SUR LA FRÉQUENTE GONFESSION
Ji'dii-Haptislc perfectionnant les peuples par la confession des péchés.
liaptizabanlur abeo in Jordane, coyifitentes j)eccala sua.
Ils recevaient de lui le baptême dans le Jourdain, en confessant leurs péchés. {Malth., iif, (1.)
Cette confession que faisaient les peuples en recevant le baptême de Jean-Baptiste, c'était une confession publique; mais la confession que nous faisons au saint tribunal de la pénitence est une confession particulière et secrète. Le pécheur touché de Dieu va se prosterner aux pieds du ministre de Jésus-Christ, et servir de témoin contre lui-même, en déclarant ses péchés et s'en accusant. Confession dont je ne viens pas seulement vous recommander l'usage, mais le fréquent usage: iun est de précepte, l'autre de conseil. iJe confesser aux prêtres nos péchés, du moins une fois dans le cours de chaque année, c'est ce que l'Église nous a expressément ordonné; et voilà le précepte; mais de n'en pas demeurer là, et d'aller souvent se laver à cette sainte piscine où sont renfermées les eaux de la grâce, et d'où elles nous sont communiquées par de salutaires elTusions, c'est à quoi lEglise, sans nous en faire une loi. se contente de nous inviter, et voilà le
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conseil. Or j'entreprends ici de vous représenter les avantages infinis de cette importante pratique. Je veux vous montrer de quelle conséquence et de quelle utilité nous doit être à tous lexercice de la fréquente confession. Ce n'est pas un commandement, j'en conviensmais il y a des pratiques qui, sans être spécialement commandées, ont du reste une telle vertu, et peuvent tellement contribuer à l'affaire de notre salut et à notre avancement dans les voies de la sainteté chrétienne, que nous sommes inexcusables de les négliger. Ainsi, distinguant dans le christianisme deux états qui le partagent, je prétends vous faire voir l'importance de la fréquente confession, et par rapport aux pécheurs, ce sera le premier point ; et par rapport aux justes, ce sera le second. Le Seigneur est proche : apprenons à lui préparer nos âmes et à les sanctifier, pour participer, avec le plus d'abondance que nous pourrons, à la grâce qu'il vient apporter au monde.
Importance de la fréquente confession par rapport aux pécheurs : pourquoi ? parce que la fréquente confession est un des plus puissants moyens pour déraciner dans nous les principes du péché, et pour prévenir les suites malheureuses du péché.
1» Puissant moyen pour déraciner dans nous les principes du péché. J'appelle principes du péché ces convoitises avec lesquelles nous sommes nés, et qui sont, selon saint Jean, la concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux et l'orgueil de la vie ; c'est-àdire les passions qui nous dominent, les inclinations qui nous entraînent, le penchant de la nature corrom-
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pue qui nous emporte vers les biens sensibles et périssables, richesses, honneurs, plaisirs. J'appelle principes du péché ces attachements criminels qui nous lient, ces habitudes vicieuses qui nous captivent, ces objets flatteurs qui nous attirent, ces respects humains qui nous tiennent asservis, ces occasions qui nous exposent à des périls si présents et à de si rudes attaques. Or, pour couper ces racines empoisonnées et pour en arrêter les progrès, rien de plus efficace que le fréquent usage de la confession.
A prendre la chose absolument, je sais quelle est la vertu du sacrement de pénitence, et qu'une seule confession, dèsquelleest faite avec toutes les dispositions et tous les sentiments convenables, peut suffire pour nous fortifier contre les rechutes, et pour nous affermir dans l'état de grâce où elle nous a rétablis ; mais d'ailleurs je ne puis ignorer que cette confession, quelque sainte et quelque fervente qu'elle soit, n'éteint pas tout à coup dans le cœur le feu de la passion, ne redresse pas tout à coup l'habitude, n'efface pas tout à coup de l'esprit des objets dont le souvenir frappe et touche sensiblement, ne corrige pas tout à coup des idées vivement empreintes dans l'âme, ne dégage pas tout à coup de certaines occasions et de certaines tentations. Il faut du temps pour tout cela ; de sorte qu'après même avoir obtenu dans le sacrement le pardon des offenses dont nous nous sommes reconnus coupables, et que le ministre de Jésus-Christ nous a remises, nous avons néanmoins encore les mêmes ennemis à combattre, et au dedans de nous-mêmes, et hors de nousmêmes. Ils sont affaiblis, je le veux; mais ils ne sont pas abattus. Les plaies que nous en avions reçues sont fermées ; mais ils sont toujours en disposition de les rouvrir, et de lancer contre nous de nouveau traits. Si nous cessons de les poursuivre, si nous mettons
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entre une confession et lautre trop de distance, dans ce long intervalle ils répareront bientôt leurs perles passées, et reprendront sur nous le même ascendant. Hélas ! combien de funestes épreuves ont dû nous l'apprendre ! Mais voulons-nous enfin nous affranchir de leur tyrannie et nous mettre à couvert de leurs coups ; voulons-nous dessécher ce mauvais levain que nous portons dans le cœur, et qui sans cesse grossit et se répand sur toutes les puissances de notre ame pour les corrompre; voulons-nous arracher ces principes de mort qui nous sont si intimes, et arrêter les impressions que t'ont sur nous tant d'objets qui nous environnent ? en voici le moyen le plus infaillible : c'est d'user fréquemment des armes de la pénitence, c'est de se présenter régulièrement et fréquemment à son tribunal. A force de médicaments on guérit les plus profondes blessures et on en tire tout le venin ; et à force d'employer les remèdes que fournit un confesseur, à force de s'accuser devant lui. de se confondre, de se reprocher ses faiblesses, de résoudre, de promettre, de s'assujettir à de justes satisfactions, il n'y a point de passion si violente dont, avec l'assistance divine, on n'amortisse peu à peu l'ardeur ; point de nœuds si serrés qu'on ne délie, point d'habitude, point de tentation qu'on ne surmonte. Mettons-nous en état de le connaître par nous-mêmes : l'expérience nous en convaincra. 2» Puissant moyen pour prévenir les suites malheureuses du péché. Trois effets du péché, qui en sont les suites les plus ordinaires : l'aveuglement de. l'esprit, l'endurcissement du cœur, limpénitenceà la mort, ou la mort dans le péché. L'aveuglement : un homme adonné à son 'péché, où il reste et où il vit pendant un long espace de temps, perd de jour en jour les idées de Dieu et de la religion, oublie les vérités du christianisme, et se laisse tellement préoccuper, ou. pour mieux dire.
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lellemcnt infatuer des erreurs et des fausses maximes du monde, qu'il n'a plus d'autre règle qui le guide, ni dans tous ses jugements, ni dans toute sa conduite. L'endurcissement : le mal se communique au cœur; toutes les pointes de la conscience s'émoussent ; on tomlje à l'égard du salut dans une espèce de léthargie où l'on n'est ému de rien ; il n'y a ni avertissement, ni remontrances à quoi l'on prête l'oreille et qui fassent quelque sensation. Enfin l'impénitence à la mort, ou la mort dans le péché : car il arrive assez communément qu'on est surpris de la mort lorsqu'on s'y attendait le moins, et qu'en remettant sa confession d'une pàque à l'autre, on ne peut atteindre ce terme, et Ton disparait sans avoir eu le loisir de penser à soi et de se recon naître.
Or, il est évident que le remède à tout cela le plus certain, c'est la fréquente confession. Et en effet, dans la fréquente confession on se rappelle souvent le souvenir de Dieu et de la loi de Dieu, on se retrace ses devoirs, on s'occupe des vérités éternelles : remède contre l'aveuglement de l'esprit. Dans la fréquente confession, on s'excite souvent à la haine du péché, au repentir et à la douleur, à l'amour de Dieu, à la crainte de ses jugements, à de saints désirs et à de saintes résolutions : remède contre l'endurcissement du cœur. Dans la fréquente confession, on se réconcilie promptement avec Dieu ; si l'on a eu le malheur de perdre sa grâce, on bannit de son âme le péché presque aussitôt qu'il y est entré, on ne lui permet pas de s'y établir ; et par là, selon la parole de Jésus-(>hrist, on se tient toujours prêt et toujours en garde contre les surprises de la mort. Vigilance que le Fils de Dieu nous a tant recommandée dans l'Evangile et. qui, par une sage précaution, eût pu sauver des millions de réprouvés (|u'unc mort imprévue et subite a précipités dans l'en-
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fer. Ils comprenneiil, mais trop tard, ce que cest que davoir trop différé à se relever du péché, et d'avoir longtemps vécu dans un état de damnation. (Comprenons-le nous-mêmes, mais de bonne heure, mais dès à présent, mais quand cette connaissance nous peut être salutaire.
Importance de la fréquente confession par rapport aux justes. Que celui qui est saint, dit lEcriture, se sanctifie toujours davantage ; c'est-à-dire que l'àme juste se purifie toujours de plus en plus devant Dieu, et quelle renouvelle toujours déplus en plus sa ferveur dans le service de Dieu. Or, il est aisé de voir combien la fréquente confession contribue à l'un et à l'autre.
1° Rien de plus propre à purifier de plus en plus l'àme juste que la fréquente confession. Le juste, selon le témoignage du Saint Esprit, tombe jusques à sept fois le jour. Il n'y a donc point d'àme si innocente et si nette aux yeux de Dieu, qui n'ait toujours besoin de se purifier ; car la parole du Sage est générale, et il ne dit pas seulement quelques justes, mais il dit absolument et sans restriction le juste, quel qu'il soit. La raison est que le juste est toujours homme, et que tout homme sur la terre est faible, et sujet aux fragilités humaines. Cependant il est d'un extrême intérêt, pour une àmequiveutêtie à Dieu, d'acquérir, autant qu'il lui estpossible, la plus grande pureté de cœur, et de s'y maintenir : pourquoi? parce qu'autrement elle ne peut jouir des faveursduciel. ni recevoir certaines grâces de Dieu, lequel ne se communique qu'aux âmes pures, et ne se découvre à elles qu'à proportion de leur pureté ; ce
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(|iii a fait dire au Sauveur du monde: Hciiirii.r ccu.idont le cœur est pur. car ils rerront IHcu (1). Or, on ne peut douter que ce ne soit par la fréquente confession que lame chrétienne se purifie des moindres taches. Plus elle rentre souvent en elle-même, plus elle sexamine, et plus elle devient clairvoyante à les apercevoir; et du moment qu'elle les aperçoit, elle ne peut avoir de repos quelle ne les ait effacées par les larmes de la pénitence. De cette sorte, elle les empêche de croître, elle se préserve des chutes plus grièves où elle pourrait être entraînée par une multitude de fautes, quoique légères, qu'elle laisserait grossir et s'accumuler ; elle se présente toujours à Dieu, suivant la figure du Prophète royal, telle qu'ime reine qui parait devant le prince son fidèle époux, parée de divers ornements et avec un habit oirichi d'or (2). Dans cet état, elle attire sur elle les yeux de Dieu, elle lui plaît ; et parce qu'il n'y a point d'obstacle qui le puisse éloigner, il vient à elle, l'honore de sa présence et la comble de ses dons.
;2" Ilien de plus propre à renouveler sans cesse la ferveur de lame juste que la fréquente confession. Il n'y a point de feu si ardent qui ne se ralentisse quand on ne prend pas soin de l'entretenir, et il n'y a point de piété si fervente qui, pour ne pas déchoir et ne se point refroidir, n'ait besoin d'être souvent ranimée et réveillée. Cet évêque de l'Apocalypse l'avait éprouvé, lorsque Dieu lui reprochait qu'il avait beaucoup perdu de sa première charité, et qu'il était tombé dans le re lâchement et la tiédeur. Voilà où en sont réduites tant d'àmes qu'on a vues à certains temps toutes brûlantes de zèle pour l'honneur de Dieu et pour leur sanctification. Rien n'échappait à leur fidélité, rien ne les arrêtait, rien ne leur coûtait ; il ne leur a manqué que la
(l) Malth.. V, s. — (->j t'salin, xnv. lu.
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constance. Or, pour se remettre en de si heureuses dispositions, point de meilleure pratique à leur prescrire, que de fréquenter le sacrement de pénitence.
Car, plus elles en approcheront, plus elles participeront aux grâces renfermées dans ce sacrement ; et ce qui allume la ferveur, ne sont-ce pas les saints meuve ments de la grâce ? Plus elles en approcheront, plus elles se rempliront l'esprit de pieuses considérations, la volonté de vives affections ; et ne sont-ce pas là toujours de nouveaux aliments pour nourrir le feu et pour le perpétuer ? Aussi est-il vrai quon ne se retire point communément du sacré tribunal sans en emporter une certaine onction qui s'insinue dans le cœur, et qui occupe, pour ainsi dire, toute la capacité de l'âme. On se sent tout recueilli en soi-même, tout pénétré dune joie céleste et intérieure, quelquefois même tout attendri de dévotion : les yeux se baignent de larmes, le cœur éclate en soupirs; dans l'ardeur où l'on est, on redouble le pas, on avance, on se rend plus régulier que jamais et plus assidu à tous ses exercices. Effets merveilleux, et plus ordinaires à ces fêtes solennelles où l'Église célèbre les grands mystères de la religion. En est-il un plus touchant que celui de la naissance d'un Dieu fait homme pour le salut des hommes, et de tous les hommes ? Justes et pécheurs, je vous l'annonce. Il vient, ce Rédempteur, il est près de nous : ouvrons-lui tous les chemins de notre cœur, afin qu'il daigne y entrer et y prendre une naissance toute spirituelle ; car c'est ainsi qu'il le prétend. Levons tous les obstacles qui pourraient s'opposer à son passage et le séparer de nous. Comblons toutes les vallées... redressons tous les sentiers tortus, aplanissons tout ce qu'il y a de raboteux (1). Dégageons-nous de tous les liens et de toute la
(l) Luc. m, o.
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corruption du péché. N'en souffrons pas la moindre souillure, et que ce soit là le fruit dune digne confession. De cette manière, nous pourrons renaître nousmêmes avec Jésus-Christ, et en Jésus-Christ, pour vivre éternellement en lui et avec lui.
SIXIEME LECTURE
SAMEDI
SUR LA GOMMONION
Il y a trois temps à distinguer par rapport à la communion : celui qui la précède, celui de la communion même, et celui qui la suit. Selon cette différence, voici les différents avis que vous devez suivre, et qui vous serviront de règle pour un saint usage de la divine Eucharistie.
§ I. Avis pour le temps qui précède la communion.
I. Bien comprendre que la plus grande, la plus sainte et la plus importante action de votre vie, cest de communier; et par conséquent, quil ny en a aucune où il soit plus dangereux pour vous dagir par coutume et par habitude, où vos négligences soient moins excusables, et où vous puissiez moins espérer de Dieu quil ne sofiense pas de vos froideurs et de vos relâchements.
II. Bien concevoir que le grand crime que vous puissiez commettre, c'est dabuser de ce qu'il y a de plus auguste et de plus divin dans votre religion : de vous rendre coupable de la profanation du corps du Seigneur, et de vous faire un poison mortel de ce que Jésus-Christ a établi pour être la nourriture spirituelle de votre âme.
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'III. Klie bien persuadé que le plus essentiel de tous vos devoirs, en (jualité de chrétien, est de vous mettre en état de communier* dignement et de travailler à purifier votre âme, afin quelle puisse servir de demeure à Jésus-Christ, en vous disant à vous-même, mais avec bien plus de raison que Salomon : // ne s'agil pan de préparer nitr (Icmeurc au.v hommes, main à Dieu, h- liai des rois.
IV. Bien méditer ces paroles de saint Paul : Que r homme s' éprouve donc soi même, avant que de manyer ce pain céleste; car celui qui le mange indignement mange sa propre condamnation, parce qu'il ne fait pas le discernement qu'il doit faire du corps du Seigneur (1). Accomplir, dis-je, mais sincèrement et de bonne foi, ce précepte de lApôtre, en sorte que toutes les fois que vous communiez, vous puissiez vous rendre témoignage que vous vous êtes éprouvé, et que sans présumer, non plus que saint Paul, d'être justifié pour cela,' votre conscience ne vous reproche rien qui puisse être un obstacle du moins essentiel à ce sacrement, c'est-àdire, que vous ne la sentiez chargée d'aucun péché mortel ; car c'est en quoi le concile de Trente fait principalement consister cette épreuve que vous devez faire de vous, avant que d'approcher fde la communion.
V. Faire une confession aussi exacte, aussi fervente et aussi parfaite pour communier que vous la voudriez faire pour mourir, étant bien convaincu qu'il ne faut pas une moindre pureté de cœur pour aller recevoir Jésus Christ que pour paraître devant Dieu, et pour subir la rigueur de son jugement. Cette pensée seule suffirait pour ne tomber jamais dans le désordre des communions sacrilèges, et même pour n'en faire ja-
(1) I Cor., XI, ■>:].
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maisde tièdes. ni diiiiparfaites, celle ci servant bien souvent de dispositions aux autres.
\'l. Bien entendre que lépreuve que chacun doit faire de soi-même, avant que de communier, ne consiste pas seulement à confesser son péché, à sen accuser et à le détester, mais à sortir de l'occasion où l'on pourrait être de le commettre, à en retrancher la cause, à en réparer le scandale, et que tandis que le scandale d'un péché dure, ou qu'on est dans l'occasion de ce péché sans la vouloir quitter, on n'a pas encore satisfait à l'obligation indispensable que saint Paul nous impose par cette règle : Qnr l'hommi' ^'rpronrr.
VIL Vous souvenir que comme la disposition la plus naturelle, c'est-à-dire la plus conforme et aux inclinations de Jésus Christ et à la dignité de son sacrement, c'est la pureté : aussi, de tous les péchés qui se commettent dans le monde, n'y en a-t-il point qui ait une opposition plus spéciale à la communion, et qui vous en rende plus indigne que le péché d'impureté, parce qu'en déshonorant votre chair, il déshonore la chair de Jésus-Christ même. L'avoir en abomination dans cette vue, et faire souvent réflexion à ces paroles étonnantes de saint Ambroise. qu'il adressait à Jésus-Christ : Quelle bonté. Seigneur, que pour sauver i homme, 'wus H ayez pas eu horreur de l'ousincarnerdans le sein d'une cierge ! Car si toute pure qu'a été Marie, saint Ambroise n'a point cru lui faire tort de parler ainsi, qu'aurait il dit d'une impudique qui, dans l'engagement et dans le désordre de son péché, approche de la communion, laquelle n'est rien autre chose selon les Pères, qu'une extension ou une suite de l'incarnation.
VIIL N'attendre pas jusqu'au jour de la communion même pour vous y préparer: mais prendre pour cela un temps raisonnable, et y penser d'autant plus tôt, que vos communions seraient plus éloignées les unes
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(les autres, suiloiit hi veille (ruii si saint joui-, ou même deux ou trois jours auparavant, vous séparer 'le toutes les choses qui pourraient vous dissiper l'esprit, comme de certains divertissements et de certaines conversa lions dont l'inutilité et la vanité, sans parler du reste, sont plus opposées à la sainteté de l'action que vous devez faire.
IX. Employer les trois ou quatre jours qui précèdent votre communion à faire de saintes lectures, qui vous remplissent lesprit et le cœur des sentiments dont vous devez être pénétré sur un si grand sujet. Le livre du Mémorial de Grenade sera très propre pour cela. V ajouter de bonnes œuvres, particulièrement des aumônes, qui vous attirent les grâces nécessaires pour communier saintement et utilement. Y joindre une petite revue que vous ferez de votre conduite, pour connaître si depuis votre communion vous avez été plus lldèle a Dieu, et si vous avez avancé dans la voie de vo tre salut, et marquer en particulier les choses où vous vous apercevrez qu'il y a eu en vous du relâchement; cela même étant la matière des principaux actes intérieurs qui doivent entrer dans la communion suivante.
X. Ménager, s'il est possible, quelques jours avant la communion, un entretien avec votre confesseur, afin qu'il vous aide, par ses conseils, à bien faire une action si sainte; rien n'étant plus capable de vous engager à remplir sur ce point tous vos devoirs, que d'en conférer avec celui qui vous tient la place de Dieu, et en qui vous avez piis confiance. Cet avis est de la dernière conséquence, particulièrement aux personnes de la cour, et à ceux qui vivent dans le commerce du grand monde.
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.^ //. A ris fioiir h' temps même de la vommunum.
1. Considérer Je jour de votre communion comme un jour que vous devez entièrement et uniquement consacrer à Jésus Christ; en sorte que vous accomplissiez à la lettre le précepte du Saint-Esprit ; Ne laisse: rien échapper (l'ini bon jour sans m profiter (1). C'est-à-dire, qu'aucune partie dun jour si heureux ne soit perdue pour vous, et que tout ce que vous ferez ce jour-là se rapporte à faction principale dont vous devez être occupé, qui est la communion même; vous levant, par exemple, dans cette pensée : Voici le jour que le Seiffneur a fait pour moi (2) ; allant à lÉglise dans ce sentiment : Voici rÉpoux qui vient, allons au-devant de lui: mais, par-dessus tout, ne faisant aucune action ni profane, ni frivole, qui puisse marquer un esprit lâche, et peu touché des choses de Dieu.
IL Assister à la messe où vous devez communier, avec le même esprit que vous auriez voulu assister avec les apôtres à la dernière cène, où Jésus-Christ les communia de sa propre main, puisquen effet ce qui se passa pour lors dans la personne des apôtres va se renouveler dans vous, et que par le ministère du prêtre qui vous représente Jésus-Christ, vous allez être par ticipant de la même grâce et recevoir le même honneur queux. Pour cela, vous entretenir pendant la messe, et jusqu'au temps de la communion, dans les affections ou dans les pensées suivantes.
III. D'une vive foi de la présence réelle de Jésus- Christ dans l'Eucharistie ; faisant intérieurement la profession de cette foi. et disant 'avec l'aveugle-né de l'Evangile : Oui, Seif/neur, je crois (3). Je crois que c'est vous-même que je vais recevoir dans ce sacre-
l; i Eecl.. XIV. 14. — r2i l'salm., cxvtt, -21. — (3) Juan., i\. 38,
SUK I.A ( OM.Ml N'ION. Util
meut, vous-même qui, étant né pour moi dans une crèche, avez voulu mourir pour moi sur la croix, et qui, glorieux dans le ciel, ne laissez pas d'être caché sous ces espèces adorables : je le crois, mon Dieu, et je m'en tiens plus assuré que si je le voyais de mes yeux, parce que mes yeux me pourraient tromper, et que votre parole est infaillible. Quoique mes sens et ma raison me disent le contraire, je renonce à mes sens et à ma raison, pour me captiver sous l'obéissance de la foi; et s'il fallait souffrir mille morts pour la confession de cette vérité, aidé de votre grâce. Seigneur, je les souffrirais, plutôt que de démentir sur ce point ma créance et ma religion.
ÏV. D'une adoration respectueuse qui est comme la suite naturelle de cet acte de foi : car, puisque c'est Jésus-Christ même que vous allez recevoir, il est juste que vous lui rendiez auparavant l'hommage que vous lui devez, comme à votre souverain et à votre Dieu; à l'exemple des premiers chrétiens, qui, selon le témoignage de saint Augustin, ne recevaient jamais la chair du Sauveur dans les sacrés- mystères, sans l'avoir premièrement adorée. Ainsi, pendant que le prêtre célèbre, mais particulièrement à l'élévation de l'hostie, vous répéterez souvent d'esprit et de cœur ces paroles de saint Thomas : Mon Seigneur et mon Dieu (1) adorant Jésus-Christ sur l'autel, comme les Mages l'adorèrent dans l'étable de Bethléem, et lui protestant, avec saint Bernard, que plus il a voulu se faire petit pour se donner à vous, plus vous voulez avoir [de respect, de zèle et de vénération pour lui.
Y. D'un profond anéantissement de vous même, vous étonnant qu'un Dieu d'une si haute majesté daigne bien descendre du ciel pour vous visiter; disant, avec
(Il Joan.. XX, 20.
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bien plus de sujet que la mère de saint Jean-Baptiste. ]oi'squ"elle reçut la visite de la très sainte Vierge : /:/ il'uù me lient eet excès de Ijonheur (1), que mon Seigneur et mon Dieu veuille venir à moi? ou, comme le centenier : Ah ! Seigneur, je ne suis pas digne que ro}is entriez dans ma maison (2) ; ou, comme le saint homme Job : Kt q)i est-ce que rhomme, Seigneur, pour être élevé à une telle gloire (3) ? Et qui suis-je. moi pécheur, moi ver de terre, pour approcher d'un Dieu aussi saint que vous; pour être assis à votre table, pour y manger le pain des anges, et pour y être nourri dp votre chair divine?
VI. D'une humble confiance ; car si Jésus-Christ se plaît et se tient même honoré que l'on se confie en lui, c'est particulièrement dans ce mystère où lui-même, sans réserve, se communique à nous. Or, s'il se donne lui-même, dit admirablement saint Paul, comment ne nous donnera-t il pas tout le reste? pourra-t-il nous refuser quelque chose en même temps qu'il se livre à nous ? Vous devez donc considérer l'Eucharistie comme le trône de la miséricorde de Jésus-Christ, où vous avez droit de vous présenter, pour lui exposer vos misères, vos faiblesses, vos aveuglements, vos erreurs, sûr que vous devez être de lui que par la vertu de ce sacrement, si vous n'y apportez point d'obstacle, il vous fortifiera, il vous éclairera, il apaisera la violence de vos passions, il vous délivrera de vos mauvaises habitudes : d'emporté que vous étiez, il vous fera paraître modéré; de tiède, il vous rendra fervent ; de charnel et de mondain, il vous changera en homme spirituel et chrétien. Vous approcher, dis-je, de Jésus-Christ avec cette espérance, fondée sur sa puissance infinie et sur son infinie bonté : car n'êtes-vous pas, lui direz vous, ô mon
(1) Luc, I, 43. - 2 MaUh., viii, 8. — (3; Job., viii, 25.
>l l; I.A (uM.MlMd.N. .,1)1
Dieu! le maîLie de mou ('n'iii? et quand luoii eauii seia l il plus absoluiuenl dans voire disposiliou ([ue (|uaud vous y serez entié pai* votre adorable sacre ment?
VII. D'une crainte filiale, dont il faut que cette confiance soit accompagnée, comme si vous disiez à Jésus-Christ : Mais ne serais-je point, ô mon Sauveur, assez malheureux pour avoir dans moi un péché secret qui fût un empêchement à toutes les grâces que vous me voulez faire? ne serais-je point un Judas pour vous donner aujourd'hui le baiser de paix, et pour vous trahir demain? ne vous recevrais je point comme lui dans l'état d'une conscience criminelle? et au lieu de venir à moi, comme à un disciple fidèle, n'y venezvous point avec horreur et avec indignation, comme à un ennemi caché? Si cela était, ah! je vous dirais, comme saint Pierre : Ileîirez-wuJi de moi, Seigneur (1}! parce que je suis un sacrilège et un impie ; mais la même confiance que j'ai en vous me fait espérer. Seigneur, que vous m'avez remis mon péché, et qu'ensuite, tout indigne que je suis, vous ne me rejetterez pas de votre présence.
VIII. D'un désir ardent de recevoir Jésus-Christ : car l'une des dispositions les plus nécessaires pour bien communier, c'estdele désirer ; comme lune des meilleures dispositions pour profiter d'une viande, c'est de la manger avec appétit. Vous témoignerez donc à Notre Seigneur, non-seulement le désir, mais, s'il est possible, l'impatience et l'empressement que vous avez de vous unir à lui dans ce sacrement, en lui disant, comme les patriarches de l'ancienne loi qui attendaient sa venue : Venez, Seif/ueitr, et ne tardez pan daranl(i(je (2); venez prendi-t^ possession de mon cœur, il est
h Lu.'., v,8. — r2( Psalm. \\i\, 18.
5(1-2 M;(.'rri;i;s nniTii)ii-;NNi:s.
tout prêt, et il ne peut être rempli que de vous : ou comme le Prophète Royal, dans ce psaume qui convient si bien à une àme chrétienne, au moment quelle approche delà communion : De rnème que le cerf soupire avec ardeur aprèa les sources des eaux, mon âme soupire après ro)is ! mon Dieu (1).
IX. l)"une fervente contrition qui achève de sanctifier votre àme, et qui la mette dans ce degré de pureté où elle doit être pour devenir digne de Jésus-Christ ; vous servant pour cela des paroles affectueuses de ce saint roi pénitent : j'espère, Seigneur, que vous m'avez déjà lavé par le sacrement de pénitence ; mais lavez moi encore darantafje, et purifiez-moi de nouveau de toutes les souillures de mon péché (2), afm que je sois en état de me présenter à vous. Créez dans moi un cœur pur, et renouvelez jusqu'au fond de mes entrailles cet esprit de droiture et de justice (3), sans lequel toute la dévotion dont je me sens touché en communiant ne serait que mensonge et illusion. Gomme le péché, ô mon Dieu, est l'unique chose qui puisse vous déplaire en moi, je le déteste et l'abhorre, parce qu'il vous déplaît. Quand il ne me rendrait point d'ailleurs sujet aux châtiments terribles et effroyables dont votre justice le punit, et quand il ne mériterait point l'enfer, il me suffit, pour lavoir en exécration, qu'il m'éloigne de vous, et qu'il empêche que vous ne vous unissiez à moi par le sacrement de votre corps.
X. D'un parfait amour : car si vous êtes obligé d'aimer Jésus-Christ de tout votre cœur, et de cet amour de préférence qui vous est commandé par la loi divine, beaucoup plus devez-vous lui en donner des marques dans ce sacrement, qui est singulièrement et par excellence le sacrement de son amour et de sa charité envers
(1) Psalui. \Li, 2. — (2, iijid. i, i. — (3) Iliid., 12.
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les hommes. Il faiil iloiie vous imaginer que, dans le moment de la eomnimilon, Jésus-C^hrist vous demande comme à saint Pierre : MMimcz-wus (l)? et ensuite lui répondre avec la même ferveur que cet apôtre : (hii, SciijHi'ur, wiis savez que je voua aime (2). Mais la protestation sincère que je vous fais aujourd'hui est que je veux vous aimer d'un amour solide et effectif, qui ne consiste pas simplement dans les paroles, mais dans l'accomplissement de mes devoirs, dans l'observation exacte de vos commandements, dans un attachement inviolable à votre loi, dans la crainte de vous offenser, dans la fuite de tout ce qui vous déplaît, dans un renoncement éternel aux fausses maximes du monde, et à tout ce qui est contraire au christianisme que je professe.
XI. D'une attention particulière aux paroles du prêtre, lorsqu'il vous présentera le corps de Jésus- Christ, et qu'il vous dira : Que le corps de Notre-Sei- (jneur Jésus-Christ garde votre âme jusque dans la vie éternelle (3) ! paroles qui doivent faire sur vous une vive impression, en vous faisant comprendre la fin pour laquelle vous communiez, qui est de persévérer dans la grâce ; c'est-à-dire de ne pas communier simplement pour observer pendant quelques jours une certaine régularité de vie, mais pour être constamment fidèle à Dieu, et vous maintenir dans l'état où vous a mis le sacrement de Jésus Christ, en sorte qu'il soit maintenant pour vous un gage de la vie éternelle.
XII. D'une prière courte, mais atîectueuse, que vous ferez à Jésus-Christ, le conjurant de suppléer par sa grâce à tous vos défauts ; et de mettre lui même dans votre cœur les dispositions nécessaires pour le bien recevoir; reconnaissant avec humilité que, quoi que