‹ Lectures scientifiques. Extraits de mémoires originaux et d'études sur la science et les savants. Physique et chimieChapitre 100 sur 120 · HENRI SAINTE-GLAIRE DEVILLE · texte numérisé non relu

HENRI SAINTE-GLAIRE DEVILLE

Un jour (c'était en 1856), dans le laboratoire de l'École normale, Senarmont avait suivi avec une curiosité émue la cristallisation si intéressante et si ingénieusement obtenue du silicium. Henri Sainte-Claire Deville, heureux de son invention, courant à son goniomètre, trouve un angle de cristal égal à 71^30' et s'écrie, plein de joie : « Il appartient au système régulier, c'est un diamant de silicium I » Senarmont répète la mesure, trouve à peu près le même angle, mais conserve quelques doutes. Remporte le précieux cristal et revient le lendemain :

« Vous vous êtes trompé, dit-il, c'est un rhomboèdre dont un angle est égal accidentellement à un de ceux du système régulier. » Puis il montre des facettes incompatibles avec une cristallisation semblable à celle du diamant. Deville s'incline devant une autorité incontestée ; il communique sa découverte à l'Académie des sciences, rend compte de ses premières illusions et des judicieuses critiques qui l'y ont fait renoncer. A peine le compte rendu est-il imprimé qu'il voit accourir Senarmont très sérieusement mécontent : « Pour qui me prenez-vous? dit-il. Si je viens dans votre laboratoire, si j'y suis admis à tout voir et à tout manier, croyez-vous que ce soit pour vous imposer un collaborateur et attacher mon nom à vos découvertes? Je suis très mécontent que vous m'ayez cité; si vous recommencez, je n'y reviendrai plus. » A quelques jours de là, on refait l'expérience,. Senarmont examine les cristaux; il y aperçoit un octaèdre. Le doute n'était plus possible, la nature était prise sur le fait : « Vous aviez raison, ditil à Sainte-Claire Deville, mes facettes provenaient du groupement de plusieurs cristaux; j'aurais dû le deviner; je suis bien aise que vous m'ayez cité, j'ai ce que je mérite; cela fait mon compte. — Vous reconnaissez donc, lui dit Deville, que loyalement je devais publier l'observation des facettes sous votre nom? — Eh bieni oui, répond Senarmont, vous êtes un brave homme... et moi aussi. » Et ils s'embrassèrent.

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Déjà à une autre époque, des réunions semblables avaient eu lieu à Paris, qui ont laissé un long et vivant souvenir à ceux qui en avaient été les témoins. Lavoisier, absorbé toute la semaine par ses nombreuses et importantes fonctions, recevait le dimanche, nous dit Dumas ^ avec une bienveillance sans pareille, les jeunes' gens désireux d'apprendre et les savants ou artistes français ou étrangers. Là aussi avaient lieu sur les points les plus délicats de la science des discussions où brillait le génie si net et si pénétrant de Lavoisier. Mais si ces réunions avaient ie même but et offraient plus d*un trait commun, il est intéressant de noter les différences qu'y introduisaient Fesprit du temps et le caractère propre des deux hommes qui en étaient Fàme. Les réunions du laboratoire de Lavoisier tenaient un peu du salon auquel ne ressemblaient nullement celles de rÉcole normale. Les assistants y apportaient ces formes un peu cérémonieuses et affectées de la fin du xviii® siècle. Lavoisier lui-même, d'une grande bonté et d'une exquise politesse, mais froid et calme, redoutant presque les polémiques, écoutait d'abord en silence, puis il émettait son avis avec cette netteté tranquille et lumineuse qui le mettait si fort en avant de son siècle. Deville, au contraire, ardent, primesautier, humoristique, très libre d'allures, profondément bon et gêné* reux, mais prompt à la lutte contre les idées fausses et l'abus des théories, et procédant plutôt par vives attaques que par correctes discussions. L'un, philosophe et quelque peu officiel, l'autre un peu soldat et presque chevalier. Mais chez l'un et chez l'autre, la même imagination à la fois brillante et réglée, le même art d'expérimenter, la même horreur des mots vagues et des explications hâtives. (Jules Gay, Henri Sainte-Claire Veville, sa vie et ses travaux, Paris, Gauthier-Villars, i vol. petit in-8, p. 19.)

L'aluminium.

Certains métaux se présentent dans leurs mines à Tétat de pureté, comme Ter; il n'y a qu'à les ramasser. D'autres, tels que le fer, Tétain, le cuivre, le plomb, s'y trouvent

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