‹ Lectures scientifiques. Extraits de mémoires originaux et d'études sur la science et les savants. Physique et chimieChapitre 79 sur 120 · Grimaux, loc cif,f p · texte numérisé non relu

Grimaux, loc cif,f p

d'autres sujets qu'une femiUB de sens, travaillant dans le laboratoire de son mari, sait si bien rendre intéressants. »

Eq 1775 Lavoisier avait été nommé en outre régisseur des poudres et salpêtres. Il alla alors habiter, à T Arsenal, avec sa jeune femme el sa tante Constance Punctis (son père mourut la même année), un hôtel auquel lui donnaient droit ses nouvelles fonctions. Il occi^pa ce logement jusqu*à ce que la Révolution vint l'en chasser en 1792 *. C'est là qu'il avait installé son laboratoire, ce laboratoire fameux entre tous, où d'immortelles découvertes renversèrent des erreurs séculaires et fondèrent la chimie. Cet hôtel a disparu pendant les incendies de la commune en 187^

Avec la Révolution trop d'occupations malheureusement le retinrent loin du laboratoire. Député suppléant à l'Assemblée nationale, membre de la commune de 1789, administrateur de la Caisse d'escompte, bientôt commissaire de la Trésorerie nationale, il fut encore trésorier de l'Académie et membre de la Commission des poids et mesures, dont il dirigea le fonctionnement en même temps qu'il se chargeait avec Haûy de déterminer la densité de l'eau pour établir l'unité de poids. Aussi avec le Traité de Chimie 2 est close pour lui Tère des grandes découvertes; mais, dans l'espace de vingt ans, il avait renversé la doctrine du phlogistique, apporté une philosophie nouvelle dans la conception des éléments, découvert la nature complexe de l'air, montré son rôle dans les phénomènes de la combustion vive et de la combustion respiratoire, créé la calorimétrie, fixé les méthodes

1. Il alla alors habiter, jusqu'à son emprisonnement, une maison située boulevard de la Madeleine, démolie depuis el remplacée par les constructions du n*" 21 actuel. Une partie des jardins primitifs subsiste encore.

2. Paris, Cuchet, 1789, 2 vol. in-8. — La 2e édition parut en 1193. — La 3" en 1801, chez Deterville.

LA VIE ET l'œuvre DE LAVOISIER. 483

de l'expéFimentation, exposé la loi de rindestructibilité de la matière. Toute la science moderne n'est que le développement de l'œuvre de Lavoisier. Si quelques historiens de la science, mus par un esprit étroit d'exclusivisme, ont cherché à rabaisser son génie au profit de ses contemporains , c'est qu'ils ont insuffisamment étudié cette œuvre et ne l'ont abordée qu'avec d'inqualifiables partis pris. (Grimaux, Lavoisier, p. 128.)

En 1792, Lavoisier refusa d'entrer au ministère, M. Grimaux a publié (p. 215) la belle lettre qu'il écrivit à Louis XVl à cette occasion, et il se consacra entièrement à l'Académie des sciences et à ses fonctions de membre de la Commission des poids et mesures et du bureau de Consultation. Mais ni l'éclat de ses découvertes, ni tant de services rendus ne purent le sauver. Il fut arrêté le 28 novembre 179ÎÎ (8 frimaire an ii) avec son beau* père Paulze et la plupart des fermiers généraux, et enfermé d'abord dans l'ancien couvent de Port-Royal, devenu Port- Libre, dans des bâtiments qui subsistent encore. Le 24 dé^ cembre, il fut, avec ses compagnons, transféré dans l'ancien hôtel des Fermes transformé en prison. Ils ne devaient le quitter que pour passer à la Conciergerie (7 mai 1794) et de là à l'échafaud (8 mai). Ils furent enterrés dans la fosse commune du cimetière de la Madeleine *.

Mme Lavoisier avait en vain fait tous ses efforts pour sauver son mari et son père. Elle fut emprisonnée elle-même et courut les plus grands dangers. Rendue à la liberté après le 9 thermidor, elle fut réduite pour subsister à accepter les secours d'un ancien serviteur qui la nourrissait du produit de son travail. Enfin, en 1796, elle obtint la restitution des papiers, livres, instruments de laboratoire de son mari, ainsi que d'une partie de sa fortune. M. Guizot, qui l'avait connue, lui a consacré une intéressante notice. Nous y faisons quelques emprunts.

1. C'est sur l'emplacement de ce cimetière que s'élèvent actuellement les bâtiments connus sous le nom de Chapelle expiatoire (boulevard Haussmann et rue d'Anjou). — L'une des rues voisines porte le nom de iMvotsier, — J. G.

Elle (Mme Lavoisier) vivait dans le laboratoire de M. Lavoisier, Taidait dans ses expériences, écrivait ses observations sous sa dictée, traduisait, dessinait pour lui. Elle apprit à graver pour qu'il fût sûr d'un ouvrier exact jusqu'au scrupule, et les planches du Traité de Chimie furent bien réellement l'œuvre de ses mains. Elle publia, parce qu'il le désirait, la traduction d'un ouvrage du chimiste anglais Kirwan « sur la force des acides et la proportion des substances qui composent les sels neutres », et elle avait acquis dans la science qu'ils cultivaient ensemble une intelligence si complète, que lorsque, en 1805, onze ans après la mort de Lavoisier, elle voulut réunir et publier ses mémoires scientifiques, elle put se charger seule de ce travail, et l'accomplit en efiFet, en y joignant une préface parfaitement simple, où ne se laisse entrevoir aucune ombre de prétention.

En 1798 , lorsqu'une proscription à la fois cruelle et

honteuse d'elle-même frappa quelques-uns de ses amis,

entre autres l'un des plus intimes, M. de Marbois, une

lettre de crédit de Mme Lavoisier sur son banquier de

Londres, alla le chercher dans les déserts de Sinamary.

Quand les proscriptions cessèrent, quand Tordre et la

justice revinrent apaiser et ranimer en même temps la

société, Mme Lavoisier reprit sa place dans le monde,

entourée de toute une génération de savants illustres,

les amis , les disciples , les successeurs de Lavoisier,

Lagrange, Laplace, BerthoUet, Cuvier, Prony, Humboldt,

Arago, charmés en honorant sa veuve, de trouver dans

sa maison, en retour de l'éclat qu'ils y répandaient, les

agréments d'une hospitalité élégante. M. de Rumfort

arriva parmi eux. Il était alors au service du roi de

Bavière et jouissait dans le public d'une grande popularité

scientifique. Son esprit était élevé, sa conversation pleine

d'intérêt, ses manières empreintes de bonté. Il plut à

Mme Lavoisier. Il s'accordait avec ses habitudes, ses

goûts, on pourrait presque dire ses souvenirs. Elle espéra

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