‹ Lectures scientifiques. Extraits de mémoires originaux et d'études sur la science et les savants. Physique et chimieChapitre 111 sur 120 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Je ne sais pas, disait Newton, ce que je parais au monde; pour moi, je me compare à un jeune enfant jouant sur le bord de la mer, ramassant, çà et là, un caillou plus ou moins lisse, ou une coquille d'une beauté peu ordinaire, pendant que le grand océan de vérité reste complètement caché à mes yeux. (Arago, Notices biographiques : Newton, t. III, p. 336.)

Pourquoi la science de l'homme, complète dès les premiers âges, a-t-elle touché le but d'un seul jet? Poui^ quoi la science de la nature, s'élevant à une conception de plus en plus abstraite des faits, voit-elle l'objet qu'elle poursuit s'éloigner sans cesse? C'est que l'homme s'étudiant lui-même, a bientôt reconnu qu'au delà des organes il y a une volonté, au delà des sens un esprit, au-dessus de l'argile dont son corps est pétri, une âme dont il ignore la nature, l'origine et la destinée. Quand le matérialisme déclare qu'il n'y a rien dans l'intelligence qui n'ait été d'abord dans la sensation, Leibnitz peut lui répondre : Si ce n'est l'intelligence elle-même, source unique de la puissance. Dès que Thomme pense, le sen-

liment de Tinlini lui est révélé, et, rinfini se montrant inaccessible, sa pensée s'arrête au bord du gouffre de rinconnu. En face de la nature, observant les faits et remontant vers leur cause première et souveraine, il avait besoin au contraire de ce travail, dont Torigine nous reporte à quarante siècles et se perd dans la nuit des temps, pour reconnaître que c'est encore l'infini qui la dérobe à ses yeux, mais, plus il avance, mieux cette vérité supérieure se dégage.

Ces conclusions, développées par M. Guizot* avec Tautorité qui lui appartient, s'adressent à la philosophie du sensualisme; elles ne sont pas contredites par les études du temps présent. De grandes découvertes ont enrichi la science ; on a dit même qu'elles touchaient enfin aux limites qui ont séparé jusqu'ici la matière de l'esprit. Il n'en est rien. L'astronomie, il est vrai, ne représente plus le firmament comme une voûte solide sur laquelle seraient fixées les étoiles; ses instruments et ses calculs plongent dans le vaste Univers; la mécanique ouvre, à travers les isthmes et les montagnes, des chemins au commerce de» nations ; la physique transporte la pensée sur les ailes de l'électricité, d'un hémisphère à l'autre, avec la vitesse de l'éclair; la chimie pénètre par son analyse jusqu'aux profondeurs extrêmes des cieux, et reproduit par ses synthèses les parfums les plus suaves ou les nuances les plus délicates des fleurs qui ornent la terre ; cependant l'espace, le temps, le mouvement, la force, la matière, la création de la nature brute et le néant demeurent autant de notions primordiales dont la conception nous échappe.

La physiologie, de son côté, nous montre les plantes préparant sous l'influence du soleil les aliments des animaux ; la destruction des animaux restituant aux plantes les principes dont elles se nourrissent; la matière minérale formant la trame des matières organiques, sous

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