‹ Lectures scientifiques. Extraits de mémoires originaux et d'études sur la science et les savants. Physique et chimieChapitre 39 sur 120 · FOURIER · texte numérisé non relu

FOURIER

cent de la paroi plane d'un corps échauffé n'ont pas la même force, la même intensité dans toutes les directions ; que le maximum correspond à l'émission perpendiculaire, et le minimum aux émissions parallèles à la surface.

Entre ces deux positions extrêmes, comment s'opère l'affaiblissement du pouvoir émissif? Leslie chercha, le premier, la solution de cette question importante. Ses observations semblèrent prouver que les intensités des rayons sortants sont proportionnelles (il faut bien, Messieurs, que j'emploie l'expression scientifique), sont proportionnelles aux $inu$ des angles que forment ces rayons avec la surface échauffée; mais les quantités sur lesquelles on avait dû expérimenter étaient trop faibles ; les incertitudes des appréciations thermométriques, comparées à l'effet total, étaient au contraire trop grandes pour ne pas commander une extrême défiance; eh bien. Messieurs, un problème devant lequel tous les procédés, tous les instruments de la physique moderne étaient restés impuissants, Fourier l'a complètement résolu, sans avoir besoin de tenter aucune expérience nouvelle. La loi cherchée de l'émission du calorique, il l'a trouvée, avec une perspicacité qu'on ne saurait assez admirer, dans les phénomènes de température les plus ordinaires, dans des phénomènes qui, de prime abord, semblent devoir en être tout à fait indépendants.

Tel est le privilège du génie : il aperçoit, il saisit des rapports, là où des yeux vulgaires ne voient que des faits isolés.

Personne ne doute , et d'ailleurs l'expérience a prononcé, que dans tous les points d'un espace terminé par une enveloppe quelconque entretenue à une température constante, on ne doive éprouver une température constante aussi, et précisément celle de l'enveloppe. Or, Fourier a établi que, si les rayons calorifiques émis avaient une égale intensité dans toutes les directions, que, si cette même intensité ne variait pas proportionnellement

au sinus de Tangle d'émission, la température d'un corps situé dans Tenceinte dépendrait de la place qu'il y occuperait : que la température de Veau bouillante ou celle du fer fondant, par exemple, existeraient en certains points d*une enveloppe creuse de glace ! ! Dans le vaste* domaine des sciences physiques, on ne trouverait pas une applicar tion plus piquante de la célèbre méthode de réduction à l'absurde dont les anciens mathématiciens faisaient usage pour démontrer les vérités abstraites de la géométrie.

Je ne quitterai pas cette première partie des travaux de Fourier, sans ajouter qu'il ne s'est point contenté de démontrer, avec tant de bonheur, la loi remarquable qui lie les intensités conparatives des rayons calorifiques émanés, sous toutes sortes d'angles, de la surface des corps échauffés; il a cherché, de plus, la cause physique de cette loi ; il l'a trouvée dans une circonstance que ses prédécesseurs avaient entièrement négligée. Supposons, a-t-il dit, que les corps émettent de la chaleur, non seulement par leurs molécules superficielles, mais encore par des points intérieurs. Admettons, de plus, que la chaleur de ces derniers point ne puisse arriver à la surface en traversant une certaine épaisseur de matière, sans éprouver quelque absorption. Ces deux hypothèses, Fourier les traduit en calcul, et il en fait surgir mathématiquement la loi expérimentale du sinus. Après avoir résisté à une épreuve «Lussi radicale, les deux hypothèses se trouvaient complètement justifiées; elles sont devenues des lois de la nature ; elles signalent dans le calorique des propriétés cachées, qui pouvaient seulement être aperçues par les yeux de l'esprit. [XnAGo; Notices biographiques, t. I, p. 331-336.)

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