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un point ou sur l'autre, n*a pu par lui-même reconnaître cette vérité? Quel est celui qui n'a été frappé et ému par de semblables tableaux ?
Si la France, qui par ses écrivains avait donné peut-être le premier éveil, qui par le rang qu'elle occupe parmi les nations éclairées, autant que par sa situation centrale, semblait appelée à donner l'exemple; si la France n'a pas participé aussi promptement à ce mouvement général, c'est qu'elle était tour à tour, pendant cet intervalle, ou occupée par ses révolutions intestines, ou absorbée par les efforts d'une existence toute militaire, ou distraite par l'éclat de ses succès, ou enfin abattue par ses malheurs; c'est aussi que, dans la mobilité de nos institutions, les gouvernements successifs n'ont pu donner une attention suffisante à une amélioration qui exige de longs efforts, et que d'ailleurs il n'existait aucun cenire pour donner à l'opinion l'impulsion nécessaire, pour la diriger convenablement dans un genre de choses qui ne peut réussir qu'avec le concours de l'opinion générale.
Cette œuvre, en effet, pour produire ce qu'on a lieu de s'en promettre, demande des observations nombreuses, des méditations profondes, des essais bien conduits. Rien n'est ' si facile que de faire des projets, rien n'est plus difficile que d'exécuter avec succès. Souvent les améliorations les plus importantes se discréditent par l'imprudence avec laquelle elles sont tentées. Sous ce rapport, si nous entreprenons plus tard, nous aurons du moins l'avantage d'être éclairés par des renseignements plus complets et par des expériences mieux constatées.
Telle est la pensée qui nous a réunis, et il a suffi qu'elle fût exprimée pour qu'un mouvement spontané conduisît ici, dés le premier instant, un concours nombreux d'amis. Loin de nous, sans doute, l'idée absurde de vouloir convertir les enfants de l'artisan, du laboureur, en autant de savants, de gens de lettres, de philosophes; de vouloir leur donner un genre et un degré de lumières qui, en leur
rendant leur condition insupportable, ne leur inspireraienl que le besoin d'en sortir! Nous désirons leur offrir précisément le genre et le degré d'instruction assortis à cettf* condition elle-même, pour les mettre en état de la mieux remplir, leur inspirer ces habitudes de travail et de régularité, cet attachement à tous les devoirs, qui sont les premiers garants de Tordre social. Mais loin de nous aussi l'idée, non moins absurde et non moins funeste, de prétendre fixer par des limites absolues le perfectionnement moral et intellectuel de l'espèce humaine, et. de maintenir systématiquement la dégradation du plus grand nombre sous le prétexte de l'intérêt de tous ; comme si l'intérêt de tous n'était pas que chacun, en restant à sa place, l'occupe le plus utilement qu'il est possible î
Le premier titre du règlement explique le détail des travaux dont la Société aura à s'occuper pour remplir son objet. Ici nous avons dû éviter de nous prononcer exclusivement pour aucune méthode, de nous engager à suivre aucun système. Nous devrons, au contraire, avant tout, faire un choix éclairé ; peut-être môme nous devrons combiner et amalgamer entre eux des systèmes différents. La réunion des renseignements nécessaires et qui» il faut le dire, ne sont point encore aujourd'hui à beaucoup près complets, les essais comparatifs attentivement suivis, seront donc dès l'origine notre principale occupation. Ainsi nous sommes redevables au docteur Bell* et à M. Lancaster' de nous avoir montré comment on peut faire
1. Le docteur André Bell (1755-1832), pasteur anglican, après avoir expérimenté le mode d'enseignement mutuel dans un asile de garçons à Madras vers 1791, et publié en 1798 deux ouvrages sur cette question, fut placé en 1811 à la lôte de la National Sociely, créée par l'Église anglicane pour la fondation et l'entretien d'écoles mutuelles.
2. Joseph Laucaslev ^1778-18381, instituteur quaker, est le premier qui ait introduit, en Xtx^XoAûvtt, Vexv^x^wwossoX. \ssss\>Msk d«.us la pratique scolaire. C'est en 11^% ^>i^^ omnùx. xxm î.n:»\'^ V \.^^^>^^v:w^ W Je faubourg de SoulbmvV,îvWàve^.v\>x^Hx.^««^^^^-^^-^-^^^^^^^^
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servir les enfants à s'instruire les uns les autres, d'avoir introduit de bonnes règles de discipline et des moyens heureux d^économie; ainsi, les philanthropes^ allemands ont niis à la portée des enfants, et réduit dans la proportion des besoins des classes inférieures, les notions essentielles de toutes les choses utiles à savoir; ainsi Pestalozzi, par sa méthode intuitive, a fourni d'excellents exercices pour développer les facultés actives des enfants, en leur enseignant la langue maternelle, les principes de Tarithmétique et de la géographie élémentaire ; ainsi Fellenberg a préparé des pasteurs et des fermiers ; la ïlollande, Hambourg ont organisé des écoles d'industrie sur le plan le plus sage et le mieux ordonné ; nous-mêmes nous possédons de précieuses méthodes, dont les unes, réalisées sur quelques points seulement, sont ignorées ailleurs; dont les autres n'existent guère encore qu'en théorie, quoiqu'elles méritent d'être expérimentées. Nous ne fixerons point d'une manière anticipée et précise la sphère des choses à enseigner; l'observation nous apprendra celles qui peuvent êlre enseignées avec fruit; nous chercherons seulement à procurer l'enseignement le plus simple de celles qui sont les plus utiles. Dnns leur nombre, nous mettrons sans doute a^i premier rang les notions élémentaires de la religion et de la morale qui, bien entendues, sont essentiell.ement inséparables; mais nous nous ferons un devoir de
association se fonda pour la propagation du système inonilorial ; elle prit le nom de British and Foreign School Society. Gomme ses écoles étaient ouvertes aux élèves de toutes les confessions, l'Église anglicane se crut menacée : elle suscita un rival à Lancaster dans la personne du docteur Bell, ettfonda la National Society en opposition à Tassociation lancastcrienne.
i . On appelle philanthropes, dans l'histoire de la pédagogie allemande, un groupe d'éducateurs qui s inspirèrent de Rousseau, et dont le chef est le célèbre Dasedow (1733-1790). Basedow fonda en 1774 a Dessau, pour y expérimenter ses doctrines pédagogiques, un institut qu'il appela le Philanthropinum : de là le nom de philanthropes, ou plus exactement de philanthropinistes^ donné à ses disciples. Les principaux furent Campe, \>olkc et Salzmann.
laisser aux ministres du culte le privilège qui leur appartient de donner à ce genre d'instruction le développement successif qu'il doit recevoir*; du reste nous osons espérer, dans nos efforts, le concours et Tappuî des ministres de cette religion qui a environné d'une protection spéciale et l'enfance, et le malheur, et la pauvreté ; qui a révélé toute la dignité de notre nature; qui a appelé tous les hommes à une commune destinée morale; et déjà en effet nous nous félicitons de compter parmi nos Souscripteurs plusieurs prélats vénérables par leurs vertus et distingués par leurs lumières.
Dans les essais que nous sommes appelés à tenter, nous marcherons prudemment, lentement, graduellement, afin de ne livrer au public que des résultats éprouvés; nous chercherons donc à nous entourer de toutes les lumières; nous formerons, à proportion que nos ressources nous le permettront, une bibliothèque des meilleurs ouvrages publics dans toutes les langues sur l'instruction primaire; nous provoquerons la traduction des ouvrages étrangers les plus recommandables ; nous provoquerons la composition d'ouvrages nouveaux lorsqu'ils seront reconnus nécessaires. La publication d'un recueil périodique sur cette matière* aura le double avantage de répandre la
1. La Sociélcpour l'instruction élémentaire voulait exclure de ses écoles l*enseigncment religieux confessionnel : c'est là le sens de la phrase un peu embarrassée de M. de Gérando. Mais le clergé ne permit pas la réalisntion de ce dessein. Le cardinal de Talleyrand, grand aumônier de France, écrivit au préfet de la Seine pour l'informer « qu'il avait fait connaître au roi les sollicitudes des catholiques et les observations du clergé au sujet des nouvelles écoles, et que Sa Majesté avait exprimé le vœu que la religion catholique servît de base à l'enseignenaent. » En conséquence, dans sa séance du 13 décembre 1816, la Société décida que « les élèves des écoles fondées par elle suivaient, pour tous les exercices du culte religieux, les règles établies dans les autres écoles par Tautoritc pubhque»; et elle dut renvoyer les trois instituteurs protestants, formés en Angleterre, qu'elle avait placés à la tête de ses premières écoles.
2. Ce recueil pér\od"\ç\v\ec^\. V^ Joumaf d* éducation, organe de la Société pour rinstruction éVémcixU'we, <\\iv ^u e.%\. ^vY^wa$i.VvaV %^^ <ç,^« 3^^4Qée
d'existence.
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connaissance des méthodes dont la bonté aura été démontrée, et d'appeler sur les autres Texamen des hommes instruits*.
En général, il nous semble que le but de la Société doit être moins encore de faire par elle-même que d'encouger à faire ceux qui ont la volonté et la capacité d'exécuter dans leurs sphères respectives. Ces encouragements peuvent être de leur nature infiniment variés; la circonstance les indique ; mais le plus efficace de tous est de fournir les renseignements à ceux, qui les désirent, et qui ne sont point à portée de se les procurer. La Société, sous, ce rapport, sera un dépôt toujours ouvert aux fondateurs , des écoles et aux instituteurs,- dépôt où ils pourront puiser en liberté et avec une entière confiance. C'est déjà souvent avoir rendu un grand service que d'avoir épargné un essai infructueux, ou d'avoir détourné d'un projet chimérique.
Nous avons entendu plusieurs personnes s'étonner de ce que nous entreprenons l'œuvre qui nous rassemble au milieu de si graves circonstances. Et pourquoi ajournerions-nous une entreprise louable? pourquoi notre zèle serait-il arrêté, refroidi, intimidé? Au milieu des dangers, quels qu'ils soient, si l'égoïsme s'isole, les âmes élevées sentent s'exalter plus vivement encore dans leur sein l'enthousiasme pour tout ce qui est noble et généreux ; au milieu des dangers tout invite à s'unir, et quelle union plus douce et plus sûre que celle qui est formée par l'amour du bien? L'amour du bien s'allie, se confond avec le patriotisme, le nourrit et s'anime par lui. Ils ne peu-
1. Il est remarquable que nous n'avons en ce moment, en France, aucun ouvrage périodique sur l'éJucition, soit en général, soit dans ses diverses branches. Les Annales d'éducation, ouvrage tort estimable, publié par M. et Mme Guizot, n'ont malheureusement subsisté qu'environ deux ans. L'Allemagne seule possède plus de dix ouvrages périodiques de cette nature. {Note de M, de Gérando.) . ^
vent trop se multiplier, se resserrer aujourd'hui, les liens qui doivent confondra tous les cœurs français ! Lorsqu'un sombre nuage s'étend sur l'horizon et menace de porter au loin Torage et ]a tempête, la nature ne continue pas moins de faire circuler dans le vaste empire des êtres organisés tous les principes de la vie. Ce fut au milieu de la guerre la plus acharnée que le bienfait de la vaccine fut répandu sur la terre, comme si la Providence eût voulu la consoler ainsi des ravages produits par les passions humaines. En concourant ainsi à préparer de nouveaux moyens pour former de bons Français, des ^ citoyens soumis aux lois, dévoués à leur pays et à leur prince, nous prouverons que n(Uis nous confions à l'avenir, que nous sommes loin de désespérer des destinées de la patrie. Les anciens consacraient par des sacrifices, par des solennités religieuses, ces grandes époques des dangers publics. Il y a quelque chose d'un caractère aussi auguste dans l'inauguration, quelque modeste qu'elle soit, d'une institution entièrement dévouée à la bienfaisance; et c'est un bon présage que d'avoir pu, dans de tels momenis, concevoir et réaliser une entreprise qui est tout entière dans les intérêts de la vertu.