‹ Lectures spirituelles pour le temps de l'avent disposéesChapitre 38 sur 55 · SUR LES ŒUVRES SATISFACTOIRES · texte numérisé non relu

SUR LES ŒUVRES SATISFACTOIRES

Jean-Baptiste prêchant une pénitence austère et sans ménagement.

Jjtse autem hahebat vestimentum de pilis camelorum, et zonam pellicenm ch-ca lumbos suos. Esca aulem ejus erat locustx etmel sylvestre.

Or, son vêtement était de poil de chameau. Il avait autour des reins une ninture de cuir ; et sa nourriture, c'étaient des sauterelles et du miel sauvage. (Mathieu, m, 4.)

Ce n'est point seulement de bouche ni par ses paroles que Jean-Baptiste prêche la pénitence, mais par ses œuvres et par ses exemples. Ce vêtement grossier dont il est couvert, cette abstinence, ce jeûne perpétuel quil pratique, ce renoncement à toutes les aises et à toutes les douceurs de la vie, voilà ce qui dut être mille fois plus efficace sur les esprits de ses auditeurs, pour les porter à une pénitence austère, que tous les raisonnements et tous les discours. Quoi qu'il en soit, c'est à cette pénitence, c'est à ces saintes rigueurs, à cette mortification des sens, à tout ce que nous appelons œuvres pénibles et satisfactoires, que nous engagent nous-mêmes deux grands intérêts : l'intérêt de Dieu et notre intérêt propre. L'intérêt de Dieu que nous avons à venger: [premier point. Notre intérêt propre que nous avons à procurer : second point. Voici une matière dont la délicatesse du monde sera

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olîensée; mais il faiil que le péché soit puni, et l'on n'est pas pénitent pour mener une vie commode et molle.

L'intérêt de Dieu que nous avons à venger, soit par un esprit de justice, soit par un esprit de reconnaissance et d'amour : double raison qui regarde Dieu directement, et. qui, en vue de ses droits que nous avons violés, doit nous animer d'un saint zèle contre nous-mêmes.

1" Esprit de justice : car il est bien juste que Dieu, après l'offense qu'il a reçue de l'homme par le péché, reçoive aussi de l'homme, par une peine proportionnée, la satisfaction qui lui est due. Ainsi nous devons làdessus nous regarder comme juges établis par la justice entre Dieu même et nous. Dieu nous dit à chacun ce qu'il disait par son prophète aux infidèles habitants de Jérusalem : Soyez juge entre moi et ma vigne (1) ; c'est-à-dire entre moi et vous, pécheur que jai formé, que j'ai cultivé avec le même soin que le vigneron cultive une vigne dont il veut recueillir de bons fruits. Où sont-ils ces fruits que j'attendais? sont-ce tant d'iniquités où la passion vous a porté ? sont-ce tant d'outrages que vous m'avez faits et à ma grâce ? Voilà donc sur quoi nous devons prendre en main la cause de Dieu et nous juger nous-mêmes, sans égard, ni aux prétextes de l'amour-propre, ni aux répugnances de la nature, ni aux révoltes des passions; car il n'y a que léquité qui doive ici nous animer et nous conduire. Selon cette droite équité, nous mesurons la vengeance par la grièveté de l'offense ; et plus nous nous recon-

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naîtrons criminels, plus nous redoublerons le cliAli ment et la peine. Or, pour comprendre combien nous sommes coupables, comprenons, autant qu'il est possible à la faiblesse de nos connaissances, ce que c'est "que Dieu, et ce que c'est que Ihomme rebelle à Dieu : ce que c'est, dis-je, que Dieu, et combien les droits de ce souverain ^laître sont inviolables et sacrés; ce que c'est que Ihomme devant Dieu, et quelle est sa dépendance, quels sont ses devoirs. De là nous conclurons de quoi nous sommes redevables à Dieu en qualité de pécheurs; et que faudra-t-il davantage pour nous déterminera tout ce qu'il y a, dans une vie pénitente, de plus rude ot de plus sévère?

:2'^ Esprit de reconnaissance et d'amour. Plus un pécheur pense à la grâce que Dieu lui a faite en le rappelant, en se réconciliant avec lui, en lui remettant son péché et la peine éternelle où l'exposait son péché, plus il sent croître son amour pour un Maître dont il ne peut assez admirer l'infinie miséricorde; et plus il est louché d'amour pour Dieu, plus il se condamne lui-même, plus il se hait lui-même de cette haine évangélique qui nous sauve en nous perdant. Dans cette disposition, on ne cherche guère à s'épargner. Vous m'avez pardonné, mon Dieu, et c'est pour cela que je ne me pardonnerai pas moimême; vous pouviez exercer sur moi vos vengeances pendant toute l'éternité, je le méritais ; mais vous ne l'avez pas voulu ; et c'est pour cela que je veux, au moins dans le temps vous venger de moi-même, selon (|u'il vous plaira de me l'inspirer, et que votre gloire le demandera. Ah! Seigneur, j'étais un ingrat lorsque je me suis tourné contre vous, et que j'ai transgressé vos divins commandements. Tant de bienfaits que j'avais déjà reçus, c'étaient des raisons bien fortes pour vous être fidèle jusques à la mort, et pour ne me détacher

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jamais de vous. Je vous ai toutefois oublié, et j'ai suivi la passiou qui m'entiainail ; mais dans mon égarement même vous avez pris soin de moi, vous m'avez recherché, et vous daignez me recevoir. Or, après cette nouvelle grâce, ne serait ce pas dans moi une ingratitude toute nouvelle et même le comble de l'ingratitude, si je refusais de vous satisfaire, si je ne voulais me faire pour cela nulle violence, si je ne voulais rien supporter pour cela, et si de moi-même je ne me condamnais à rien? Ainsi parle une âme contrite; et de là à quoi n'est-elle i>as préparée ? quelles réparations ne voudrait-elle pas faire à Dieu ? Il n'y a pas détat si mortifiant dont elle ne se juge digne, et souvent on est plutôt obligé de la retenir que de l'exciter.

Mais nous, par des principes bien opposés, de quels ménagements n'usons nous pas, lors même que nous sommes pénitents, ou que nous croyons lêtre? La pénitence consiste dans le repentir du cœur, il est vrai ; mais dès que ce repentir est dans le cœur, il se produit au dehors et passe bientôt aux œuvres; autrement, il est bien à craindre que ce ne soit un faux repentir qui nous trompe, et une illusion que nous n'apercevons pas. ou que nous nous cachons à nousmêmes, mais que Dieu connaît.

Notre propre intérêt que nous avons à procurer, soit pour la vie présente, soit pour l'autre vie : deux motifs qui nous regardent spécialement, et qui, en vue des avantages attachés aux œuvres d'une pénitence satisfactoire, sont encore pour nous de nouveaux engagements à les pratiquer, autant que notre condition le comporte, et selon quellele peut permettre.

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1" Par rapport à la vie présente. Le plus grand intértH que nous ayons sur la terre, c'est de vivre dans la grâce de Dieu, et de mettre par là à couvert notre salut ? de tenir en bride nos passions, et de réprimer leurs appétits déréglés ; de nous prémunir contre les tentations du démon, contre les dangers du monde, contre les illusions de la cupidité, contre les convoitises de la nature corrompue ; de marcher ainsi dans les voies du ciel, et d'y persévérer jusqu'à la mort. Or, qui ne sait pas que le moyen le plus assuré pour tout cela ce sont les exercices de la mortification chrétienne ? Mener une vie aisée, passer ses jours dans le repos et dans le plaisir, ne rien refuser à sa sensualité et à ses désirs de tout ce que Ton croit pouvoir leur accorder sans crime, et en même temps vouloir garder son cœur et le préserver de toute corruption, c'est vouloir être au milieu du feu et ne pas brûler. Ih se sont réjouis, disait le Prophète, ils se sont traités et vourris délicatement, ils se sont engraissés (1); et qu'est-il arrivé de Ik? C'est qu'ils ont abandonné le Seigneur, leur Dieu et leur Créateur. Source ordinaire de tant de vices qui régnent parmi les hommes, et dont les saints ne se sont garantis qu'en se renonçant eux-mêmes, et en se déclarant les plus implacables ennemis de leurs corps. Que dis-je? tout saints qu'ils étaient, et avec les pénitences qu'ils pratiquaient, ils n'ont pu même éteindre absolument dans eux le feu de cette concupiscence qu'ils avaient apportée en naissant. Quoique morts en apparence, ou réduits par la continuité de leurs abstinences et de leurs jeûnes, par les excès de leurs austérités, à n'être plus, pour ainsi dire, que des cadavres vivants, ils ressentaient néanmoins encore l'aiguillon de la chair. Le grand Apôtre lui-même n'en était pas

(I) Deut., xxxii, 15.

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