CHAPITRE m
Vers 1789, Galvani \ professeur de Physique à Bologne^ poursuivant, comme l'on sait, des expérie&ees relatires à Faction de Télectricité sur les animaux, disposait pour ces essais des cuisses de grenouille suspendues à un crochet de cuivre, qui fut employé fortuitement à les suspendre à un balcon de fer. Le contact du fer et du cuivre déterminait des convulsions vives et répétées dans les membres de la grenouille, qu'on voyait rebondir dès que
1. Louis ou Aloysius Galvaniy né à Bologne, en 1737; professeur d'anatomie à l'Université de cette ville en 1762; mort en 1798. L'expérience célèbre citée par Dumas a été racontée de façons fort diverses. Galvani s'occupait depuis longtemps d'études anatomiques et physiologiques sur les grenouilles, et il en avait presque toigours dans son laboratoire. C'est sa femme, la signora Lucia Galvani, née Galeazzi. qui observa la première les contractions d'une grenouille préparée, au voisinage d'une machine électrique, dès 1780. Elle fit part aussitôt de ce phénomène à Galvani, qui s'empressa de le reproduire et l'étudia pendant dix ans. Il fit connaître ses recherches dans un mémoire remarquable en latin, publié en 1791 dans les Mémoires à VAcadémie de Bologne (t. VII, p. 363) sous le titre : Aloysh Galvani, de viribus electricitatis in motu musculaii^ commentarius , Cette publication produisit une profonde sensation. — Les mémoires de Galvani ont été publiés de nouveau en 1844, par l'Institut de Bologne, en un beau volume in-4, avec un important commentaire de Gherardi. — On consultera avec fruit, sur l'histoire de la pile, l'ouvrage de L. Figuier, Exposition et histoire des princi* pales découvertes scientifiques modernes. — J. G.
leur poids les ramenait au contact du fer. Galvani reconnut que les convulsions se produisent toujours lorsqu'on établit une communication métallique entre les nerfs et les muscles de la grenouille.
VoltaS s'emparant vivement du sujet, fit voir qu'autant les convulsions sont incertaines, peu intenses et fugitives, lorsqu'on emploie un seul métal pour mettre les nerfs et les muscles en rapport, autant elles sont promptes, vives et persistantes lorsque Tare métallique est formé de deux métaux différents.
Galvani considéra ces phénomènes comme étant dus à une électricité animale dont les muscles et les nerfs étaient le siège, et à laquelle Tare métallique livrait passage. Volta les attribua, de son côté, à une électricité physique qui prenait naissance au contact de deux métaux
1. Alexandre Volta, né à Cômc (Milanais) en 1145. 11 s'occupa de bonne heure d'électricité : à dix-huit ans il entra en relations avec le célèbre électricien du temps, l'abbé NoUet. 11 fuit d'abord professeur de physique dans les écoles de sa ville natale. Ses premiers travaux, fort remarqués en Italie, le firent nommer en 1779 à la chaire de physique de l'Université de Pavie, qu'il occupa avec éclat pendant près de quarante ans. En 1782, il fit un premier voyage à Paris, et travailla avec Lavoisier et Laplace. Après la publication du célèbre mémoire de Galvani en 1791, Volta soutint contre l'illustre professeur de Bologne la polémique dont parle Dumas, et il entreprit une série d'expériences qui le conduisirent, au commencement de l'année 1800, à la découverte qui devait immortaliser son nom, celle de la pile électrique. Elle eut un immense retentissement. Le premier consul invita Volta à venir à Paris en 1801, répéter ses expériences devant l'Institut de France. Non content de lui faire décerner par l'Académie une médaille dor, Bonaparte le combla d'honneurs et ne cessa de lui témoigner la plus grande admiration. Décoré de la Légion d'honneur et de la couronne de Fer, député de l'Université de Pavie à la Consulte de Lyon, créé comte et sénateur du royaume d'Italie, Volta fut nommé, en 1802, l'un des huit associés étrangers de l'Académie des sciences. 11 résigna ses fonctions à l'Université de Pavie en 1819, et se retira à Côme, dans sa ville natale, où il passa les dernières années de sa vie dans une profonde retraite entouré de sa famille et de quelques amis. 11 mourut en 1827, à l'âge de quatre-vingt-deux ans. Ses Œuvres complètes ont été publiées à Florence en 1816, en 5 volumes in-8. ~ J. G.
384 l'électricité.
différents, quels qu'ils fussent. L'Europe savante fut longtemps indécise.
Le temps a démontré qu'ils avaient tous deux raison ; les muscles produisent, jusqu'à extinction complète de leur excitabilité, une quantité d'électricité dont l'appréciation et la mesure ne sont plus l'objet d'un doute. D'autre part, deux métaux plongés, par un bout, dans une eau acide ou saline et mis en contact par leurs surfaces libres, excitent un mouvement électrique considérable.
Tout le monde sait que la pile de Volta, découverte sur ces entrefaites, fut d'abord formée de disques de cuivre, de zinc et de drap mouillé, rangés dans cet ordre en grand nombre, comme une colonne ou pile de monnaie, et que les deux électricités de nom contraire s'observent, condensées aux deux bouts ou pôles de la pile. Qu'on ait augmenté tantôt la surface, tantôt le nombre des plaques de métal, et qu'on se soit servi de liqueurs acides ou salines plus excitatrices que l'eau, peu importe. Mais, réunit-on les deux pôles de la pile avec un fil métallique, celui-ci s'échauffe, rougit, brûle ou fond; il attire la limaille de fer et dévie la boussole, se comportant à la fois comme un émissaire de chaleur et de magnétisme. Si l'on coupe le fil de métal et qu'on en rapproche les extrémités sans les joindre, un composé, placé dans l'intervalle libre, est presque toujours ramené à ses éléments, et tout être vivant, mis en communication avec eux, est frappé de convulsions.
Il est intéressant de se reporter aux souvenirs d'une époque où les professeurs de Physique exposaient, à leur auditoire étonné, la théorie de la pile voltaïque; le simple contact de deux métaux, qui ne perdaient ni ne gagnaient rien, disaient-ils, faisait néanmoins sortir de cet appareil magique des effluves capables de rivaliser avec l'éclat du Soleil, pour la lumière; avec les combustibles les plus énergiques, pour la chaleur; avec les affinités les plus puissantes, pour les décompositions chimiques; propjres
même à faire reparaître, pour quelques instants, le mécanisme de la vie dans un cadavre inanimé.
Toutes ces énergies seraient nées de rien ! Mais l'homme tirait donc du néant la lumière, la chaleur, le magnétisme, la puissance mécanique, les forces chimiques et, sinon la vie elle-même, du moins une image assez fidèle de la vie, pour autoriser les rêves les plus audacieux I Dans les confidences du laboratoire, dans ces causeries intimes, où de tout temps les illusions ont trouvé place à côté des vérités, les uns se demandaient, alors, si l'homme n'était pas armé d'un instrument qui allait lui assurer une jeunesse éternelle; les autres, s'il n'avait pas retrouvé ce feu du ciel, au moyen duquel l'argile allait s'animer sous la main d'un nouveau Prométhée.
Une science vraie a soufflé sur les bulles de savon de cette science fausse, et elles se sont dissipées.
Au moyen d'une suite d'expériences dirigées avec une profonde connaissance des règles de la Chimie la plus sûre, Faraday a mis au rang des vérités les mieux démontrées les principes suivants :
Toute action chimique est accompagnée d'un dégagement d'électricité; le courant électrique naît dès que l'action chimique commence, et il cesse dès qu'elle s'achève; il s'affaiblit ou s'exalte, selon qu'elle augmente ou qu'elle diminue; sa direction change, si le sens de l'action chimique est lui-même renversé.
Enfin, le seul contact de deux métaux, quels qu'ils soient, ne développe jamais d'électricité, en quantité suffisante pour, en faire une source utile, si tant est qu'il en produise quelques traces, comme le pensent certains physiciens, qui, du reste, ne veulent plus qu'elle y naisse de rien, tant faible soit-elle.
Si la source de la force de la machine à vapeur est dans la houille que son foyer brûle, la source de la force de la pile de Volta provient donc du zinc que brûlent les acides dans chacun de ses couples.
L'expérience primitive de Gai van i s'explique, à son tour, lorsque Ton reconnaît que la source de la force qui agite les membres de la grenouille réside dans les matières combustibles contenues dans leurs muscles et qui y sont brûlées par l'oxygène de leur sang.
Il n'y a donc ni électricité de contact vraiment pratique, ni électricité animale; les deux faits découverts et analysés par les savants italiens étaient des cas particuliers d'une loi générale : Toute combustion ou plutôt toute action chimique, qu'elle s'opère dans les corps bruts ou dans les organes d'un être vivant, développe de l'électricité. (Dumas, Discours et Éloges académiques^ 1. 1, p. 76 : Éloge de Faraday.)
L'invention de la pile.
Lettre de Volta à sir J. Banks, p^sident de la Société Royale de Londres \
Côme, en Milanais, ce 20 mars 1800.
« Après un long silence dont je ne chercherai pas à m'excuser, j'ai le plaisir de vous communiquer, monsieur, et par votre moyen à la Société Royale, quelques résultats frappants auxquels je suis arrivé en poursuivant mes recherches sur l'électricité excitée par le simple contact mutuel des métaux de différente espèce, et même par celui des autres conducteurs aussi diflFérents entre eux, soit liquides, soit contenant quelque humeur à laquelle ils doivent proprement leur pouvoir conducteur.
« Le principal de ces résultats, et qui comprend à peu près tous les autres, est la construction d'un appareil qui ressemble pour les effets (c'est-à-dire pour les commotions qu'il est capable de faire éprouver dans les bras, etc.) aux bouteilles de Leyde, et mieux encore, aux batteries
i. Philosophical transactions for 1800, part. II, p. 408.
électriques faiblement chargées, qui agiraient cependant sans cesse, et dont la charge, après chaque explosion, se rétablirait d'elle-même : qui jouiraient, en un mot, d'une charge indéfectible, d'une action sur le fluide électrique, ou impulsion, perpétuelle; mais qui d'ailleurs en diffère essentiellement, et par cette action continuelle qui lui est propre, et parce que, au lieu de consister, comme les bouteilles et les batteries électriques ordinaires, en une ou plusieurs lames isolantes, en couches minces de ces corps censés être les seuls électriques^ armés de conducteurs ou corps dits non électriques, ce nouvel appareil est formé uniquement de plusieurs de ces derniers corps, choisis même entre les meilleurs conducteurs, et par là les plus éloignés, suivant ce que l'on a toujours cru, de la nature électrique. Oui, l'appareil dont je vous parle, et qui vous étonnera sans doute, n'est qu'un assemblage de bons conducteurs de différentes espèces, arrangés d'une certaine manière. Vingt, quarante, soixante pièces de cuivre, ou mieux d'argent, appliquées chacune à une pièce d'étain, ou, ce qui est beaucoup mieux, de zinc, et un nombre égal de couches d'eau, ou de quelque autre humeur qui soit meilleur conducteur que l'eau simple, comme l'eau salée, la lessive, etc. ; ou des morceaux de carton, de peau, etc., bien imbibés de ces humeurs; de telles couches interposées à chaque couple ou combinaison des deux métaux différents; une telle suite alternative, et toujours dans le même ordre, de ces trois espèces de conducteur, voilà tout ce qui constitue mon nouvel instrument, qui imite, comme j'ai dit, les effets des bouteilles de Leyde ou des batteries électriques, en donnant les mêmes commotions que celles-ci; qui, à la vérité, reste beaucoup au-dessous de l'activité des dites batteries chargées à un haut point, quant à la force et au bruit de l'explosion, à l'étincelle, à la distance à laquelle peut s'opérer la décharge, etc.; égalant seulement les effets d'une batterie chargée à un degré très faible, d'une
batterie pourtant ayant une capacité immense ; mais qui d'ailleurs surpasse infiniment la vertu et le pouvoir de ces mêmes batteries, en ce qu'il n'a pas besoin comme elles d'être chargé d'avance au moyen d'une électricité étrangère, et en ce qu'il est capable de donner la commotion toutes les fois qu'on le touche convenablement, quelque fréquents que soient ces attouchements.
« Cet appareil, semblable dans le fond, comme je le ferai voir, et même tel que je viens de le construire pour la forme, à V organe électrique naturel de la torpille, de l'anguille tremblante, etc., bien plus qu'à la bouteille de Leyde et aux batteries électriques connues, je voudrais l'appeler organe électrique artificiel. Et au vrai, n'est-il pas, comme celui-là, composé uniquement de corps conducteurs? N'est-il pas, au surplus, actif par lui-même, sans aucune charge précédente, sans le secours d'une électricité quelconque excitée par aucun des moyens connus jusqu'ici; agissant sans cesse et sans relâche, capable enfin de donner à tous moments des commotions plus ou moins fortes, selon les circonstances, des commotions qui redoublent à chaque attouchement, et qui, répétées ainsi avec fréquence ou continuées pendant un certain temps, produisent ce même engourdissement des membres que fait éprouver la torpille, etc.?
« Je vais donner ici une description plus détaillée de cet appareil et de quelques autres analogues, aussi bien que des expériences relatives les plus remarquables.
« Je me fournis de quelques douzaines de petites plaques rondes ou disques de cuivre, de laiton, ou mieux d'argent, d'un pouce de diamètre, plus ou moins (par exemple des monnaies), et d'un nombre égal de plaques d'étain, ou, ce qui est beaucoup mieux, de zinc de la même figure et grandeur, à peu près : je dis à peu près, parce que la précision n'est pas requise, et en général la grandeur aussi bien que la figure des pièces métalliques est arbitraire ; on doit avoir égard seulement qu'on puisse
les arranger commodément les unes sur les autres en forme de colonne. Je prépare, en outre, un nombre assez grand de rouelles de carton, de peau ou de quelque autre matière spongieuse, capable d'imbiber et de retenir beaucoup d'eau ou de l'humeur dont il faudra pour le succès des expériences qu'elles soient bien trempées. Ces tranches ou rouelles, que j'appellerai disques mouillés, je les fais un peu plus petits que les disques ou plateaux métalliques, afin qu'interposés à eux de la manière que je dirai bientôt, ils n'en débordent pas.
« Ayant sous ma main toutes ces pièces en bon état, c'est-à-dire les disques métalliques bien propres et secs, et les autres non métalliques bien imbibés d'eau simple, ou, ce qui est beaucoup mieux, d'eau salée, et essuyés ensuite légèrement pour que l'humeur n'en dégoutte pas, je n'ai plus qu'à les arranger comme il convient, et cet arrangement est simple et facile.
« Je pose donc horizontalement sur une table ou base quelconque, un des plateaux métalliques, par exemple un d'argent, et sur ce premier j'en adapte un de zinc; sur ce second je couche un des disques mouillés, puis un autre plateau d'argent, suivi immédiatement d'un autre de zinc, auquel je fais succéder encore un disque mouillé. Je continue ainsi de la même façon, accouplant un plateau d'argent avec un de zinc, et toujours dans le même sens, c'est-à-dire toujours l'argent dessous et le zinc dessus, ou vice versa, selon que j'ai commencé, et interposant à chacun de ces couples un disque mouillé : je continue, dis-je, à former de ces étages une colonne aussi haute qu'elle peut se soutenir sans s'écrouler.
« Or, si elle parvient à contenir environ vingt de ces étages ou couples de métaux, elle sera déjà capable, non seulement de faire donner des signes à l'électromètre de Cavallo, aidé du condensateur au delà de dix ou quinze degrés, de charger ce condensateur au point de lui faire donner une étincelle, etc., mais aussi de frapper les doigts
avec lesquels on vient, toucher ses deux extrémités (la tête et le pied d'une telle colonne), d'un ou de plusieurs petits coups, et plus ou moins fréquents, selon qu'on réitère ces contacts; chacun desquels coups ressemble parfaitement à cette légère commotion que fait éprouver une bouteille de Leyde faiblement chargée, ou une batterie chargée plus faiblement encore, ou enfin une torpille extrêmement languissante, qui imite encore mieux les effets de mon appareil par la suite des coups répétés qu'elle peut donner sans cesse. »
La dernière partie de cette lettre de Volta au président de la Société Royale de Londres contient la description d'une nouvelle disposition de la pile, celle qui a reçu le nom d'appareil à couronne de tasses, avec quelques détails sur les sensations produites par cet appareil dans les organes du toucher, de la vue, de l'ouïe et du goût. Volta indiquait en même temps les précautions minutieuses qu'il fallait prendre pour communiquer à une chaîne formée de deux ou plusieurs personnes, la commotion électrique ; car l'inventeur considérait surtout cet instrument comme propre à remplacer, dans ce dernier but, les batteries formées de bouteilles de Leyde.
« Tous les faits que j'ai rapportés dans ce long écrit, touchant l'action que le fluide électrique, incité et mû par mon appareil, exerce sur les différentes parties du corps que son courant envahit et traverse,... tous ces faits, déjà assez nombreux et d'autres qu'on pourra encore découvrir, en multipliant et variant les expériences de ce genre, vont ouvrir un champ assez vaste de réflexions, et des vues non seulement curieuses, mais intéressant particulièrement la médecine. Il y en aura pour occuper l'anatomiste, le physiologiste et le praticien. »
(Figuier, Exposition et histoire des principales découvertes scientifiques modernes. Paris, 4 vol. in-12, t. II, p. 314.)
Sur l'histoire et la théorie de la pile.
La lettre de Volta ne fut communiquée par sir J. Banks qu'à un petit nombre de personnes, notamment au chirurgien Anthony Carlysle, à Cruikshank et à Humphry Davy, alors âgé de vingt-deux ans. Ces savants s'empressèrent de construire et d'essayer le nouvel instrument, désigné alors habituellement sous le nom d' électromoteur; et, quelques semaines après l'arrivée en Angleterre delà lettre de Volta, Carlysle et Nicholson purent faire connaître l'un des effets les plus remarquables de la pile, la décomposition de l'eau. A la suite de cette découverte capitale, les savants de tous les pays s'empressèrent d'étudier les effets chimiques de l'électromoteur.
L'une des conséquences de ces faits fut de fournir de nouveaux arguments aux adversaires de la théorie de Volta ou de la production d'électricité par le contact de deux métaux ; l'opinion contraire, que la production d'électricité est la conséquence des actions chimiques, s'affermit au contraire de plus en plus, surtout en Angleterre.
Or nul ne développa davantage ces applications chimiques de la pile que H. Davy; aussi ses vues sur la théorie de la pile sont-elles particulièrement dignes d'attention ; le premier il soutint que, si l'électricité est produite par le contact, le courant est entretenu par l'action chimique. Ce fait semble avoir échappé à la plupart des auteurs; il nous a paru intéressant de le remettre en lumière et de reproduire les passages caractéristiques du Mémoire de Davy.
Ce Mémoire fut lu à la Société Royale le 20 novembre 1806, et inséré dans les Transactions philosophiques en 1807. Des traductions françaises in extenso de cet important Mémoire parurent à Genève dans la Bibliothèque Britannique , année 1807, et peu après à Paris dans les Annales de Cernée, cahier du 31 août 1807. Les deux traductions diffèrent à peine l'une de l'autre. Nous reproduisons celle de la Bibliothèque Britannique *.
1. « Le travail de M. Davy, dit en note la Rédaction de la Bibliothèque Britannique, est d'une telle importance dans l'état actuel de la science à laquelle il appartient; il résout si bien les difiicultés
392 l'électricité.
« Les énergies électriques des métaux les uns relativement aux autres, ou les substances dissoutes dans Teau, dans Tappareil voltaïque et d'autres instruments analogues, paraissent être les causes qui troublent l'équilibre, tandis que les changements chimiques tendent au contraire èi le rétablir. C'est, très probablement, de l'action combinée de ces deux causes que les phénomènes dépendent.
« Dans la pile voltaïque composée de zinc, de cuivre et d'une solution de muriate de soude et dans ce qu'on a appelé sa condition de tension électrique, les disques communiquants de cuivre et de zinc sont à un état opposé d'électricité. Et à l'égard d'électricités aussi faibles l'eau peut être considérée comme un corps isolant. En conséquence, chaque disque de cuivre produit, par induction, un accroissement d'électricité positive sur le disque de zinc opposé; et chacun de ceux-ci augmente l'électricité négative sur le disque de cuivre opposé : l'intensité de l'effet s'accroît comme le nombre, et la quantité, comme l'étendue des surfaces qui composent la série.
« Lorsqu'on établit une communication entre les deux points extrêmes, les électricités opposées tendent à se détruire respectivement, et, si le milieu liquide pouvait être une substance incapable de décomposition, il y a tout lieu de croire que l'équilibre se rétablirait et que le mouvement produit par l'électricité cesserait. Mais la solution de muriate de soude étant composée de deux séries d'éléments, qui possèdent des énergies électriques opposées, l'oxygène et l'acide sont attirés par le zinc, et l'hydrogène et l'alcali par le cuivre. L'équilibre n'est que
et les contradictions qu'offraient les expériences et les théories des physiciens sur l'action chimico-galvanique; les faits y sont en si grand nombre, et les raisonnements tellement enchaînés et serrés que nous n'avons point cru, malgré l'étendue de ce Mémoire, devoir nous borner à un extrait. Nous en donnons la traduction aussi fidèle que nous avons pu la faire. »
momentané; car la solution de zinc est formée et Thydrogène dégagé. L'énergie négative du cuivre et l'énergie contraire du zinc ont donc lieu de s'exercer de nouveau ; seulement elles sont affaiblies par l'énergie opposée de la soude en contact avec le cuivre ; et le procédé électromoteur se continue aussi longtemps que les changements chimiques peuvent s'opérer.
« Cette théorie réconcilie en quelque sorte les principes hypothétiques de l'action de la pile adoptés par son illustre inventeur avec les opinions sur les origines chimiques du galvanisme, mis en avant par le plus grand nombre des physiciens anglais; et elle est appuyée par beaucoup de faits et d'expériences. »
Et plus loin, Davy ajoute : « D'autres expériences, qui ont des résultats très frappants, fournissent encore des raisons de supposer que la décomposition du menstrue chimique est essentielle pour la continuation de l'action électromotrice de la pile ».
Dans le même Mémoire, se trouve une explication du mode de décomposition des corps composés, eau ou sels, qui n'est autre que la théorie bien connue sous le nom de Théorie de Grotthuss, Le Mémoire de Grotthuss est inséré au Cahier des Annales de Chimie du 31 juillet 1807, t. LXIII, sous ce titre : De V influence de V électricité galvanique sur les végétations métalliques, par C.-J. Théodore de Grotthuss. Le Mémoire de Davy se trouve dans le Cahier suivant des Annales de Chimie (31 août 1807), mais, il avait été lu à la Société Royale le 20 novembre 1806. L'interprétation de Davy est donc au moins contemporaine de celle de Grotthuss, peut-être antérieure; et la théorie dite de Grotthuss pourrait tout aussi bien s'appeler Théorie de Davy.
Voici, à ce sujet, les passages les plus caractéristiques du Mémoire de Davy :
« Les faits dont on a rendu compte précédemment, relatifs aux changements et aux transitions que produit l'électricité, pourront être exprimés d'une manière géné-
894 l'électricité.
raie, dans le langage admis en Physique, si Ton dit que rhydrogène, les substances alcalines, les métaux et certains oxydes métalliques sont attirés par les surfaces métalliques électrisées négativement et repoussés par les mêmes surfaces à Tétat positif; et, au contraire, que Toxygène et les substances acides sont attirés par les surfaces métalliques positives et repoussés par les négatives....
« Il est très naturel de supposer que les énergies répulsive et attractive sont communiquées dune particule à une (mtre de même espèce, de manière à établir dans le liquide une chaîne conductrice, et que le transport a lieu en conséquence; et beaucoup de faits semblent montrer que les choses se passent réellement ainsi....
« Dans les cas de séparation des parties constituantes de Teau, et dans ceux où des solutions de sels neutres forment la totalité de la chaîne, il peut y avoir dans Tintérieur du fluide une succession de décompositions et de recompositions.... 11 est facile d'expliquer, d'après les phénomènes généraux de décomposition et de transport, le mode par lequel Toxygène et Thydrogène se dégagent séparément de Teau. L'oxygène d'une portion de Teau est attiré par la surface positive, en même temps que l'autre partie constituante de ce liquide, l'hydrogène, estrepoussée par la même surface. Le procédé opposé a lieu à la surface négative, et au milieu, c'est-à-dire dans le point neutre du circuit, soit qu'il y ait une série de décompositions et de recompositions, ou soit que les seules particules extrêmes soient actives, la matière repoussée doit entrer de nouveau en combinaison. » (Jules Gay. — Extrait du Journal de Physique, 2® série, t. Vlll; novembre 1889.)
Sir Humphry Davy^ l'un des plus brillants génies de l'Angleterre et de son époque, était né à Penzance (Cornouailles) en 1778; fils d'un sculpteur en bois, il perdit son père à Tâge de seize ans et entra chez un pharmacien. La lecture d'une Ira-
duction anglaise du Traité élémentaire de chimie de Lavoisier détermina sa vocation. Ses premiers essais attirèrent l'attention du D'' Beddoës, ancien professeur de chimie à Oxford, et fondateur de l'Institut pneumatique de Ciifton, près Bristol. Attaché à l'établissement du Docteur, le jeune Davy se signala bientôt par une étude approfondie du protoxyde d'azote ou gaz hilarant (1799). Aussi le comte deRumfort, qui venait de fonder l'Institution Royale, lui confia, malgré sa jeunesse (il n'avait que vingt-trois ans), la chaire de chimie (1801). Ses leçons eurent un succès extraordinaire et le jeune professeur devint rhomme à la mode à Londres. Ses découvertes et les honneurs qu'elles lui valurent en firent bientôt l'un des hommes les plus en vue de l'Europe entière. En 1803, il est nommé membre de la Société Royale de Londres, créé baronnet en 1812, élu associé étranger de l'Institut de France en 1817, nommé président de la Société Royale de Londres en 1820 et le reste jusqu'à sa mort. De 1800 à 1809, se placent ses études sur la pile, la décomposition de Feau, la découverte du potassium^ du sodium, etc. Aussi Napoléon, au plus fort de ses luttes contre l'Angleterre en 1813, n'hésita pas à lui accorder un sauf-conduit pour venir en France avec sa femme et le jeune Faraday. Il passa six mois à Paris où il fit connaître l'iode en même temps que Gay-Lussac; puis il traversa toute la France, séjourna à Montpellier, alla en Italie où il visita Volta ; passa plusieurs mois à Genève et rentra en Angleterre au commencement de 1815. Il excita chez ceux qui le virent dans ce voyage plus d'admiration que de sympathie. Dumas, qui avait trouvé à Montpellier et à Genève les souvenirs très récents et très vivants de ce voyage, en a parlé dans son éloge de Faraday, et il en contait volontiers les détails. Peut-être la hauteur orgueilleuse et le caractère difficile de Davy l'ont-ils empêché de rendre une entière justice à son éclatant génie. C'est peu après son retour en Angleterre que Davy imagina la lampe de sûreté devenue bientôt d'un usage universel dans les mines grisouteuses. Il mourut à Genève en 1829. Ses principaux ouvrages, outre les nombreux et célèbres mémoires publiés dans les Transactions philosophiques, et dans le Journal de Nicholson, sont : la Philosophie chimique^ 1812 (dédiée à Mme Davy), traduite en français par Vans Mons, Paris, J.-B. Baillière, 2 vol. in-8, 1826, et la
Chimie agricole^ 1818, traduite eu français par Bulos. On a de lui aussi des poésies et des œuvres philosophiques : Consola^ tions in traveî, or the last days of a philosopher (Consolations ea voyage, ou les derniers jours d'un philosophe). Ses œuvres complètes ont été publiées à Londres, par les soins de son frère, sous le titre : The CoUected Works of sir Humphry Davy^ edited by his Brother, John Davy. 9 volumes in-8. London, 1839-1840. — Le 1^' volume est consacré à la vie et à divers opuscules inédits de Davy.
Expériences relatives à l'effet du conflit électrique sur l'aiguille aimantée ^
Les premières expériences sur le sujet qui fait Tobjet de ce Mémoire remontent aux Leçons que j'ai faites Thiver dernier sur l'électricité, le galvanisme et le magnétisme. Leur conséquence principale est que l'aiguille aimantée est déviée de sa position d'équilibre par l'action de l'appareil voltaïque, et que cet eflFet se produit quand le circuit est fermé et non lorsqu'il est ouvert; c'est pour avoir laissé le circuit ouvert que de célèbres physiciens n'ont point réussi, il y a quelques années, dans des tentatives de ce genre....
Mon appareil galvanique se composait de vingt auges de cuivre rectangulaires, dont la longueur et la hauteur étaient d'environ 12 pouces, et la largeur de 2 1/2 pouces.
1. Ch. Oërsted, Expérimenta circa effectum conflictus electrici in acum magneticam, in-4, Hafniœ, 1820, et Journal de SchweiggeTf t. XXIX, p. 275; 1820.
Des traduclions françaises de ce Mémoire ont été publiées dans les Annales de Chimie et de Physique, t. XIV, p. 417-425, 1820, et dans le Journal de Physique, t. XCI, p. 72. — J. (')
OErsted (/. Christian), né en 1777, mort en 1851 ; professeur à l'Université de Copenhague, membre associé de l'Académie des sciences en 1842. — J. G.
(*) L'Initiale J. désigne M. Joubert, éditeur du second et du troisième volume des mémoires publiés par la Société de Physique. — J. G.
Chaque auge est formée de deux lames de cuivre dont Tune est terminée par un appendice qui maintient la lame de zinc dans le liquide de Tauge suivante *. Ce liquide est de Teau additionnée de 1/60 de son poids d'acide sulfurique et de 1/60 d'acide nitrique. La portion plongée de la lame de zinc représente un carré d'environ 10 pouces de côté. On peut d'ailleurs employer des appareils moins puissants : il suffît qu'ils puissent faire rougir un fil métallique.
On met en communication les extrémités opposées de l'appareil galvanique par un fil de métal que, pour abréger, nous appellerons le fil conducteur ou fil conjonctif; et nous donnerons aux actions dont ce conducteur et l'espace qui l'environne sont le siège le nom de conflit élec^ trique '.
Supposons qu'on tende une portion rectiligne de ce fil au-dessus d'une aiguille aimantée suspendue à la manière ordinaire et parallèlement à sa direction. On laisse d'ailleurs assez de flexibilité au fil pour que cette partie puisse être déplacée à volonté. Dans le cas actuel, l'aiguille quittera sa position, et le pôle qui se trouve sous la partie du fil conjonctif la plus voisine de l'extrémité négative de l'appareil galvanique déviera vers l'ouest.
Si la distance du fil à l'aiguille n'excède pas trois quarts de pouce, la déviation est de 45® environ. Si l'on augmente la distance, l'angle diminue à proportion. D'ailleurs, la valeur absolue de la déviation varie avec la puissance de l'appareil.
En déplaçant le fil conjonctif vers l'est ou vers l'ouest
4. C'est la disposition donnée à la pile à auges par Berzelius; la lame de cuivre forme les parois du vase qui contient le liquide. — J.
2. Le mot conflit électrique est ici l'équivalent du mot courant électrique; l'idée qu'il exprime est celle du choc des deux électricités contraires, accumulées aux extrémités de la pile, qui se précipitent Tune sur l'autre par le fll conducteur et, dans les idées d'OËrsted, par Tespace environnant. — J.
SJS l'électricité.
tout en le laissant parallèle à la direction de Taiguille, on ne change rien que la grandeur de Taction ; il en résulte que l'effet observé ne peut être attribué à une attraction, car, si la déviation de Taiguille dépendait d'attractions ou de répulsions, le même pôle qui s'approche du fil quand celui-ci est à Test devrait s'en approcher encore quand ce fil passe à l'ouest.
Le conducteur peut être formé de plusieurs fils ou rubans réunis en faisceau. La nature du métal est indifférente, si ce n'est peut-être au point de vue de la grandeur de l'effet. Nous avons employé avec un égal succès des fils de platine, d'or, d'argent, de laiton et de fer, des bandes de plomb et d'étain et des masses de mercure. L'interposition d'une colonne d'eau dans le conducteur ne fait pas disparaître complètement l'effet, à moins que l'interruption n'ait une longueur de plusieurs pouces. L'efiet du fil conjonctif sur l'aiguille aimantée a lieu au travers du verre, des métaux, du bois, de Teau, de la résine, des vases de terre et des pierres. Des lames de verre, de métal ou de bois, interposées séparément ou simultanément entre le conducteur et l'aiguille, ne paraissent pas diminuer sensiblement Tinfluence de l'un sur l'autre. Il en est de même si l'on interpose le disque d'un électrophore, une lame de porphyre ou une assiette remplie d'eau. L'expérience nous a montré que l'effet est encore le même quand on place l'aiguille dans une boîte de laiton remplie d'eau.
Il est à peine nécessaire de remarquer que cette transmission d'effets au travers de ces diverses substances n'avait encore été observée ni avec l'électricité ordinaire ni avec l'électricité voltaïque. Ainsi, les effets qui se manifestent dans le conflit électrique sont très différents de ceux que peut produire l'une ou l'autre des deux électricités.
Si le fil conjonctif est disposé horizontalement sous l'aiguille, les effets sont les mêmes que lorsqu'il est au-
dessus, à cela près qu'ils sont de sens contraires ; c'est-àdire que le pôle de l'aiguille sous laquelle se trouve la partie du fil la plus voisine de l'extrémité négative de la pile dévie alors vers l'est.....
Ck)penhague, 21 juillet 1820.
Jean Christian Œrsted,
Chevalier de l'urdre du Danemark,
Prore!>seur de phyBique à l'Université de Copenhague,
Secrétaire de la Société Royale des sciences.
(Mémoires publiés par la Société Française de physique. Paris, Gauthier- Villars, t. Il, p. 1.)