JUGÉE PAR UN DE SES PARTISANS
En 1849, lorsque la seconde Republique fut tombée entre les mains de la coalition des partis réactionnaires, M. de Falloux, ministre de i'in^ struction publique, fit préparer un projet de loi sur la liberté de renseignement, par une commission où siégeaient entre autres l'abbé Dupanloup, M. Thiers et M. Cousin : l'abbé Dupanloup y représentait l'Église, M. Tliicrs ^ la majorité conservatrice.de l'Assemblée, et M. Cousin l'Université, dont il Se montra le défenseur résolu, mais impuissant. Le projet élaboré par cette commission est devenu la loi de 1850, qui livra l'enseignement primaire au clergé et lui accorda d'exorbitants privilèges dans le domaine de l'enseignement secondaire.
Ce fut surtout l'influence de M. Tbiers qui décida l'Assemblée à voter cette loi funeste. En vain essaya-t-on de le retenir : a II y a vingt ans que nous sommes amis, lui dit M. Cousin ; si vous soutenez cette loi, qui est l'humiliation et la ruine de l'Université, je vous combattrai partout, toujours; pour vous combattre, j'accepterai tous les secours! » M. Thiers refusa de rien écouter : à ses yeux, une étroite alliance avec l'Église pouvait seule sauver les classes dirigeantes menacées par le flot montant de la démocratie.
Ce que voulait alors le clergé, et ce qu'il obtint, a été exposé de la
1. Le projet de loi de H. Carnot évaluait à 47 420550 francs la sonmie à payer par le Trésor pour le traitement du personnel de renseignement primaire.
5i4 . ^ LECTURES PÉDAGOGIQUES
façon la plus explicite dans un Mémoire anonyme rédige au commencement de 1850, peu de temps avant le vute définitif de la loi. Ce Mémoire, «soumis à N. T. S. P. le Pape et à Nosseigneurs les évoques», a prol)abiemcnt pour auteur l'un des membres de la commissioi^; une note avertit a qu'il n'est en aucune manière destiné h la publicité 2>. Cette publicité qu'il ne rechercliait pas lui a été donnée trente ans plus tard ^arÏQ Journal de l'instruction publique [a? da 11 septembre 1880). Kous reproduisons le passage relatif à renseignement primaire, et un extrait de la conclusion.
... Le nouveau projet de loi fait dans l'enseignement primaire les réformes et les améliorations les plus considérables : il consacre la liberté de renseignement charitable, la liberté des associations religieuses; et de plus il supprime les écoles normales, et détruit Tinamovibilité de rinslituteur communal, et son indépendance vis-à-vis du curé.
i^ Tandis que, sous le régime actuel, quiconque se dévoue à enseigner, même gratuitement, les premiers éléments de récriture ou de la lecture, est poursuivi comme coupable d'un délit; tandis que le prêtre lui-m^me ne peut, sans s'exposer à l'amende et à la prison, apprendre l'alphabet à ceux à qui il enseigne le catéchisme ; sous la nouvelle loi, l'enseignement charitable recouvre enfin sa liberté.
2° Les pensionnats primaires, dont la création était due particulièrement aux frères de la doctrine chrétienne, et qui rendaient de si grands services, mais qui sont empêchés aujourd'hui par une interprétation inique de la loi de 1833, peuvent désormais s'ouvrir, sans aucune autorisation préalable, aux conditions les plus faciles (art. 49).
3° Les associations religieuses, qui veulent se consacrer à l'enseignement du peuple et des pauvres, étaient prohibées, entravées, arrêtées en toutes manières. On refusait de les autoriser, on bien, après les avoir autorisées dans un département, on leur défendait d'aller dans un autre; on leur rendait Taccés de toutes les écoles communales presque impossible.
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Dans la loi nouvelle, au contraire, de grandes facilités leur 3ont offertes. Ainsi :
Les communes sont libres de choisir pour instituteurs communaux des membres des associations religieuses (art. 29);
Les supérieurs des associations religieuses, consacrées à l'enseignement et reconnues par l'État, exercent le droit de présentation et le droit de révocation, à Tégard de tous leurs sujets (art. 29) ;
Les membres et novices des mêmes congrégations sont exempts du service militaire (art. 51);
Les lettres d'obédience tiennent lieu aux religieuses de brevet de capacité (art. 55) ;
Et il n'a tenu qu'à une seule voix que cet avantage fiH accordé à tous les membres des associations religieuses en général : on l'obtiendra peut-être de l'Assemblée.
4'' Le stage dispense de tout examen de capacité (art. 23).
On le sait, l'examen de capacité avait les plus graves inconvénients pour l'humilité, l'obéissance et le bon esprit des jeunes gens appartenant aux congrégations religieuses» C'est pour obvier à ces inconvénients que le stage, si facile d'ailleurs à faire accomplir par ces jeunes gens, les dispense de tout examen et brevet de capacité.
5^ Tout titre, tout diplôme, toute preuve légale de capacité pourra équivaloir au brevet, et dispenser de l'examen (art. 23).
ô*» Les écoles normales, si dangereuses, si puissantes pour le mal, et qui ont si déplorablement dénaturé le caractère et la mission des instituteurs primaires, disparaissent (art. 33, 34 et 35).
7° Toute inamovibilité est enlevée à l'instituteur communal (art. 29).
8<» Le comité local est supprimé, et Vinstituteur remis sous la suiDeillance immédiate et spéciale du curé dans chaque commune, non seulement en ce qui regarde la religion, mais aussi pour la direction morale de l'eiv^^^v^^ment primaire (art. 44).
La funeste indépendance de Tinstituteur vis-à-vis du curé disparait donc en même temps que son inamovibilité.
C'est ainsi que la loi nouvelle, si Tunanijnité des amis de Tordre détermine son adoption, d'une part affranchit la puissance du bien, de l'autre renverse par des coups décisifs la puissance du mal, et par là satisfait à ce que réclament également les vœux de la religion et les périls de la société.
Toutes les grandes réformes opérées par le projet de loi et qui pourraient avant peu d'années changer profondément la face de la France, en la couvrant d'institutions libres et chrétiennes, toutes ces réformes ont été, dans la première commission, des conquêtes très laborieuses. Ce n*est qu'après des mois entiers de luttes ardentes, sans cesse renouvelées, que les amis de l'Église ont successivement obtenu, emporté de vive force :
L'affranchissement des petits séminaires ;
L'admission des congrégations religieuses non reconnues par l'État, sans en excepter les Jésuites qui furent expressément nommés, et dans lesquels se personnifia comme d'ordinaire toute la question ;
L'abolition du certificat d'études;
L'abolition des grades ;
La destruction des écoles normales;
La réforme radicale de l'enseignement primaire;
La dislocation profonde et irrémédiable de la hiérarchie universitaire ;
La surveillance, pour les petits séminaires, réduite à une surveillance d'ordre public;
La liberté des pensionnats primaires et des établissements charitables;
Enfin, la grande place réservée à Nos Seigneurs les évêques et au clergé dans les conseils de l'instruction publique.
iVous ne pouvons, v\owç»Tv^Novxl(iiis cas dire tous les ef-