‹ Lectures spirituelles pour le temps de l'avent disposéesChapitre 49 sur 55 · SUR LA RÉDEMPTION DES HOMMES PAR JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

SUR LA RÉDEMPTION DES HOMMES PAR JÉSUS-CHRIST

Jean Baptiste perfectionnant les peuples par l' espérance en Jésus-Christ,

Ecce Agnus Dei.ecce qui toUit peccatum mundi

Voilà l'Agneau de Dieu, voilà celui qui efface le péché du monde iJoan.. i,

Simmolerà Dieu comme la victime du monde ; en cette qualité de victime, elîacer les péchés du monde et être le rédempteur du monde : tout cela c'est, en dilîérents termes, le même sens. Dès là donc que Jésus- Christ est venu nous sauver; et pouvons-nous concevoir une rédemption plus parfaite, de quelque manière que nous la regardions, soit dans son principe, soit dans son mérite, soit dans son étendue ? Arrêtonsnous à ces trois points. Rédemption dans son principe la plus gratuite : premier point. Rédemption dans son mérite la plus abondante : second point. Rédemption dans son étendue la plus universelle : troisième point. De là nous tirerons autant de motifs pour exciter notre confiance en ce Dieu Homme, dont nous nous disposons à célébrer la glorieuse nativité : et, sans présumer de ses miséricordes, nous nous sentirons portés à le réclamer dans tous nos besoins, et à implorer auprès de son Père sa toute-puissante médiation.

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Rédemption dans son principe la plus gratuite. Quand saint Paul veut relever et nous donner à connaître l'amour extrême que Dieu nous a témoigné dans la Rédemption du monde, il nous marque deux circonstances, savoir: que nous n'avions mérité cette grâce en aucune sorte, ni par aucune sorte, ni par aucune de nos œuvres; et de plus, que le péché même nous en rendait formellement indignes, puisque nous étions dans la disgrâce de Dieu et ennemis de Dieu. D'où l'apôtre conclut que si nous avons été rachetés par un Dieu Sauveur, c'a été de sa part une pure miséricorde et une pure grâce.

lo Qu'avions-nous fait et que pouvions nous faire qui dût nous attirer du ciel un don aussi grand que celui du Fils unique de Dieu, pour être le médiateur de notre salut et le prix de notre rançon? Voilà, dit Jésus-Christ lui-même dans saint Jean, wilà comment Dieu a aimé le monde. Il a donné son filspour le monde afin que ceu.r qui croiront en, lui ne périssent point, mais qu'ils parviennent à la vie éternelle (1). Paroles remarquables. Ce divin Maître ne dit pas : Voilà comment Dieu a récompensé le monde, voilà comment il a eu égard aux vœux et aux bonnes œuvres du monde ; mais : voilà comment il l'a aimé ; c'est-à-dire qu'il ne s'est intéressé pour nous que par amour, qu'il n'a compati à nos maux que par amour, qu'il ne nous a sauvés que parce qu'il est bon, et que par amour.

2'' Ce n'est point encore assez, poursuit le docteur des nations. (]ar. une autre circonstance où notre Dieu a

(1) Joan.. iri, 16.

4t)4 LKCTURES QUOTIDIENNES.

fait éclater, ne disons plus simplement sa charité, mais les richesses infinies, mais l'excessive condescendance, mais le comble de sa charité, c'est de ravoir exercée envers nous, lors même que nous étions pécheurs, et que. participant à la désobéissance de notre premier père et à la malédiction tombée sur lui. nous n'étions à ses yeux que des enfants de colère et des sujets de haine. Du moins si nous n'avions eu quecepéché d'origine; mais combien d'autres péchés prévoyait-il, dont nous sommes devenus dans la suite des temps, et nous devenons sans cesse coupables? Péchés actuels et personnels, péchés énormes et de toutes les espèces, péchés sans nombre et péchés toutefois qui n'ont pu, ni par leur malice et leur grièveté, ni par leur innombrable multitude, rétrécir ces entrailles de miséricorde avec lesquelles il a plu au Seigneur de venir d'en haut nous visiter, pour éclairer ceux qui demeuraient ensevelis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort, et pour nous mettre dans le chemin de la paix {[). Après cela, que n'avons-nous pas droit d'attendre d'un Dieu qui nous a ainsi prévenus? Craindronsnous d'aller à lui? Tout offensé qu'il était et tout égarés que nous étions, il n'a pas dédaigné de nous chercher lui-même, et de faire toutes les avances pour nous ramener et nous retirer delà voie de perdition : nous rejettera-t-il quand nous nous présenterons à son trône, que nous nous jetterons à ses pieds, que nous lui adresserons nos demandes dans un esprit d'humilité et avec un cœur droit et contrit? Cessera-t-il de nous aimer dans le temps où, par notre confiance et par des dispositions chrétiennes, nous travaillerons à nous rendre moins indignes de son amour?

1 Luc, I. IS, 79.

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Rédemption dans son méritela plus abondante. Elle a eu deux effets ; l'un d'effacer pleinement le péché, l'autre de nous enrichir d'un trésor de grâces inépuisables.

jo Rédemption abondante, parce quelle a effacé pleinement le péché ; comment cela? C'est que la vertu des mérites de Jésus-Christ est au-dessus de toute la malice du péché, et que ces mérites ont été plus que suffisants pour laver les péchés, non-seulement du monde entier, mais de mille mondes. Car la malice du péché, quelle qu'elle puisse être, et à quelque excès quelle soit montée, n'est, après tout, infinie que dans son objet, c'est-à-dire quelle n'est infinie que parce qu'elle s'attaque à Dieu, qui est le premier être, un être infiniment grand; au lieu que les mérites de Jésus-Christ sont infinis en eux-mêmes et par eux-mêmes : pourquoi? parce que ce sont les mérites d'un Homme-Dieu, les mérites du Fils de Dieu, les mérites d'unDieu.

2*" Rédemption abondante par le trésor de grâces dont elle nous a enrichis. Trésor dont l'Église est dépositaire, et qui lui est resté des mérites de son Époux. De là, cette belle et consolante parole de l'Apôtre que là oà le péché était abondant, la grâce a été surabondante (1). De là même ce raisonnement si juste et si solide que faisait aux Romains le Maître des Gentils pour affermir leur espérance : Dieu n'a pas épargné son propre fils, mais il l'a livré pour nous. Or, en nous le donnant, ne nous a-t-il pas tout donné acec lui et en lui (2)? En effet, c'est de ce don essentiel, de

(1) Rom., V, 20. - (2) Rom., viii, 3-2.

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ce premier don, comme dune source intarissable, que sont venus et que viennent sans interruption tous les autres dons qui se répandent sur la terre, et qui servent à la sanctification des âmes; c'est de là que partent toutes les grâces renfermées dans les sacrements de l'Église, et de là qu ils tirent toute leur vertu : c'est de là que nous sont communiqués tous les secours intérieurs et spirituels qui nous fortifient, toutes les lumières qui nous éclairent, toutes les vues qui nous conduisent, tous les sentiments qui nous touchent, tout ce qui nous approche de Dieu, qui nous convertit à Dieu, qui nous élève et nous unit à Dieu.

Ah! Seigneur, il est bien vrai qur vous êtes leSaHi'etir (in monde (1 ). Nul autre que vous ne pouvait l'être, puisque nul autre ne pouvait satisfaire pour les péchés du monde, ni ne pouvait sanctifier le monde. Vous avez fait l'un et l'autre, et comment lavez-vous fait? avec quelle effusion de vos miséricordes! avec quelle plénitude et quelle perfection! Mais hélas! s'il ne manque rien à notre rédemption de la part de ce Dieu Sauveur, n'y manque-t-il rien de notre part? Car ne nous flattons point, dit saint Augustin : le même Dieu qui nous a créés sans nous, ne veut point nous sauver sans nous. En effaçant le péché, il n'a point prétendu nous dégager de l'obligation delîacer nous-mêmes nos péchés et de les expier, autant que nous le pouvons et que nous le devons. Et en nous comblant de ses grâces, il nous a ordonné de ne pas les recevoir en vain, mais d'y être fidèles et de les faire valoir. Selon ces deux devoirs si indispensables, jugeons-nous nousmêmes, et voyons si notre espérance en Jésus-Christ est bien fondée, et si ce n'est point une espérance présomptueuse.

( Il Joan. . IV, 42.

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Rédemption la plus universelle dans son étendue. Tous les hommes y sont compris : tous en général, chacun en particulier.

l»^ Tous en général: ce n'est point seulement pour une nation que Jésus-Christ est venu et qu'il a été envoyé, mais pour tous les peuples et toutes les contrées de la terre. Car a après du Seigneur, dit l'apôtre saint Paul, // nij a ni Juif, ni Gentil, ni circoncis, ni incirconcis, ni Scythe, ni barbare, mais Jésus- Christ est tout (1) et tout est en Jésus Christ. Ce n'est point seulement pour certaines conditions. Le Dieu que nous adorons n'a acception de personne (2) ; ni de celui qui est dans la grandeur, ni de celui qui est dans l'abaissement, ni du riche, ni du pauvre, ni du monarque, ni du sujet, ni de l'affranchi, ni de l'esclave. Ce n'estpoint seulement pour les fidèles et pour un petit nombre de prédestinés, maïs pour les infidèles et les idolâtres, mais pour les pécheurs, mais même pour les réprouvés. Le Père des miséricordes a fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants; et, sans exception, il a fait couler sur les uns et sur les autres la rosée du ciel (*3), et les saintes influences de sa grâce.

2" Chacun en particulier. C'est ce que nous enseigne expressément le Prince des apôtres dans sa seconde épître, où nous lisons ces paroles si claires et si décisives : Le Seigneur use de patience à cause de cous, ne voulant point que pas un périsse, mais que tous aient recours à la pénitence (4). D'où vient que saint Jérôme n'a pas craint d'avancer cette proposition : que Jean-

(1) Col., III, 11. — (:2,) Ephcs., VI, y. — (3) Matth., v, io. - (i) Il l'etiv m, 9.

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Baptiste, en disant de Jésus-Christ : Voilà celui qui ef face les péchés du monde, eût été dans terreur et nous eût trompés avec lui, s'il y avait un seul homme dont les péchés n'eussent pas été effacés par la médiation de ce divin Sauveur. Sur quoi saint Bernard ajoute (et ceci est bien remarquable) que comme tous les êtres créés peuvent dire chacun à Dieu : Vous êtes mon Créateur: ainsi tous les hommes peuvent chacun lui dire : Vous êtes mon Rédempteur. Vérités constantes dans l'Église chrétienne; vérités fondées sur les oracles' sacrés du Saint-Esprit, sur les écrits des Apôtres, sur la tradition des Pères, sur la créance commune et orthodoxe, sur la raison même éclairée de la foi et dirigée par la foi. Car, sans cela, quels tonds pourrions-nous faire sur la Providence divine, et qui pourrait s'assurer qu'elle ne lui a pas manqué? Non, elle na manqué à personne; mais voici le renversement. Dieu a voulu et veut encore sauver tous les hommes, mais de tous les hommes combien y en a-t-il qui veuillent leur propre salut, qui le veuillent, dis-je, sincèrement, ellicacement? Tous sont appelés à ce salut éternel, tous pour cela ont eu le même Rédempteur, et néanmoins il ny a que très-peu d élus : pourquoi? parce quil ny en a que très peu qui travaillent à l'être, qui veuillent l'être, que très peu qui prennent les moyens de l'être. Confionsnous en Jésus-Christ et en ses mérites ; mais souvenons-nous qu'on n'y participe qu'en participant à ses souffrances et à ses travaux, qu'en observant ses préceptes, qu'en se conformant à ses exemples, qu'en imitant ses vertus.

TROISIEME LECTURE

MERCREDI

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