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LA SOCIÉTÉ POUR L'INSTRUCTION ÉLÉMENTAIRE

Discours de M. de Gkbando (4 juillet 1815)

Aussitôt après la chute de l'empire, en 18J4, on vit se produire un remarquable mouvement d'opinion en laveur de renseignement populaire. C'était par la dilTusion de l'instruction élémentaire, disait-on, que la France

œuvre digne de tout votre intérêt. Les instituteurs primaires, plus éclairés et mieux choisis, ne peuvent être indifférents aux destinées de l'Église; ils disposeront l'enfance à l'instruction plus solide qu'elle doit recevoir des ministres des autels; ils seconderont leurs efforts pour rendre aux campagnes la connaissance de Dieu et l'amour des vertus qui assurent le repos des l'ii milles. »

• 1. La première classe normale^ c'est-à-dire la première école normale primaire, fut établie en 1811 au lycée de Strasbourç par le préfet du Bas-Rhin, M. de Lezay-Marnésia.

2. On sait que la seule dépense qui ait été faite par le premier eov^^'v^^ pour l'instruction primaire est une sub\ei\l\ou àe Wi^S^ 'tc^^vç»»"^^^^'^^^

aux frères des écoles chrétiennes.

se rclèyerait et que les maux causés par la guerre et TinTasion (bourraient êle réparés. Des hommes généreux et dévoués, le comte de Laborde, le comte de Lasteyrie, le duc de La Rochefoucauld-Liancourt, le baron de Gérando, Jomard, Tabbé Gaultier, dont l'attention avait été attirée sur les résultats remarquables obtenus en Angleterre par l'enseignement mutuel, résolurent d'introduire ce mode d'enseignement en France. Ils se mirent à l'œuvre au commencement de 1815. Pendant les Cent jours, Carnot, ministre de l'intérieur, encouragea leurs efforts. Par leurs soins uue association, qui se donnait pour programme « d'encourager l'établissement en France d'écoles élémentaires organisées d'après les méthodes d'enseignement les plus parfaites )>, se fonda sous le nom de Société pour t enseignement élémentaire : elle tint sa première assemblée générale le 17 juin 1815, la veille de Waterloo. Le second retour des Bourbons ne les arrêta pas ; ils poursuivirent leur philanthi'opique entreprise avec un zèle à toute épreuve, et, malgré la défaveur que leur témoigna le goovernoment de la Restauration, ils réussirent à créer un nombre considérable d'écoles, et à accomplir d'heureuses réformes dans les méthodes d'enseignement. On peut dire que tout ce qui s'est fait de bon et d'utile dans ,1e domaine de l'éducation populaire, de 1815 à 1830, est dû à l'initiative de la Société pour l'enseignement élémentaire.

Nous donnons ci-dessous quelques extraits du discours prononcé par le premier président de l'association, le baron de Gérando, dans la séance du 4 juillet 1815, à l'occasion d& l'adoption du règlement de la Société. On y verra ce que pensait la partie éclairée de la haute société française, à l'époque de la Restauration, sur la question de l'instruction du peuple.

Depuis longtemps les amis du bien gémissaient de voir l'éducation de la classe la plus nombreuse de la société abandonnée à un oubli qui formait un contraste toujours croissant avec les progrès généraux de la civilisation. Ils se demandaient avec douleur pourquoi les plus précieux bienfaits que la main libérale de la Providence ait répandus sur la terre, pourquoi les plus nobles attributs de Thumanité étaient ainsi laissés sans culture chez des millions d'élres intelligents et sensibles, qui, pour être privés des faveurs de la fortune, n'en ont que plus besoin encore des consolations de la vertu et des ressources que fournit une in-, struction appropriée à leur besoins. Ils s'affligeaient en considérant que la principale cause des vices qui trop souvent corrompent ou abTwW^^^xiX. \«v<i. ^^\>:\^ \vi. ^^^^ %<èXKihUbles provient de YèlaV tf^^îJ^xv^^^ ^^5^ ^ ^\^ \»ssfe.^ \^>s3t ^-

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lance. Ils [concevaient l'espoir bien légitime d'obtenir, par une éducation plus soignée et bien entendue de cette portion de la société qui malheureusement ne peut se la procurer elle-même, et un développement plus fécond de tous les genres d'industrie et, ce qui est bieri plus important encore, une amélioration sensible dans les mœurs.

Et, de toutes les manières dont s'exerce la bienfaisance, ce premier penchant des âmes vertueuses, en est-il une en effet plus réelle, plus élevée, plus étendue, que celle qui se dirige ainsi vers la source première de tous les biens dont la créature est appelée à jouir ? Les autres soulagent l'infortune, celle-ci tend à la prévenir; les autres pourvoient aux nécessités physiques, celle-ci procure le développement des facultés morales et intellectuelles ; les autres remédient aux souffrances d'un moment, celle-ci assure à l'avance des provisions pour la vie entière ; les autres distribuent des secours individuels, celle-ci embrasse dans ses résultats toute une génération. Quel spectacle plus touchant pour celui dont le cœur a senti la dignité de notre nature, dont la raison a conçu la noble destination marquée à l'homme par son auteur, quel spectacle plus touchant, dis-je, que cette enfance rassemblée ainsi sous des instituteurs pénétrés de leurs devoirs et capables de les remplir, arrachée à la fainéantise, au désordre, aux habitudes grossières et brutales, recevant les préceptes d'une bonne vie, s' exerçant à une application laborieuse et rapportant ensuite à sa famille, ou dans la chaumière, ou dans l'atelier, d'utiles secours, de douces espérances, et même des exemples dont les parents à leur tour ressentiront la salutaire influence 1

Vers la fin du dernier siècle ces sentiments et ces vues excitèrent en Europe une émulation presque universelle; et plût à Dieu que les nations n'eussent connu que ce genre de rivalité! Des hommes distingués par leurs lumières; animés en même temps par ce zèle pur et généreux qui s'allie si bien aux vraies lumières, entreprirent à l'envi

m . LECTURES PÉDAGOGIQUES

de faire connaître et mettre en pratique les méthodes propres à porter dans les écoles des campagnes et des villes le degré d'instruction convenable aux enfants qui les fréquentent, en s'accommodant aux circonstances particulières qui, sous le rapport de l'économie, de remploi du temps, de la destination de ces enfants, exigent une grande simplicité de moyens et une sorte de sobriété même dans les résultats. Dans quelques contrées, les gouvernements secondèrent avec intérêt, plusieurs fois même avec chaleur, ces louables efforts ; ailleurs on vit, ou des associations volontaires se charger de cette touchante et honorable mission,, ou même de simples particuliers, de grands propriétaires, réaliser autour d'eux le bien qui était proposé, y consacrer à la fois et leur fortune et leurs soins. L'historien ami de Thumanité recueillera un jour avec vénération et reconnaissance et le tableau de l'institut de Hambourg*, et la noble vie du chanoine Rochow*, eu Allemagne, et les efforts de Pestalozzi', de Fellenberg* en Suisse . «

Si elle avait besoin, je ne dis pas d'être justifiée, mais de recevoir une nouvelle apologie, celte généreuse tentative, si dignement recommandée par ses propres motifs, Texpérience des mêmes contrées qui en ont été le théâtre suffirait déjà pour offrir en effet l'apologie la plus éclatante. Là, on a vu des délits de tous genres diminuer rapidement, le travail s'accroître et devenir plus productif, l'aisance se répandre, et les hommes devenir plus heureux en devenant meilleurs. Quel est celui de nous qui, sur

\. C'est l'Institut d'éducation fondé en 1778 par Campe, l'auteur du Nouveau Robinson.

2. Eberhardt de Rochow (1734-1805), grand propriétaire dans la province prussienne de Brandebourg, fonda des écoles rurales et travailla h répandre l'instruction parmi les paysans.

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