UL HÉHOIRE ET LA RÉFLEXION
Ck>NDILLAG
L'abbé de Ck>ndillac (1715-1780) a été en France le principal représentant de la psychologie de Locke. \\ a développé ses doctrines dans divers ouvrages philosophiques, entre autres XEssai sur Vorigine des connaissances humaines (1746) et le Traité des sensations (1754). Nommé en 1757 précepteur du jeune duc de Parme, il écrivit pour son élève un Cours d'études qui comprend la grammaire, l'art d'écrire, l'art de raisonner, Part de penser, et l'histoire. La théorie psychologique de Condillac, (fui était insuflisante, a été dépassée et rectifiée de nos jours ; son auteur n'en a pas moins rendu, par sa pénétrante analyse, des services à la Science philosophique.
Les vraies connaissances sont dans la réflexion qui les acquiert, beaucoup plus que dans la mémoire qui s'en charge ; et on fait mieux les choses qu'on est capable de retrouver, que celles dont on peut se ressouvenir. 11 ne suffit donc pas de donner des connaissances à un enfant : îl faut qu'il s'instruise en cherchant lui-même; et le grand point est de le bien guider. S'il est conduit avec . ordre, il se fera des idées exactes, il en saisira la suite et la Uaison : alors, maître de les parcourir, il pourra se rapprocher des plus éloignées, et s'arrêter à son choix sur celles qu'il voudra considérer. La réflexion peut toujours retrouver les choses qu'elle a sues, parce qu'elle sait comment elle les a trouvées : la mémoire ne retrouve pas de même celles qu'elle a apprises, parce qu'elle ne sait pas comment elle apprend.
Voilà pourquoi nous ne savons jamais mieux les choses que lorsque nous les avons apprises sans maître. Moins nous comptons sur des secours étrangers» plus nous sommes forcés à réAéchir nous-mêmes ; et nous n*oublions rien, parce que les choses que nous avons trouvées une fois, nous savons les trouver encore.
Mais pour exercer la réAexion, il ne faudrait pas négliger la mémoire. Ces deux facultés sont également nécessaires : elles se donnent des secours mutuels, et ne peuvent se passer Tune de l'autre. C'est à la réflexion à graver les idées dans la mémoire, c'est à la mémoire à les retracer à la réflexion ; et plus les idées se sont distribuées avec ordre, plus on est capable de mémoire et de réflexion.
(Cours d'études pour rinstruction du prince de Parme, tome I.)