‹ Lectures spirituelles pour le temps de l'avent disposéesChapitre 37 sur 55 · SUR LES FRUITS DE LA PÉNITENCE · texte numérisé non relu

SUR LES FRUITS DE LA PÉNITENCE

Jcan-Baplistr prêchant une pénitence fructueuse et sans relâchement.

Facile f'ructus diynos pœnitentiœ.

Faites de dignes fruits de pénitence, i Luc ni, S.')

Ce ne sont point seulement des fruits de pénitence que demande Jean-Baptiste, mais de dignes fruits ; et ces fruits consistent à rétablir l'homme pénitent dans Tordre, d'où le désordre du péché l'a fait sortir. Il s'est déréglé par la transgression de ses devoirs, et voilà les fruits de son iniquité ; mais c'est par la pratique de ces mêmes devoirs qu'il se remet dans la règle, et voilà les fruits de sa pénitence. Dignes fruits, si cette pratique est telle que Dieu la veut et qu'elle doit être ; si, dis-je, c'est une pratique fidèle, et si c'est une pratique fervente. Comme donc on connaît l'arbre par ses fruits, on connaît notre pénitence par ses œuvres : je veux dire qu'on la connaît par l'accomplissement de nos devoirs. Pratique fidèle qui ne laisse rien échapper : premier point. Pratique fervente qu'une sainte ardeur anime et que rien ne peut arrêter ; second point. Daigne le Ciel nous renouveler ainsi par la grâce de la pénitence ; et puissions-nous travailler nous-mêmes à ce changement par une conduite plus régulière et plus exemplaire!

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Pratique de nos devoirs, pratique fidèle qui ne laisse rien échapper. Quand Dieu parle, dans l'Apocalypse, à cet évêque dEphèse dont la charité s'était refroidie, et qu'il lavertit de faire pénitence : Souvenez-vous, lui dit-il, d'où vous êtes déchu... reprenez vos premières œuvres (1). Ces premières œuvres, c'étaient ses fonctions, c'étaient ses devoirs qu'il avait négligés, et à quoi Dieu lui ordonnait de s'appliquer avec une fidélité toute nouvelle. Sans cela, qu'est-ce que la pénitence ? Car une solide pénitence n'est pas seulement de s'abstenir du mal qu'on a commis, mais de pratiquer le bien qu'on n'a pas fait. Voilà pourquoi Dieu, rappelant les pécheurs par la bouche de ses prophètes, et les exhortant à la pénitence, ne se contentait pas de leur dire : Quittez ws voies corrompues: mais ajoutait: Marchez dans mes voies, marchez dans les voies de la justice. Or nos devoirs, ce sont pour chacun de nous les voies de la justice, ce sont les voies de Dieu. Devoirs envers Dieu, devoirs envers le prochain, devoirs à l'égard de nous-mêmes. Devoirs envers Dieu, qui sont tous les devoirs de religion et de piété; devoirs envers le prochain, qui sont tous les devoirs de charité, de miséricorde, de société, de droiture et d'équité, de vigilance sur autrui et par rapport à autrui, selon la différence des états et les divers degrés de subordination : devoirs à l'égard de nous-mêmes, qui regardent la réformation de nos mœurs et la sanctification de notre vie, le retranchement de nos vices et notre avancement dans les vertus. Devoirs généraux et devoirs particuliers:

(1) Apoc, II, 5.

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les uns qui nous regardent en général comme hommes, comme chrétiens, comme enfants de l'Eglise; lesautres qui nous concernent spécialement et en particulier, selon les divers engagements et les obligations propres ((ue nous imposent notre vocation, noti'C profession, notre condition, la place que nous occupons, le rang que nous tenons, le caractère dont nous sommes revêtus. Quel champ pour la pénitence, et que de fruits elle peut produire !

Fruits abondants : car dans une exacte observation de ces devoirs, surtout après un libertinage de plusieurs années, il n'y a pas peu de violences à se faire, ni peu de victoires à remporter. A combien d'exercices fautil s'assujettir, dont on n'a presque jamais eu l'usage ? à combien de soins faut il descendre, qu'on avait jusque-là négligés, et môme tout à fait abandonnés ? Combien de dégoûts et d'ennuis y a-t-il à soutenir, et en combien de rencontres faut-il rompre sa volonté et agir contre son inclination? Fruits solides, puisque dans la pratique de ses devoirs, tout communs qu'ils sont, il n'y a pas une perfection commune, et que rien au contraire n'est plus selon l'esprit et le gré de Dieu. Tout le reste est bon, et l'on n'en doit rien omettre, autant qu'il est possible : mais les devoirs sont préférables à toute autre chose, et Dieu ne demande rien de nous plus particulièrement ni plus expressément. Fruits durables et permanents : d'autres pénitences qu'on peut s'imposer, et que suggère un saint désir de satisfaire à Dieu, sont passagères, elles ont leurs jours, elles ont leurs temps ; mais l'accomplissement de nos devoirs est une pénitence de toute la vie; elle ne soulîre point d'interruption, et c'est un joug que nous portons jusques au tombeau. Suivant ce plan, formons-nous l'idée d'une àme vraiment pénitente : car en voilà la plus juste image. Mais où la trouve-t-on, cette àme, et où

voyons-nous de tels fruits ? Ne pourrais-je pas dire dun pénitent de ce caractère ce qui est dit de la femme forte, qu'il est aussi rare que ce qu'on apporte de plus précieux des e.rt rémités du monde (1) ? Malgré la corruption du siècle, nous entendons encore parler de quelques conversions: mais à quoi se terminent-elles? à corriger certains excès, à se défaire de certains vices, de certains attachements honteux et scandaleux : mais du reste en devient-on plus fidèle aux devoirs du christianisme, aux devoirs de son état, à tout ce qui est du bon ordre et du ne vie réglée ? Là-dessus nulle exactitude, nulle attention.

Pratique de nos devoirs, pratique fervente, quune sainte ardeur anime et que rien ne ralentit. C'était une excellente règle que donnait l'apôtre saint Paul aux Romains, quand, pour leur apprendre de quellemanière ils devaient se comporter dans la loi nouvelle qu'ils avaient embrassée, il leur disait: Comme tous avez fait servir tos corps à l impureté et au crime pour to^nber dans le péché, faites-les servir maintenant à la vertu et au devoir, pour vous rendre saints (2). Règle que tout pénitent doit s'appliquer à lui-même, et qui lui fournit un des plus puissants motifs pour exciter son zèle dans la nouvelle route où il est entré, et dans tous les exercices d'une vie chrétienne. Ce n"est point assez pour lui de se remettre à la pratique de ses devoirs ; il faut de plus que la ferveur dont cette pratique est accompagnée la relève et la sanctifie. Car, doit-il dire, la même ardeur que jai eue dans mes égare

(1) Prov.. XXXI, 10. —(-2) Rom., vi, 19.

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ments, et avec laquelle je me suis porté à tout ce qui pouvait contenter mes passions au préjudice de mon devoir, ne serait-il pas bien indigne qu'elle vînt à se refroidir dans mon retour et à m'abandonner, lorsqu'il sagit de satisfaire à mes obligations les plus essentielles ?

Ferveur tellement nécessaire, que sans cela notre pénitence ni ses fruits ne peuvent longtemps se maintenir. Et en effet, sans ce feu, sans cette ferveur et la force qu'elle inspire, le moyen qu'un pénitent surmonte toutes les difficultés qu'il doit immanquablement rencontrer dans un genre de vie auquel il n'est point fait, et qui le gêne, qui le rebute, qui le tient toujours dans un état pénible et violent? De là donc tant de pénitents, semblables à ces lâches combattants d'Ephrem, qui prirent la fuite aa jour du combat et cédèrent dès le premier choc, se sont rendus aux moindres assauts et ont démenti toutes leurs résolutions : pourquoi ? parce qu'un fonds de tiédeur où ils sont demeurés, quoique pénitents, leur a affaibli le courage, et qu'ils ont manqué de fermeté pour résister. Et voilà aussi la dernière et la plus commune ressource qui reste à l'ennemi de notre salut, ou plutôt à la nature corrompue, pour reprendre l'empire sur nous, et pour nous enlever tout le fruit de notre pénitence. A ces heureux moments où la grâce nous touche, nous pénètre, nous possède, l'enfer, le monde, la nature, la passion, sont en quelque sorte réduits à se taire. On ferme loreille à toutes leurs suggestions, on repousse tous leurs efforts, on franchit toutes les barrières qu'ils nous opposent. Il faut qu'ils cèdent, et qu'ils nous laissent agir selon les saints mouvements qui nous transportent. Mais ce feu n'est pas toujours également vif. On pourrait l'entretenir ; mais on n'y emploie pas les moyens convenables. Il diminue, il passe, il s'éteint ; et si peut-

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être 011 lien vient pas dabord jusqu'à retomber dans les mêmes dérèglements, du moins au bout de quelques jours on se relâche, ondevient lent, froid, tout languissant. Or, c'est alors que ces mortels ennemis sur qui l'on avait eu l'avantage, et qui semblaient abattus et vaincus, commencent à se relever. C'est là l'heure justement, c'est la dangereuse conjoncture qu'ils attendaient pour renouveler leurs attaques. L'esprit tentateur sollicite plus fortement que jamais; le monde se présente avec ses charmes les plus engageants; la nature, la passion se réveillent, et dans la disposition où l'on est, dans cette langueur et cet attiédissement, il n'est que trop ordinaire de rendre bientôt les armes et de reprendre ses premières voies.

Si nous voulons être à Dieu, soyons-y comme nous y devons être, et d'une manière digne de Dieu. Honorons-le d'autant plus, quenouslavons plus déshonoré; édifions d'autant plus le prochain, que nous lavons plus scandalisé ; tachons de regagner tout ce que nous avons dissipé de temps, de grâce, de mérites, et enrichissons-nous d'autant plus, que nous sommes plus appauvris. Or, tout cela ne se peut sans une ferveur toujours vive, toujours agissante. Telle a été la ferveur de Madeleine, et dune multitude innombrable de pénitents dans tous les siècles: telle soit la nôtre !

CINQUIEME LECTURE

VENDREDI

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