‹ Lectures spirituelles pour le temps de l'avent disposéesChapitre 48 sur 55 · SUR LA FOI · texte numérisé non relu

SUR LA FOI

Jean-Baptiste perfectionnant les peuples par la foi en Jésus-Christ.

Qui crédit in Filium, habet vitam œternum; qui autem incredulus est Filio, non videbit vitam, sed ira Dei manet super eum.

Celui qui croit au Fils possède la vie éternelle ; mais celui qui refuse de croire au Fils n'aura point la vie, et la colère de Dieu s'appesantira sur lui. iJoan., in, 36.)

Malgré ce magnifique éloge que Jean-Baptiste faisait de la foi en Jésus-Christ, les Juifs lont rejetée, cette foi chrétienne; et c'est pour cela même aussi que s'est accomplie dans eux cette terrible menace du divin précurseur : Celui qui ne veut pas croire au Fils, n'aura point la l'ie, mais la colère de Dieu tombera sur lui et y demeurera. Les nations ont profité du malheur de ce peuple incrédule, et par un transport qui nous a été favorable, la foi que les Juifs n'ont pas voulu recevoir a passé aux Gentils, et s'est perpétuée jusques à nous. Don de la foi, don précieux, où paraît admirablement, outre la miséricorde du Seigneur, sa sagesse et sa providence ; car il nous fallait tout ensemble, el une foi ferme, et une foi méritoire : une foi ferme, et par conséquent assez éclairée pour bannir de nos esprits tout doute raisonnable, et pour les tixer; une foi méritoire et par conséquent assez obscure pour faire de notre soumission une vertu, et pour l'exercer. Deux excel-

iof. LECTURES (JUOTIDIENNES.

lenles prérogatives de la foi chrétienne. Nous ne pouvons mieux la comparer qu'à cette colonne qui conduit les Israélites dans le désert, et qui, toute lumineuse dune part, était de lautre toute ténébreuse. Foi assez éclairée dans la force des motifs qui nous la rendent croyable, pour former la persuasion la plus solide et la plus ferme : premier point. Foi assez obscure dans le fond de ses vérités, pour éprouver la soumission la plus humble et la plus aveugle : second point. De cedouble avantage nous apprendrons quelle estime nous devons faire de notre foi, et nous comprendrons le sens de lApotre. quand il dit que la foi est la conùction des choses que nous ne voyons point (1).

Foi assez éclairée dans la force des motifs qui nous la rendent croyable, pour former la persuasion la plus solide et la plus ferme. Car, si nous croyons en Jésus- Christ, et si nous y devons croire, ce nest point sans preuve. Cet Homme-Dieu s'est montré sur la terre, il s"est dit envoyé de Dieu et Fils de Dieu, il a annoncé aux hommes son Évangile, il leur a prêché une loi nouvelle; mais il n'a point exigé qu'on se soumît à sa doctrine, ni qu'on s'attachât à sa personne, sans produire en sa faveur des témoignages irréprochables et capables de convaincre les esprits. Or, ces témoignages qu'il produisait aux Juifs ont toujours la même force pour nous; et, soutenus encore des autres témoignages que la suite des temps, depuis Jésus-Christ, y a joints, permettent-ils à tout homme doué de raison la moindre

d] Hebr., xi. 1.

LA lui.

incertilude ; cl peut-on, à moins que de s'aveugler soimême, ne pas apercevoir la lumière qu'ils répandent sur la créance chrétienne?

Témoignages les plus authentiques et les plus sensibles. Ce sont : 1" l'accomplissement des plus fameuses prophéties, les unes faites de Jésus-Christ et vérifiées dans sa personne, les autres faites par Jésus-Christ même, et confirmées par les événements les plus incontestables et les plus connus ; 2" l'éclat de tant de miracles du premier ordre, opérés par la parole toute-puissante de Jésus-Christ, pour établir l'autorité toute divine de sa mission et la vérité de sa doctrine; 3o l'excellence de la loi que Jésus-Christ est venu prêcher au monde, la sublimité de ses mystères, la sagesse de ses maximes, la sainteté de sa morale; 4" le sang d'une multitude innombrable de martyrs, c'est-àdire de témoins qui, malgré les plus cruels tourments, ont rendu gloire à la loi de Jésus-Christ, et l'ont défendue aux dépens de leur vie; 5° l'établissement si prompt et si général de la loi de Jésus-Christ dans toutes les parties de la terre, au milieu des obstacles en apparence les plus insurmontables, [et avec les moyens les plus faibles en eux-mêmes et les plus impuissants ; 6o le consentement universel depuis plus de dix-sept siècles, et le concours unanime des plus saints et des plus savants personnages, des docteurs les plus consommés, des plus grands génies, à recevoir la loi de Jésus-Christ, à la publier, à la combler d'éloges, à en faire le sujet de leurs méditations et la règle de toute leur conduite.

De là il est aisé de voir avec quelle témérité et quelle injustice Julien l'Apostat reprochait aux chrétiens que leur foi ne consistait que dans une simple ignorance, et qu'on se contentait de leur dire : Crofiez. On nous le dit en effet, mais en même

iôîs LECTLREî> nLOTlDlEN.NES.

temps on y ajoute tout ce qui peut déterminer un esprit droit et l'allermir. Il a été de la providence de Dieu den user ainsi à notre égard: et nous ayant donné une raison pour nous diriger dans toutes les autres choses et nous servir de guide, il n'a pas voulu, dans les matières mêmes de la religion, l'exclure absolument et la détruire. Il a prétendu la soumettre, la captiver, l'humilier ; mais non pas lui interdire tout exercice et la rejeter. Autrement nous n'aurions, ou qu'une foi chancelante et sans assurance, ou qu'une foi forcée et sans mérite. On dira peut-être que ces motifs, qui nous semblent si forts et si convaincants, ne font pas la même impression sur les libertins, et qu'ils n'en sont point touchés. Hé ! comment le seraientils? y pensent-ils assez pour cela? se donnent-ils le loisir de les examiner, de les étudier, et sappliquent-ils à les bien comprendre ? sont-ils d'assez bonne foi et ontils le cœur assez libre pour en juger sans prévention, sans passion? et est-ce enfin au milieu de la débauche où ils demeurent plongés, est-ce parmi une troupe d'impies comme eux et dans la dissipation du monde, qu'on est en état de s'instruire? Des yeux couverts d'un voile épais n'aperçoivent point la lumière du soleil, mais elle n'en est pas moins vive. Laissons le libertinage raisonner à son gré, et se perdre dans ses raisonnements : pour nous, raisonnons en chrétiens. Notre raison appuiera notre foi, et nous aidera à dissiper tous les nuages de l'incrédulité.

Foi assez obscure dans le fond de ses vérités pour exercer la soumission la plus humble et la plus aveugle. C'est un autre avantage de la foi chrétienne, et

Sri! I.A FOI. 451»

c'est proprement ce qui en a fait le mérite. Voilà pourquoi le Fils de J)ieii disait à saint Thomas : Bioihcureu.r ceux qui ri ont point m et (jiii ont cru (1). Heureux de croire et de ne pas voir, parce que s'ils voyaient ils ne croiraient plus, puisque croire c'est adhérer à ce qu'on ne voit pas; heureux de croire et de ne pas voir, parce que s'ils voyaient ils n'auraient plus de foi, puis- ((ue leur foi se changerait en évidence, et que l'obscurité est essentielle à la foi ; ^heureux de croire et de ne pas voir, parce que s'ils voyaient, leur adhésion à ce qu'ils verraient ne serait plus pour eux une vertu ni un sujet de récompense, puisqu'elle ne dépendrait plus de leur volonté et de leur consentement : car l'esprit est il maître de ne pas acquiescer à ce qu'il voit, et faut-il le moindre effort et le moindre acte de la volonté, pour commander à la raison de le reconnaître, pour l'y obliger.

C'est donc ici que nous devons admirer l'infinie miséricorde et la suprême sagesse de notre Dieu, lorsqu'il a formé le dessein de nous conduire au salut par la voie de la foi. Il a eu tout à la fois en vue et sa gloire et notre sanctification; il a, dis-je, voulu que la soumission de notre foi honorât son adorable et souveraine vérité, et que comme nous lui faisons par l'amour le sacrifice de notre cœur, nous lui fissions par la foi le sacrifice de notre esprit. Il ne s'est pas contenté de cela, mais en cela même il a encore eu égard à noire intérêt : il a voulu que la soumission de notre foi, par l'effort qu'elle nous coûterait, et par la victoire qu'elle nous ferait remporter sur nous-mêmes, nous tînt lieu de mérite auprès de lui, et nous devînt profitable pour l'éternité. Or, il est vrai que dans le fond de ses vérités et des mystères qu'elle nous révèle, la foi, par son

(1) Joan.. .\\, i>9.

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obscurité, est en elîet pour nous la plus grande épreuve, et conséquemment la plus méritoire.

Car quelles vérités nous propose telle à croire, et quels mystères ? 1° Des mystères au-dessus de tous les sens, et plusieurs même tout opposés à ce que les sens nous représentent; 2" des mystères au-dessus de Tintelligence humaine, et où la raison, toute pénétrante quelle est, ne peut pas par elle-même se faire jour, ni suppléer au défaut des sens; 3" des mystères dont la connaissance s'est perdue dans les plus vastes contrées de la terre, et que des nations entières dinfidèles igno rent, et ne sont nullement en peine de savoir; 4*^ des mystères exposés, jusque dans le sein du christia nisme, aux mépris et aux contradictions, attaqués par limpiété, combattus par l'hérésie ; o^ et quelle créance néanmoins dois-je donner à ces mystères? une créance si absolue, que pour cela je dois démentir tous mes sens, imposer silence à ma raison, lui faire violence, et la tenir assujettie sous le joug; une créance si pure, si simple, que je ne puis écouter la moindre difficulté, ni former le moindre doute; une créance si pleine et si parfaite, qu'elle doit généralement s'éten dre à tous les articles de la foi que je professe : de sorte qu'il ne m'est pas permis d'en retrancher un seul, puisque de pécher dans un seul point, c'est pécher dans tous les autres, une créance si résolue et si constante, que rien ne puisse m'en détacher, ni crainte, ni espérance, ni menaces, ni promesses, ni autorité, ni persécutions, ni tourments, ni la vie, ni la mort. Ah! Seigneur, un tel hommage vous est bien dû. mais il n'appartient qu'à vous et à votre divine parole. Ce n'est point là ce que nous révèle la chair et le sang; mais cette docilité, cette soumission sans réserve ne peut venir que de la grâce de votre Père céleste. Tout l'esprit de l'homme y répugne; son indépendance natu

SIM{ LA FOI. .-ici

relie, sa curiosité, sa présomption ne peuvent s'accom moder de ce saint esclavage où la foi le réduit; mais, malgré toutes les révoltes intérieures et toutes les répugnances, je crois, mon Dieu, parce que je veux croire, parce que je sais que je dois croire. Vous cependant. Seigneur, augmentez ma foi, animez-la, vivifiez la, afin que ce ne soit^pas une foi stérile, mais agissante, mais féconde en bonnes œuvres etsahilaire.

DEUXIEME LECTURE

MARDI

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