LEPELLETIER DE SAINT-FARGEAU 48S
Là, traités tous également, nourris également, vêtus également, enseignés également, Tégalilé sera pour les jeuijes élèves non une spécieuse théorie, mais une pratique continuellement effective.
Ainsi se formera une race renouvelée, forte, laborieuse, réglée, disciplinée, et qu'une barrière impénétrable aura séparée du contact impur des préjugés de notre espèce vieillie.
Ainsi réunis ensemble, tous indépendants du besoin par la munificence nationale, la même instruction, les mêmes connaissances leur seront données à tous également; et les circonstances particulières de l'éloignement du domicile, de Findigence des parents, ne rendront illusoire pour aucun le bienfait de la patrie.
Depuis longtemps elle est attendue, cette occasion de secourir une portion nombreuse et intéressante de la société; les révolutions qui se sont passées depuis trois ans ont tout fait pour les autres classes de citoyens, presque rien encore pour la plus nécessaire peut-être, pour les citoyens prolétaires dont la seule propriété est dans le travail.
La féodalité est détruite, mais ce n'est pas pour eux, car ils ne possèdent rien dans les campagnes affranchies.
Les contributions sont plus justement réparties ; mais, par leur pauvreté même, ils étaient presque inaccessibles à la charge : pour eux, le soulagement est aussi presque insensible.
L'égalité civile est rétablie, mais l'instruction et Téducation leur, manquent ; ils supportent tout le poids du titre de citoyens ; ont-ils vraiment aptitude aux honneurs auxquels le citoyen peut prétendre?
Jusqu'ici l'abolition de la gabelle est le seul bien qui ait pu les atteindre, car la corvée n'existait déjà plus, et momentanément ils ont souffert par la cherté des denrées, par le ralentissement du travail, et par l'agitation insépa-' rable des tempêtes politiques^
Ici est la révolution du pauvre .... mais révolution douce et paisible, révolution qui s'opère sans alarmer la propriété, et sans offenser la justice. Adoptez les enfants des citoyens sans propriété, et il n'existe plus pour eux d'indigence. Adoptez leurs enfants et vous les secourez dans la portion la plus chère de leur être. Que ces jeunes arbres soient transportés dans la pépinière nationale; qu'une même loi leur fournisse les sucs nutritifs, qu'une culture vigoureuse les façonne ; que, pressés les uns contre les autres, vivifiés comme par les rayons d'un astre bienfaisant, ils croissent, se développent, s'élancent tous ensemble et à l'envi sous les regards et sous la douce influence de la patrie.
[ Comme il a été dit plus haut, Lepellctier ne bornait pas l'instruction publique à renseignement élémentaire donné datis les maisons d'éducation nationale : il admettait les trois degrés supérieurs d'instruction du plan de Condorcet, écoles secondaires* institut^ et lycées^ et il voulait que la République aidât, par un système de bourses nationales, les enfants pauvres qui montreraient des talents et des dispositions particulières à poursuivre leurs études dans ces établissements supérieurs.
Voici les articles de son plan qui se rapportent à cet objet : ]
Les enfants ne sont admis aux cours des trois degrés supérieurs d'instrucl ion, écoles publiques*, instituts et lycées, qu'après avoir parcouru celui de l'éducation nationale.
Ils ne pourront être reçus avant l'âge de douze ans aux écoles publiques.
Le cours d'études y sera de quatre années; il sera de cinq ans dans les instituts, et de quatre dans les lycées.
Pour l'étude des belles-lettres, des sciences et des beauxarts, il en sera choisi un sur cinquante. Les enfants qui auront été choisis seront entretenus aux frais de la République auprès des écoles publiques, pendant le coui's d'études de quatre ans.
i. Lepellelier açpeUe écoles pubÙque%\«i^Vs»^\^'%&\asi^\!^^^ désigne sous le nom d'écoles gecondaires.
LEPELLETIEH DE SAINT-FARGBAU. — DAUNOU 485
Parmi ceux-ci, après qu'ils auront achevé ce prehiier cours, il en sera choisi la moitié, c'est-à-dire ceux dont les talents se sont développés davantage; ils seront également entretenus aux dépens de la République auprès des instituts pendant les cinq années du second cours d*études.
Ënfm, moitié des pensionnaires de la République qui auront parcouru avec plus de distinction le degré d'instruction des instituts, sera choisie pour être entretenue auprès du lycée, et y suivre le cours d'études pendant quatre années.
Ne pourront être admis à concourir ceux qui, par leurs facultés personnelles ou celles de leurs parents, seraient en état de suivi'e, sans les secours de la République, ces trois degrés d'instruction.