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LA SENSIBILITÉ CHEZ LES ENFANTS

Miss Edgeworth

Miss Maria Edgeworth, née en Angleterre en 1770, morte à Edgeworth's Town, en Irlande, en 1849, a compose de nombreux ouvrages (l'éducation qui ont joui d'une grande réputation pendant la première moitié de ce siècle. Ses Essais sur V éducation pratique (1798), écrits en collaboration avec son père Ricliard-Lovelt Edgeworlli, et traduits en 'français par Ch» Pictet, contiennent de judicieuses observations et des préceptes pleins de bons sens. Parmi ses livres destinés à la jeunesse, il taut citer avec éloge les Early Ijcasons, qui, traduites en français par Mme Louise Belloc sous le titre d'Éducation familière, ont longtemps servi de livre de lecture dans beaucoup d'écoles.

Le passage que nous donnons ci-dessous est emprunté au chapitre X des Essais sur VÉducation pratique.

On est presque toujours trop pressé de développer la sensibilité chez les enfants ou d'en exiger des preuves Veut-on un exemple de l'abus de celte méthode qui tend à faire étaler des sentiments, avant que les enfants puissent les éprouver? il n'y qu'à lire Mme de Genlis. Quand la duchesse d'Orléans était malade, les enfants étaient instruits à écrire des billets d'heure en heure pour savoir de ses nouvelles. Un jour, un messager va partir de Saiut-Leu: la gouvernante demande aux enfants s'ils n'ont 'point de commissions pour Paris. « Oui, dit le petit duc de Chartres, je voudrais qu'on m'apportât une cage. » 11 oubliait sa mère : il fallut le lui dire à l'oreille. L'affection ne s'apprend pas par cœur. Une autre fois, Mme de Genlis étant malade elle-même, elle fait savoir à ses élèves combien de fois par jour ils auraient dû s*informer de sa santé. Elle gronde le duc de Chartres pour s'être laissé distraire par deux perroquets qui se trouvaient dans la chambre, un jour qu'il était allé voir sa mère. Tout cela ne rend pas les enfants sensibles, et ne leur fait pas mieux aimer leurs parents. La reconnaissance est la plus sûre des récompenses qu'un père ou un instituteur ait à attendre de son élève, mais c'est aussi la plus tardive. Ceux dont l'impatience ne peut se résoudre à attendre le développement graduel et normal des affections, n'obtiendront, au lieu d'une reconnaissance véritable et éclairée, que le simulacre froid et déplaisant d'une sensibilité de commande. Et comment en serait-il autrement? l'enfant peut-il apercevoir le but final de l'éducation? peut-il juger si les moyens sont bien choisis pour le rendre heureux dans l'avenir? D'ailleurs l'avenir n'est pour lui qu'un songe : les réalités pénibles, les privations inévitables, lui viennent de ses parents, de son instituteur.

Les enfants à qui on n'a pas donné une sensibilité de

parade impatientent quelquefois les spectateurs par le

sang-îroid qu'ils montrent, au lieu de l'émotion q'u'on-

âitendaiU C*est que la nature aMue wi^tc^^ q^v\\^ ^^^\\&

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