II. Des connaissances relatives aux choses ordinaires
de la vie,
1. Lorsqu'il sera question, d'une manière générale, de juridiction, de coutume, de limites, de seigneuries, etc., il faudra toujours faire une application particulière à la localité que l'on habite, et dire dans quelles conditions se trouve celle-ci sous ce rapport. Par exemple, on enseignera à quel bailliage ou à quelle juridiction appartient l'endroit où est située l'école, au moyen de questions comme celles-ci : A quel bailliage ou à quelle juridiction appartient cette localité ? Gomment s'appelle le seigneur ou sa famille? Où habite-t-il, ou bien son lieutenant? Puis, après avoir obtenu des réponses exactes, on demandera • Quelle .localité touche à celle-ci? De qui relève-t-elle? etc. Et de peur de faire erreur, les maîtres devront s'informer
auparavant auprès de ceux qui sont au courant de ces choses.
3. De même, en expliquant la différence entre les localités, villes et villages, il faut montrer la différence entre les choses mêmes, et comment ce qui se trouve dans les villes, ou ce qui s*y rapporte, est différent de ce qui se trouve dans les villages. Par exemple, au paragraphe 15 il est parlé de l'hôtel de ville ou maison commune: on dira à ce propos que les hôtels de ville se trouvent dans les villes, et les maisons communes dans les villages. De même au paragraphe 14 il est dit que pour la défense d un endroit on emploie des murs, des palissades, des fossés, des remparts; chez nous, les murs, les fossés et les remparts sont employés pour la défense des villes et des châteaux, les palissades pour celle des villages. Dans toutes ces circonstances, el surtout lorsqu'il est question de bailliages et de juridiction, il faudra avoir soin de donner des explications bien claires et bien exactes.
4. Tout ce qui peut être montré doit être montré aux enfants, à moins qu'il ne s'agisse de choses universellement connues ; dans ce cas il pourra suffire de demander à l'un des plus ignorants s'il a vu ces choses-là ou s'il les connaît. Par exemple, au paragraphe 5 on parle d'uaie cour, d'un jardin, d'une forteresse ; au paragraphe 7, d'une borne, d'un fossé, au paragraphe 9, d'un pont, d'une passerelle, d'un abreuvoir. Il n'est pas nécessaire d'expliquer en détail ce que c'est qu'un jardin, une fontaine, etc. Mais il faut enseigner ce que c'est qu'une borne, un fossé, un pont, etc. ; on conduira donc les enfants au plus prés, et on leur montrera une borne, un pont, etc. On pourra faire de même pour les autres choses qui se présenteront, comme une maison commune, un hôpital, et on leur demandera à cette occasion : Où trouve-t-on un hôpital ? où trouve-t-on une maison commune?
5. Lorsqu'il sera question de choses qui sont connues des maîtres d'une manière suffisante et précise, parce
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qu'elles se présentent tous les jours, le maître pourra les expliquer aux enfants avec quelques détails, pour les leur faire bien comprendre. Par exemple, au paragraphe 6, il est question des pâturages communaux : le maître pourra expliquer ce que c'est, avec quelque développement. De même, là où il est dit que les revenus qu'on relire des biens communaux sont appliqués à solder les employés de la communo, le maître pourra expliquer comment tellQ ou telle pièce de terre a été lou^e, comment l'argent du bail est perçu par telle ou telle personne, et à quel service cet argent est employé. De même encore, là où il est dit qu'un bourgeois doit donner son vote dans les affaires communales, le maître pourra raconter avec détail comment se font les nominations des employés de la commune, comment se tiennent les assemblées pour la discussion des affaires communales, etc.
9. Au paragraphe 20, où il est parlé des marchands et détaillants, on pourra donner des exemples selon chaque localité, et dire à ce propos quel est le genre de commerce ou d'industrie qui est principalement exercé dans la localité ou dans les villes voisines*.
lA CONNAISSANCE DES CHOSES USUELLES
Claude Fleuri
L'âbbé Claude Fleury, né le 6 décembre 1640, à Paris, mort le 14 juillet 1725, fut avocat au Parlement de Paris avant d'entrer duns les ordres, puis successivement sou«;-précepteur des princes de Conti, précepteur du comte de Yermandois, et enfin sous-prcceptcnr des petits-fils de Louis XIV, les ducs de Bourgogne, d'Anjou et de Berry.
1. On trouve dans les [recommandations que conliennetit ces dernierà paragraphes la première idée de l'enseignement intuitif de \A géographie ; reniant doit apprendre à voir et à connaître le milieu qu'il habite avant de s'initier à la connaissance des pays lointains qu'il ne peut étudier que sur la carte.
II avait été l'élève de Bossuet, et il devint l'ami de Fénelon.
L'Académie française Télut, en 1696, en remplacement de La Bruyère.
Le principal ouvrage de l'abbé Fleury est son Histoire ecclésiastique en 20 volumes in-4<*, immense recueil de documents et de matériaux ; il est aussi l'auteur de plusieurs petits livres de doctrine et d'histoire religieuse, qu'il composa pour ses élèves et qui ont eu un grand nombre d'éditions : les Mœurs des Israélites ^ les Mœurs des Chrétiens ^ le Grand Catéchisme historique.
En 1686, un an avant la publication du Traité de l'éducation des filles, il fit paraître le Traité du cfioix et de la méthode des études, dont plusieurs chapitres semblent la reproduction de conversations entre lui et Fénelon ou d'études qui lui auraient ébé coamiunes avec ce dernier, et qui, embrassant et dépassant même le cycle entier des études classiques, contient, sur divers points, des vues fort nouvelles pour le temps et, dans tous les cas, fort originales.
Comme les premiers objets dont les enfants sont frappés sont le dedans d'une maison, ses diverses parties, les domestiques et leurs services différents*, les meubles et les ustensiles du ménage, il n'y a qu'à suivre leur curiosité naturelle pour leur apprendre agréablement l'usage de toutes ces choses et leur faire entendre, autant qu'ils en sont capables, les raisons solides qui les ont fait inventer, leur faisant voir les incommodités dont elles sont les remèdes On les accoutumerait ainsi à faire des réflexions
sur tout ce qui se présente : ce qui est le principe de toutes les études. Car on se trompe fort, quand on s'imagine qu'il faut aller chercher bien loin de quoi instruire les enfants. Ils ne vivront ni en l'air, ni parmi les astres, moins encore dans les espaces imaginaires, ils vivront sur la terre, dans ce bas monde, tel qu'il est aujourd'hui.
Il faut donc qu'ils connaissent la terre qu'ils habitent, le pain qu'ils mangent, les animaux qui les servent, et surtout les hommes avec qui ils doivent vivre et avoir affaire. A mesure que l'âge avancerait, on leur en dirait da-
1 . L'abbé Fleury a surtout en vue, dans son Traité, les enfants et les jeunes gens de riches et nobles familles; comme Fénelon, dans VÉducation des filles ^ ne s'occupe guère que des jeunes personnes de qualité.