‹ Lectures spirituelles pour le temps de l'avent disposéesChapitre 50 sur 55 · SUR LA DÉVOTION ENVERS JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

SUR LA DÉVOTION ENVERS JÉSUS-CHRIST

Jean-Baptiste perfectionnant les peuples par l'amour de Jésus Christ.

Amiens sponsi, qui slaf el audit eum, yaudio yaudel proptervocem sponsi. Hoc ei'f/o ijaudium meum impletum est ,

L'ami de lépoux, qui est présent et qui l'écoute, met toute sa joie à entendre la voix de l'époux; et voilà ce qui rend ma joie parfaite. {Joan., m, 29^

Qu'est ce que cet époux, et qu'était-ce que cet ami de lépoux ? Dans le sens propre de l'Evangile, cet époux c'est Jésus-Christ, et cet ami de l'époux c'est Jean-Baptiste. En témoignant ces sentiments à l'égard du nouveau Maître qui commençait à paraître dans le monde et à enseigner, le saint précurseur avait en vue de les inspirer à ses disciples, et de les répandre par leur ministère dans tous les cœurs. Sentiments dont nous devons être remplis nous-mêmes ; sentiments d'un zèle sincère pour Jésus-Christ, d'un dévouement parfait à Jésus Christ, d'une fervente dévotion envers Jésus-Christ. Que ne suis-je assez heureux pour l'allumer dans vos âmes cet amour, cette dévotion si digne de l'esprit chrétien ! c'est du moins à quoi je vais travailler dans ce discours. Dévotion envers Jésus-Christ, dévotion tout à la fois et la plus sainte et la plus sanctifiante. La plus sainte en elle-

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même : premier point. La plus sanctifiante par rapport à nous : second point. La plus sainte en elle-même, en voilà lexcellence ; la plus sanctifiante par rapport à nous, en voilà les avantages. Quoique cette matière soit générale, c'est vous surtout qu'elle regarde, âmes fidèles et pieuses qui cherchez à vous avancer dans les voies de la perfection évangélique, et à vous tenir étroitement unies au principe même de toute sainteté, qui est le Sauveur envoyé du ciel pour le salut et la sanctification des hommes.

Dévotion envers Jésus Christ, dévotion la plus sainte en elle même. Doublement sainte, soit par l'objet qu'elle se propose, soit par l'esprit qui lanime.

l»^ Dévotion sainte, par l'objet qu'elle se propose. C'est le Verbe éternel de Dieu, le Fils unique de Dieu, le Saint des saints. Les autres dévotions sont saintes. C'est une sainte dévotion que d'honorer les saints, qui sont les amis de Dieu et les héritiers de son royaume. C'est une sainte dévotion que d'honorer les anges bienheureux, qui assistent autour du trône de Dieu, et qui sont ses ministres et ses ambassadeurs. C'est une dévotion encore plus sainte d'honorer la Mère de Dieu, que les mérites de ses vertus et l'éclat de sa dignité ont portée au plus haut point de l'élévation, et qui, dans le ciel, au-dessus de tout ce qui n'est pas Dieu, tient le premier rang. Tout cela est vrai; mais en tout cela notre culte, après tout, n'a pour objet prochain et immédiat que de pures créatures. Ce sont des élus de Dieu, des favoris de Dieu, ce sont des saints : mais toute leui- sainteté ne peut entrer en com-

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paiaisun avec lasainlelé de IHomme Dieu. Si donc, à raison de leur sainteté, et à proportion de leur sainteté le culte qu'on leur rend est saint, combien plus le doit être le culte que nous rendons, dans l'adorable personne de Jésus-(]hrisL à la sainteté même incarnée? Culte si agréable à Dieu qu'il en a fait un commandement exprès non seulement aux hommes ([ui vivent sur la terre, mais aux principautés et aux puissances célestes. Car, selon le témoignage de saint Paul, c'est de ce Dieu-Homme, de ce Fih premier-né entrant dam le monde, que le Père tout-puissant a dit : Que tous les anyes de D'uni r adorent (1).

2o Par l'Esprit qui l'anime. Esprit de religion, esprit d'amour, esprit de reconnaissance : voilà les grands et puissants motifs de notre dévotion envers Jésus-Christ, et est-il rien de plus saint que ces sentiments ? Esprit de religion qui nous remplit de la plus haute idée de Jésus-Christ et de ses grandeurs; qui. par la foi, nous le fait reconnaître et envisager comme la sagesse incréée, la parole de Dieu, la force et la vertu de Dieu ; comme la splendeur de la gloire, l'image de la substance du Père, en qui il a mis ses complaisances et en qui réside la plénitude de la divinité; comme le prin cipe et la fin, le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs, par qui toutes choses subsistent, et ayant sur toutes choses l'empire et la prééminence. Expressions de l'Écriture, et divines qualités d'où nous concluons avec l'Apôtre qu'il est digne de tous nos respects, et qu'au nom de Jésus tout ce qu'il y a dans le ciel, sur la terre et dans les enfers, doit tléchir le genou et lui rendre hommage.

Esprit d'amour qui nous le fait plus particulièiement envisager selon les rapports qu'il a avec nous et

(1) llebr., I, t).

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que nous avons avec lui; qui nous le fait considérer comme l'auteur de notre salut, comme le pacificateur entre Dieu et nous, et le médiateur de notre réconci liation; comme le pontife de la loi nouvelle, le grandprèlre assis à la droite de Dieu, et toujours vivant pour prendre toujours nos intérêts et intercéder en notre faveur, comme le chef du corps de l'Église, dont nous sommes les membres ; comme notre frère, en qualité d'homme semblable à nous, tout Dieu qu'il est. Vues également solides et touchantes. La juste conséquence qui en suit, c'est le beau sentiment du Maître des Gentils : Qui nous séparera de la charité de Jésus- Christ il)? ou cet autre : Quiconque n'aime pas Notre Seigneur Jésus-CJn'ist, qu'il soit anathème [2).

Esprit de reconnaissance, qui nous fait descendre dans le détail de tous les biens qui nous sont venus par ce Rédempteur du monde; qui nous retrace dans le souvenir comment il a quitté le sein de son Père et s'est abaissé jusqu'à nous ; comment il s'est revêtu de notre chair et chargé de toutes nos misères, pour demeurer parmi nous; comment, dans le cours de sa vie mortelle, il a conversé avec nous'; comment il a souffert pour nous, il est mort pour nous ; comment, dans son retour même au ciel, il n'a point voulu nous priver de sa présence, mais il est toujours resté au milieu de nous. Toutes ces considérations pénètrent une àme. la ravissent, l'enflamment, l'attachent pour jamais à son bienfaiteur et à son Sauveur, et, dans l'ardeur de son zèle, lui font dire sans cesse avec le Prophète : Que donnerai-je à celui qui m'a tout donné (3). et que ferai- je pour celui qui a tout fait pour moi.

Or. encore une fois, une dévotion établie sur de tels

il) Rom., viii. oo. - (2) I Cor., xvi, 2-2. — {3) l'salm., cxv, 12.

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loïKleinciUs, n'est-ce pas de toutes les dévotions 1.1 1)1 lis sainte? Aussi était-ce la dévotion de saint i*aul. H n'y a qu'à voir ses épîtres : elles sont toutes lenipïies de Jésus-Christ, et il n'y est presque fait mention que de Jésus-Christ, tant il avait Jésus-Christ vivement imprimé dans l'esprit et dans le cœur. Aussi est-ce la dévotion de l'Église. De quoi est-elle occupée, que de chanter les louanges de Jésus-Christ, que de célébrer les mystères de Jésus-Christ, que d'olîrir le sacrifice de Jésus Christ ; et adresse-t-elle une prière à Dieu où elle ne fasse entrer Jésus-Christ? Aussi a-ce été la dévotion des saints, surtout do saint Bernard : (Jitoi que je lise, disait-il, je ne m'affeetionne à rien, si je ne lis le nom de Jésus-Christ ; quoi que j'entende, je ne goûte rien, si je n'y entends le nom de Jésus-Christ. Toute nourriture est insipide à mon âme sans cet assaisonnement et ce sel divin. Quelle est donc l'illusion de notre siècle ? illusion assez commune dans le monde chrétien. Chacun se fait des dévotions à sa mode, des dévotions selon son sens. A Dieu ne plaise que nous les blâmions ! mais ce qu'il y a de blâmable, c'est la préférence qu'on donne à ces dévotions nouvelles et arbitraires, au-dessus des dévotions essentielles dans le christianisme, telle que la dévotion envers Jésus- Christ.

Dévotion envers Jésus Christ, dévotion la plus sanctifiante par rapport à nous. Elle Test, et dans les pratiques où elle s'exerce, et dans les effets qu'elle produit.

Dévotion sanctifiante dans les pi'ati(|ues où elle

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sexeiCf. Ces pratiques se réduisent à trois : adoration, invocation, imitation. Adoration : sous ce terme est compris tout ce que suggère à l'âme fidèle un saint désir dhonorer Jésus-Christ. Car que fait-elle, cette àme zélée pour l'honneur de ladorahle et aimable époux à qui elle s est vouée, et dont elle voudrait répandre la gloire dans toute létendue de lunivers? Parce quelle sait que c'est Jésus-Christ même qui chaque jour est immolé sur nos autels, elle se rend assidue à ce sacrifice non sanglant, et se fait un devoir d y apporter toute la réflexion, toute la révérence, toute la piété convenable ; parce qu'elle sait que c'est Jésus- Christ même qui habite dans nos temples et qui réside dans le sanctuaire, elle a ses heures et ses temps réglés pour le visiter, pour s'entretenir avec lui, pour s'humilier en sa présence, et pour lui olîrir son encens ; parce qu'elle sait que c'est Jésus-Christ même qu'elle reçoit à la sainte table, elle s'en approche, autant qu'il lui est permis, par de fréquentes communions ; elle s'y dispose par de rigoureuses et d'exactes revues, elle ne souffre pas la moindre tache qui puisse blesser les yeux de son bien -aimé et n'omet rien de toute la préparation que demande le plus auguste sacrement. Or, combien tous ces exercices et les autres doivent ils contribuer à sa sanctification, et qu'y a-t il de plus propre à élever une àme et à la perfectionner? Invocation : en honorant Jésus-Christ, l'àme ne s'oublie pas elle-même, ni ses besoins. Jésus-Christ, dans toutes les conjonctures et tous les événements de la vie, est sa ressource, son conseil, son guide, son soutien. La nuit et le jour, elle n'a, pour ainsi dire, et dans le cœur et dans la bouche, que Jésus-Christ, qu'elle réclame sans cesse et qu'elle invoque ; et de cette sorte toutes ses délibérations, toutes ses résolutions, toutes ses actions sont sanctifiées, parce quelle n'entreprend

lien ni ne fait rien qu'au nom de Jésus-Christ, que sous sa conduite et par son secours. Imitation : voilà le point capital, voilà, en quelque dévotion que ce soit, ce qu'il y a d'essentiel : s'efforcer d'acquérir une sainte res seniblance avec le Fils de Dieu, notre grand et unique modèle. Or, n'est ce pas à quoi l'àme s'applique avec daiitaiit plus de soin, qu'elle s'est plus solidement et plus étroitement liée à Jésus-Christ? Toute son étude, (•est Jésus-Christ, pour apprendre à penser comme lui, à parler comme lui, à agir comme lui. Ce n'est point seulement sur le Thabor qu'elle veut le suivre, mais au Calvaire ; ce n'est point seulement à sa gloire qu'elle veut avoir part, mais à sa pauvreté, mais à ses humiliations, mais à ses souffrances. Tout état où elle se croit conforme à Jésus-Christ, est pour elle l'état le plus heureux.

2^ Dévotion sanctifiante dans les elîets qu'elle produit. Car de là l'union la plus intime et le commerce le plus sacré entre Jésus-Christ et l'âme dévote. C'est alors quelle peut bien dire avec l'Apôtre : Je vis, non plus moi-même ; mais Jésus-Christ vit en moi. De là cette abondance de grâces dont Jésus-Christ la comble : il lui ouvre tous ses trésors, et qu'épargne-t-il à son égard ? de quelles lumières ne l'éclaire-t il pas ? quelles vues, quels sentiments ne lui donne-t-il pas? de quelle onction ne la remplit il pas? De là même aussi ces progrès quelle fait d'un jour à l'autre, allant toujours, comme le juste, de vertus en vertus, et accumulant mérites sur mérites. Quoiqu'il en soit, nous sommes chrétiens, et, en qualité de chrétiens, quelle dévotion peut mieux nous convenir que la dévotion envers Jésus- (^hrist? Souvenons-nous que c'est la pierre fondamentale sur qui doit porter tout l'édifice de notre perfection ; souvenons-nous qu'il n'y a point d'autre nom que le sien par qui nous puissions obtenir le salut. Nous

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vivons sous sa loi, il nous a marqués de son sceau, il nous a revêtus de ses livrées : soyons par amour à notre Maître, puisque nous lui appartenons déjà par un droit inviolable ; et que jamais rien ne nous sépare de la charité de Jésus-Christ, ni dans les temps, ni dans réternité.

QUATRIEME LECTURE

JEUDI

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