions. Nous entrons insensiblement dans leurs sentiments et dans leurs maximes. Nous prenons d'eux cette noblesse et cette grandeur d'âme, ce désintéressement, cette haine de l'injustice, cet amour du bien public, qui éclatent de toutes parts dans leur vie.
Les réflexions sur les mœurs doivent être courtes, — Quand je parle ainsi, ce n'est pas que je croie qu'il faille beaucoup insister sur les réflexions de morale. Les préceptes qui regardent les mœurs, pour faire impression, doivent être courts et vifs, et lancés comme un trait. C'est le plus sûr moyen de les faire entrer dans l'esprit, et de les y faire demeurer. C'est Sénèque qui parle ainsi; et il ajoute
une comparaison bien propre à ce sujet. Il en est, dit-il, de ces réflexions comme de la semence. Elle est peu de chose en elle-même ; mais si elle tombe dans une terre bien préparée, elle se développe peu à peu ; et par des accroissements insensibles, de très petite qu'elle était d'abord, elle s'étend et s'élève considérablement. Ainsi les préceptes dont nous parlons ne sont quelquefois qu'un mot, qu'une courte réflexion; mais ce mot, cette réflexion, qui paraissent dans le moment même comme tombés et perdus, produiront leur effet dans le temps.
Il ne faut donc pas s'attendre que cet effet soit prompt, et encore moins qu'il soit général. C'est beaucoup qu'un petit nombre en profite ; et ce petit nombre ne laissera pas d'être utile à la république. C'est la réflexion que faisait Gicéron en traitant une matière pareille à celle dont jeparle; et il avait marqué auparavant qu'on ne pouvait rendre un plus grand et plus important service à l'État que de travailler à l'instruction de la jeunesse, surtout dans un temps où, à cause de la licence effrénée des mœurs, elle avait besoin d'être retenue et arrêtée par tous les moyens imaginables.
Troisième objet de l'instruction : Étude de la religion. ]
... La principale vue de V université est de former les jeunes gens à la piété, — Mais le but de tous nos travaux, la fm de toutes nos instructions doit être la religion. Quoique nous n'en parlions pas toujours, nous devons l'avoir dans l'esprit et ne la jamais perdre de vue. Pour peu qu'on soit attentif aux anciens règlements de l'université à l'égard des maîtres et des écoliers, aux différentes prières et aux solennités qu'elle a prescrites pour implorer le secours de Dieu, aux processions publiques qu'elle a ordonnées dans chaque saison de l'année, aux jours fixes et marqués où elle fait interrompre les études publiques, pour laisser le temps de se mieux disposer à la célébration dos grandes
fêtes et à la réception des sacrements, il est aisé de reconnaître que rintention de cette pieuse mère est de consacrer et de sanctifier les études des jeunes gens par la religion, et qu*elle ne les porte si longtemps dans son sein que pour les enfanter de nouveau à Jésus-Christ. (Gai. , iv, 49).
Règlement de Vuniversitépour faire apprendre aux écoliers des sentences tirées de VÉcriture sainte. — C'est par cette même vue qu'elle a ordonné que dans toutes les classes, outre les autres exercices de piété, les écoliers réciteraient chaque jour quelques sentences tirées de rÉcriture sainte, et surtout du Nouveau Testament, afin, dit-elle, que les autres études soient comme assaisonnées par ce divin sel. Elle consent que Ton tire des auteurs païens la beauté et la délicatesse des expressions et des pensées : ce sont de précieux vases qu'on a droit d'enlever aux Egyptiens. Mais elle craindrait que dans ces coupes empoisonnées on ne présentât encore aux jeunes gens le vin de l'erreur, comme s'en plaignait saint Augustin, si parmi tant de voix profanes dont retentissent continuellement les écoles, celle de Jésus-Christ, l'unique maître des hommes, ne s'y faisait entendre. Elle regarde ce pieux exercice comme un préservatif salutaire et comme un antidote efficace pour prévenir et pour fortifier les jeunes gens, au sortir des études, contre les attraits du plaisir, contre les fausses maximes du siècle corrompu, et contre la contagion du mauvais exemple.
Règlement du parlement sur le même sujet. — Le parlement, qui veille à l'observation des statuts de l'université, dans un règlement général qu'il a fait pour un de ses collèges, enjoint au principal de tenir la main à ce que c les écoliers ne passent jamais un jour sans apprendre par mémoire une ou deux maximes de l'Écriture sainte, suivant l'esprit des statuts de la faculté des arts. »
Utilité de la lecture de VÉcriture sainte* — Les courtes réflexions que le professeur ajoute de vive voix sur la sentence que Ton doit apprendre, jointes à Tinstruction qui se
fait régulièrement dans chaque classe tous les samedis, et à l'étude de l'histoire sainte, suffiront aux jeunes gens pour leur donner une teinture raisonnable de la doctrine chrétienne. Et s'ils ne rapprennent pas dans cet âge, quand le pourront-ils faire? Ne sait-on pas que pour l'ordinaire le temps qui suit les études est emporté par le vairi amusement des bagatelles et des plaisirs, ou par l'occupation des affaires?
Les principes puisés dans la lecture de l'Écriture sainte serviront, comme Ta sagement rémarqué un habile écrivain de ce siècle (M. Nicole), à rectifier une infinité de choses qui se rencontrent dans les ouvrages des auteurs profanes, « et qui ont été écrites par l'esprit du démon, dans le dessein de tromper les hommes par un faux agrément, qui nous rend les vices aimables lorsqu'ils nous sont représentés avec un tour ingénieux. »
A la lueur de ce flambeau on découvrira, dans les écrits des païens, et les précieuses étincelles de vérité qui y brillent de toutes parts au sujet de la Divinité et de la religion, et les erreurs grossières que la superstition y a mêlées. Car il n'y a que la révélation divine qui puisse nous servir de guide et nous conduire sûrement à travers ce mélange de ténèbres et de lumières. Sans elle, qu'ont été les peuples les plus estimés pour leur esprit et pour leur savoir, sinon un amas d'hommes aveugles, insensés, privés d'intelligence et de sagesse? C'est l'idée que nous en donne l'Écriture en plus d'un endroit. (Deut., xxxii, 24).
.... Soumettre et rapporter tout à la religion, ' — Il faut donc, pour rassembler en peu de mots ce que j'ai dit jusqu'ici, il faut que la raison, après avoir orné l'esprit de son disciple de toutes les sciences humaines, et fortifié son cœur par toutes les vertus morales, le remette entre les mains de la religion, pour lui apprendre à faire un usage légitime de tout ce qu'elle lui aura enseigné, et à le consacrer par là en le rendant éternel. Elle doit l'avertir que, sans les leçons de ce nouveau maître, tout son travail ne serait
qu'un vain amusement, puisqu'il se terminerait à la terre, au temps, à une gloire frivole, à un bonheur fragile; que ce nouveau guide peut seul mener Thomme à son principe, le reporter dans le sein de la Divinité, le mettre en possession du souverain bien où il tend et remplir ses désirs immenses par une félicité sans bornes. Enfin, le dernier avis qu'elle doit lui insinuer, et le plus important de tous, c'est d'écouter avec une entière docilité les sublimes leçons que la religion lui donnera, de lui soumettre toute autre lumière, et de regarder comme le plus grand bonheur et le plus indispensable devoir de faire servir à sa gloire toutes ses connaissances et tous ses talents.