SUR L'ATTACHEMENT AUX RICHESSES
Jran-Baptistr condamyiant rattachement aux richesses.
Niliil amplius qunm r/uod constUutum est vobis, facialis... contenti estole stipendii-t veslris.
Ne demandez point au delà de ce qui vous est marqué,,, contentoz-vous de vutrf solde. (Luc, m. 13, 14.)
Rien de plus juste que cette règle de conduite, rien deplus conforme à la droite raison. Les publicains à qui parlait Jean-Baptiste, établis pour recevoir les deniers publics, ne devaient point grossir leur recette, en exigeant au delà du prix ordinaire ; et les soldats, contents de leur solde, ne devaient rien prétendre au-dessus de ce qui leur était assigné par l'ordre du prince. Que de désordres cesseraient, si Ton se conduisait dans tous les états selon cet esprit déquité; mais une insatiable avarice semble l'avoir banni du monde; et si l'iniquité règne dans toutes les conditions, on peut dire que c'est surtout par l'attachement aux richesses. Passion qu'il nous importe infiniment de déraciner de nos cœurs ; et rien ne doit plus fortement nous y excir ter, que d'en considérer les divers caractères : car c'est une passion vaine, inquiète, dangereuse : vaine dans son objet, inquiète dans ses mouvements, dangereuse dans ses elïets. Passion la plus vaine dans son objet ; ce sont les biens temporels qu'elle se propose :
Aif< LECTURES OUOTIDIENNES.
premier point. Passion la plus inquiète dans ses mouvements; ce sont les soins fatigants et les embarras oii elle jette : second point. Passion la plus dangereuse dans ses effets : ce sont les injustices quelle fait commettre aux dépens de la conscience et du salut : troisième point. Bienheureux les pauvres de cœur, quun saint détachement dégage d'une passion si frivole, si importune, si pernicieuse.
Passion la plus vaine dans son objet. Il ne sagit point ici de la vue sage et modérée qu'on peut avoir de ne pas manquer dans son état, et de s y soutenir honnêtement. C'est une prudence, et Salomon luimême demandait à Dieu de ne pas tomber dans l'extrême pauvreté ; mais il ne souhaitait pas avec moins d'ardeur que Dieu le préservât de la passion des richesses, la regardant comme une des passions les plus frivoles et les plus vaines.
En effet, à quoi aspire-t-elle, et pourquoi y aspiret-elle? A quoi aspire-t-elle? aux biens de la vie; à les amasser, à les multiplier, à les accumuler; car c'est une de ces deux sangsues qui nous sont représentées au livre des Proverbes, et qui, ne se trouvant jamais remplies ne cessent point de crier -.Apporte, apporte (1 ) . Or, qu'est-ce que ces biens qui allument une soif si ardente? des biens temporels, passagers, périssables; des biens qu'on acquiert aujourd'hui et qu'on perd demain, des biens qui du moins un jour nous seront certainement enlevés et dont on n'emportera rien avec soi, des biens ([ui du moins nous causeront d'autant plus de douleur quand, malgré nous, il les faudra
(11 Pjov., x\x, 15.
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quitter, ((ue nous y aurons été plus attachés. En vérité, pour peu qu'on raisonne, peut-on ne pas voir que des biens de celte nature ne doivent point faire naître des désirs si vifs, et que do s'en infatuer, c'est une vamté et une faiblesse pitoyables?
2° De plus cette passion si aveugle, pourquoi aspire-t-elle à ces biens visibles et terrestres? Est-ce pour en jouir? est-ce pour en goûter les douceurs? C'est seulement et précisément pour les posséder : car pour en jouir il faudrait en user et l'usage les diminuerait. Or, c'est ce qu'une àme intéressée ne veut point. On veut toujours mettre en réserve, et jamais ne rien ôter. De là jusqu'au milieu de l'abondance, les plus sordides épargnes. \\\ lieu que l'Apôtre, plein de l'esprit de l'Evangile, disait : Nous n'avons rien et nous possédons tout (1), l'avare, idolâtre de son trésor, doit dire : J'ai tout, et je vis comme ne possédant rien. Qui donc jouira de tant de biens ? des héritiers et non point le maître qui les a actuellement dans les mains. Voilà ce que le Saint-Esprit, dans la Sagesse, appelle une grande misère, et ce que nous pouvons appeler une insigne folie.
Passion la plus inquiète dans ses mouvements. C'est pour cela que l'Evangile compare les richesses à des épines, qui de leurs pointes piquent le cœur et déchirent l'âme. Inquiétude dans l'acquisition des biens après lesquels on soupire, et inquiétude dans leur pos session.
1° Inquiétude dans l'acquisition : car ces biens ne viennent pas se présenter d'eux-mêmes ; Ml faut les
(1) Il Cor., VI, 10.
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lecliercher, et ce n'est pas sans peine qu'on les trouve. Mille obstacles s'opposent aux desseins qu'on forme, mille accidents les dérangent el les arrêtent. Cependant la passion d'avoir sollicite, presse, ne peut souffrir de retardements, tant elle est précipitée ; ne peut se contenter de rien, tant elle est avide. De là donc les troubles et les agitations. On se surchage de travail, d'affaires, d'entreprises. Lune terminée, on s'engage dans une autre, et souvent même on les embrasse toutes à la fois. On y pense la nuit, on s'en occupe le jour ; on y sacrifie son repos, on y altère sa santé, on y expose sa vie. A force de vouloir se procurer un prétendu bonbeur que l'imagination fait consister dans l'opulence, on se rend malbeureux. et Ion consume ses années dans un tourment que la mort seule finit. 2" Inquiétude dans la possession. 11 n'en coûte pas moins pour conserver que pour acquérir. Ce qu'on aime, on craint de le perdre ; et plus on l'aime, plus les alarmes sont fréquentes : car on les prend aisément. Une perte qui arrive chagrine, et est capable de désoler un homme à qui néanmoins il reste d'ailleurs beaucoup plus qu'il ne lui faut pour être en état de porter le dommage qu'il a souffert. Parce qu'on est âpre sur l'intérêt, on ne veut rien laisser inutile, mais on prétend que tout ce qu'on a profite ; et ce sont toujours pra tiques nouvelles, toujours nouvelles fatigues. On ne veut rien céder, rien relâcher de ses droits ; on les exige à la rigueur, et de là les contestations, les démêlés, les procès. Il n'y a là-dessus qu'à interroger tant de riches du siècle, et qu'à les faire parler. Leur convoitise les dévore ; mais s'ils savaient la contenir et la régler, avec une fortune un peu moins ample, ils vivraient beaucoup plus tranquilles, et cette paix vaudrait mieux que toutes leurs richesses.
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Passion la plus dangereuse dans ses effets à l'égard de la conscience et du salut. Outre que l'attachement aux biens de la vie est en soi un péché, et qu'il a sa malice propre, c'est encore la source de mille péchés. Vérité d'autant plus triste et plus déplorable, qu'elle a moins besoin de preuves, et que les exemples en sont plus communs. V a t-il injustice que cette passion ne fasse commettre, et y a-t il injustice qu'elle n'empêche de réparer?
1'^ Quelles sortes d'injustices cette criminelle passion ne fait-elle pas commettre ? Qu'a-t-on vu dans tous les siècles, et que voyons-nous autre chose tous les jours, que des usures, que des fraudes, que des violences, que des concussions? Quelles voies n'a-t-on pas imaginées pour gagner et pour s'enrichir aux dépens des particuliers, aux dépens du juste, aux dépens du pauvre, aux dépens de la veuve, de l'orphelin; et cela, non point seulement dans le monde libertin et corrompu, mais dans le monde même chrétien, parmi un certain monde assez réglé d'ailleurs, et réputé vertueux et dévot ? Iniquités plus grossières dans les uns, iniquités plus subtiles et plus couvertes dans les autres, mais toujours iniquités qu'on ne justifiera jamais au tribunal dune conscience droite et saine, quoiqu'on ne manque pas d'artifices et de détours pour les accorder avec une conscience fausse et erronée.
2'^ Le comble de l'iniquité, c'est que la même passion qui fait commettre tant d'injustices empêche de les réparer. La nécessité de la restitution est un principe universellement re^u, nul ne l'ignore ; mais la pratique de la restitution est une chose presque absolument inconnue. Chacun sait s'en dispenser: pourquoi?
i;!2 LECTURES OLÛTIlJlENiNES.
parce que chacun ne consulte que son attache au bien, et quil n'est rien de plus ingénieux que cette damnable avarice à inventer des prétextes et à éluder les plus étroites obligations. Mais si elle se déguise à nos yeux, elle ne peut se déguiser aux yeux de Dieu, qui la dévoilera dans son jugement, et qui la réprouvera. Gardons-nous dune si terrible condamnation, et suivons l'avis que nous donne le Sauveur des hommes : Ne rluTchez point à amasser des trésors sur la terre, où la rouille et les vers cousmneut tout, mais... travaillez à amasser des trésors dans le ciel, où il n'y a ni rouille ni vers qui consument... Car où est votre trésor, là est votre cœur (1).
(1) Matth., VI. 10, :>0, -21.
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QUATRIEME LECTURE
JEUDI