‹ Lectures scientifiques. Extraits de mémoires originaux et d'études sur la science et les savants. Physique et chimieChapitre 80 sur 120 · LA VIE ET L'CKUVRE DE LAVOISIER · texte numérisé non relu

LA VIE ET L'CKUVRE DE LAVOISIER

recommencer en quelque sorte son bonheur. Elle Tépousa le 22 octobre 1805, heureuse d'offrir à un homme distingué une grande fortune et la plus agréable existence.

Leurs caractères ne se convinrent point.... Des questions délicates furent élevées ; des susceptibilités s'éveillèrent. Mme de Rumfort, en se remariant, avait formellement stipulé dans son contrat qu'elle se ferait appeler Mme Lavoisier de Rumfort. M. de Rumfort, qui y avait consenti, le trouva mauvais. Elle persista.

Après des agitations domestiques que M. de Rumfort, avec plus de tact, eût rendues moins bruyantes, la séparation devint nécessaire, et elle eut lieu à l'amiable le 30 juin 1809.

Depuis cette époque, et pendant 27 ans, aucun événement, on pourrait dire aucun incident ne dérangea plus Mme de Rumfort dans sa noble et agréable façon de vivre. Elle n'appartint plus qu'à, ses amis et à. la société, tantôt étendue, tantôt resserrée, qu'elle recevait avec un . mélange assez singulier de rudesse et de politesse, toujours de très bonne compagnie et d'une grande intelligence du monde, même dans ses brusqueries de langage et ses fantaisies d'autorité.

Elle vivait surtout dans son salon. Elle y est morte en quelque sorte debout, le 10 février 1836, entourée, la veille encore, de personnes qu'elle se plaisait à y réunir, et qui n'oublieront jamais ni l'agrément de sa maison, ni la solidité de ses amitiés, (Guizot, Notice sur Madame Lavoisier de Rumfort,)

On ne peut se faire une idée nette de l'œuvre de Lavoisier et vérifier l'exactitude des paroles de Wurtz, si on ne connaît l'état de la science à la fin de xvni* siècle. On peut consulter dans ce but les ouvrages suivants : c'est la meilleure préparation à l'étude des œuvres de Lavoisier.

Le Manuel de Chymie^ de Bâumé, maître apothicaire à Paris et démonstrateur en chymie. Paris. 2® édition. 1765. — La Chymie expérimentale et raisonnée du mêmCi Paris, chez Didot

le jeune. 1773. 3 vol. in-8. — Le Traité chimique de Vair et du feu, par Ch. G. Scheele, membre de TAcadémie royale des sciences de Suède, traduit de rallemand par le baron Dietrich, à Paris, 1781. — Les Mémoires de Chymiç, du môme, traduits du suédois et de l'allemand. Paris, 1785, 2 vol. in-12. -— L'Essai sur le phlogistique et sur la constitution des acides, traduit de l'anglais de KmwAN (par Mme Lavoisier), à Paris, 1788, 1 vol. in-8, etc.

La Chimie de Baume et le Dictionnaire de Macquer étaient entre les mains de tous les étudiants et de tous les chimistes. La première surtout présente encore un réel intérêt : elle oflfre des qualités d*ordre et de clarté qui expliquent son succès. C'est donc un excellent témoin à consulter sur l'état de la science à cette époque.

La Chimie était une science essentiellement descriptive et qualitative. On se servait bien de la balance, mais pour déterminer les proportions de certains corps nécessaires pour obtenir un résultat déterminé, proportions déterminées d'une façon purement empirique et nullement par la connaissance des propriétés ou de la composition des corps, non plus que des réactions à produire; elle ne servait pas aux analyses, et le principe des équations chimiques : la somme des corps employés égale la somme des corps obtenus, qui guide sans cesse Lavoisier, n'apparaît nulle part. La seule analyse connue est l'analyse qualitative, et comme elle n'est pas contrôlée par l'analyse quantitative, que la véritable nature de l'air et de Teau est inconnue, ainsi que la façon dont ces corps interviennent dans les phénomènes chimiques, elle conduit souvent à des conséquences inexactes. On ne s'est pas encore avisé que : en Physique comme en Géométrie, le tout est égal à ses parties, comme le diront bientôt Lavoisier et Laplace.

(( Les chymistes *, nous dit Baume, donnent le nom d'Eléments à des substances simples, inaltérables, auxquelles on ne connaît point de parties constituantes : tels sont le feu, Vair, Veau et la f<?;Te. On leur a aussi donné le nom de principes primitifs, parce qu'ils sont en effet les premiers principes des corps, et qu'ils entrent

1. Baume, Chymie expénmentale et raisonnée, Paris, 1773, I, 39.

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