GEORGE SAND C
PRSWUBRS EXERCICES D'ÉCRITURE
George Sand
Aurore Dupin, devenue si célèbre sous le pseudonyme de George Sand, l'auteur de Lélia, de ConsuelOt de Mauprat^ dt; la Mare au Diable, et de tant d'autres romans connus, n'est pas assurément un écrivain pédagogique.
Mais dans ses mémoires autobiographiques, ayant pour titre Histoire de ma vie, elle s'est plu à raconter, avec beaucoup d'agrément et de fraîcheur, les premières années de son existence ; dans plusieurs de ses romans, elle a été amenée à parler des enfants et à indiquer tout au moins des vues sur l'éducation : une de ses dernières productions, les Contes d*une grand*fnère, s'adresse directement aux enfants.
C'en était assez pour qu'à ces divers titres nous fussions autorisés à reproduire dans notre livre quelques jolies pages d'un des plus grands écrivains de notre époque contemporaine.
Née à Paris, le 5 juillet 1804, George Sand est morte à Nohant. près de La Châtre, dans le Berry, le 7 juin 1876.
C'est vers Tâge de cinq ans que j'appris à écrire. Ma mère me faisait faire de grandes pages de bâtons et de jambages. Mais, comme elle écrivait elle-même comme un chat, j'aurais barbouillé hjen du papier avant de savoir signer mon nom, si je n'eusse pris le parti de chercher moimême un moyen d'exprimer ma pensée par des signes quelconques. Je me sentais fort ennuyée de copier tous les jours un alphabet et de tracer des pleins et des déliés en caractères d'affiche. J'étais impatiente d'écrire des phrases, et, dans mes récréations, qui étaient longues comme on peut le croire, je m'exerçais à écrire des lettres à Ursule, à Hippolyte et à ma mère. Mais je ne les montrais pas, dans la crainte que l'on me défendît de me gâter la main à cet exercice. Je vins bientôt à bout de me faire une orthographe à mon usage. Elle était très simplifiée et chargée d'hiéroglyphes. Ma grand'mère surprit une de ces lettres et la trouva très drôle. Elle prétendit que c'était merveille de
voir comme j*avais réussi à exprimer mes petites idées avec ce moyen barbare^ et elle conseilla à ma mère de me laisser griffonner seule tant que je voudrais. Elle disait avec raison qu'on perd beaucoup de temps à vouloir donner une belle écriture aux enfants, et que pendant ce temps-là ils ne songent point à quoi sert l'écriture. Je fus donc livrée à mes propres recherches, et quand les pages de devoir étaient fmies, je revenais à mon système naturel. Longtemps j'écrivis en lettres d'imprimerie, comme celles que je voyais dans les livres, et jo ne me rappelle pas comment j'arrivai à employer l'écriture de tout le monde ; mais ce que je me rappelle, c'est que je fis comme ma mère, qui apprenait l'orthographe en faisant attention à la manière dont les mots imprimés étaient composés. Je comptais les lettres, et je ne sais par quel instinct j'appris de moi-même les lettres principales. Lorsque, plus tard, un maître m'enseigna la grammaire, ce fut l'affaire de deux ou (rois mois, car chaque leçon n'était que la confirmation de ce que j'avais observé et appliqué déjà.
A sept ou huit ans, je mettais donc l'orthographe, non pas très correctement, cela ne m'est jamais arrivé, mais aussi bien que la majorité des Français qui l'ont apprise.
[Histoire de ma vie, Calmann-Lévy, éditeur.)