‹ Lectures pédagogiques à l'usage des écoles normales primairesChapitre 29 sur 226 · VICTOR HDGO. — EDGAR QUINET · texte numérisé non relu

VICTOR HDGO. — EDGAR QUINET

piration d'enfant. Il se.laissa conduire par ce bruit et arriva à une espèce d'enfoncement triangulaire pratique sous Tescalier, ou pour mieux dire formé par l'escalier même. Cet enfoncement n'était autre que le dessous dés marches. Là, parmi toutes sortes de vieux paniers et de vieux tessons, dans la poussière et dans les toiles d'araignées, il y avait un lit; si l'on peut appeler lit une paillasse trouée jusqu'à montrer la paille, et une couverture trouée jusqu'à laisser voir la paillasse. Point de draps. Cela était posé à terre sur le carreau.

Dans ce lit, Cosette dormait.

L'homme s'approcha et la considéra.

Cosette dormait profondément, elle était tout habillée. L'hiver elle ne se déshabillait pas, pour avoir moins froid.

Elle tenait serrée contre elle la poupée dont les grands yeux ouverts brillaient dans l'obscurité. De temps en temps elle poussait un grand soupir comme si elle allait se réveiller, et elle étreignait la poupée dans ses bras presque convulsivement.

(Les Misérables, II® partie, liv. III.)

COVmENT J'APPRIS A LIRS ET A ÉCRIRE

[Edgar Qoinet

Edgar Quiet, niié à Bourg en 1803, professeur au Collège de France depuis 1842, membre de l'Assemblée législative en 1849, exilé au coup d'État du 2 décembre, puis ventre à Paris en 1870, membre de l'Assemblée Dationalc en 1871, et mort à Versailles en 1875, occupe une place émincnte parmi les philosophes, les historiens et les hommes politiques de la France moderne. Son œuvre, qui ne comprend pas moins de trente volumes, se compose de poèmes et d'ouvrages d'imagination, comme Ahasvérus^ Promet hée^ les Esclaves^ Merlin V enchanteur; d'études philosophiques et historiques, parmi lesquelles il faut citer le Génie des religions y la Philosophie de V Histoire de France^ la Révolution ^ V Histoire de la campagne de 1815, la Création^ V Esprit nouveau, et d'écrits po-

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liliquaS; r Enseignement du peuple^ le Livre de l'exité, la Répub ligue. 11 a retracé dans un livre plein d'un charme pénétrant, V Histoire de mes idées, les souvenirs de son enfance et de sa vie d'écolier : c'est à ce livre que nous empruntons la page qu'on va lire.

La méthode qu'employa avec moi mon mathématicien mérite assurément que je la signale ici. Il m*apprit à la fois à lire et à écrire, tantôt sur le sable dans le jardin, tantôt à la craie sur son grand tableau noir, sans>que je visse jamais ni livre, ni papier, ni plume, ni encre. Je sus ainsi écrire longtemps avant de savoir lire, et cela jetait ma mère dans de singulières alarmes, car elle ne se lassait pas de demander à mon maître s*il croyait sincèrement que je pusse apprendre à lire. A quoi il répondait, ce me semble avec beaucoup de raison, que Ton avait vu nombre de gens ne pas savoir lire, mais qu*on n*en avait pas en? core vu qui, sachant écrire, n'aient pas fini par apprendre à lire.

A peine avais-je débrouillé mes lettres, il me jeta dans le latin, mais tout cela en se jouant, au milieu des gâteaux cachés sous les arbres de Bouvent. Il s'ensuivit que je savais écrire avec toutes sortes de choses couramment, excepté avec une plume. Aussi, me trouvant dans les vendanges à Jasseron, à Tâge de cinq ans, clitz M. Ribond, et n'osant me confier aux grandes demoiselles de la maison, je m'adressai au cocher Yirieu; je lui demandai des allumettes de chanvre. A son grand étonnement, je taillai ces allumettes avec son couteau, et j'écrivis sous ses yeux, dans l'écurie, à ma mère une lettre très lisible qu'il porta le lendemain à la ville et qui fit certainement quelque honneur à ma méthode. Bénie soit la mémoire du savant homme qui m'épargna tous les soucis, toutes les larmes qui accompagnent ordinairement la première instruction des enfants I

(Histoire de mes idéeSy !•*• partie, chap. vi.)

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