‹ Lectures spirituelles pour le temps du carêmeChapitre 11 sur 58 · SCR I.E SALUT :W · texte numérisé non relu

SCR I.E SALUT :W

gion? pourquoi cherchez- vous toujours à mettre quelques raisons spécieuses de votre côté, à réconcilier vos mœurs avec l'Évangile, et sauver, pour ainsi dire, encore les apparences avec Jésus-Christ ? pourquoi n'êtes- vous pécheur qu'à demi, et laissez-vous encore à vos passions les plus grossières le frein inutile de la loi ? Secouez donc ce reste de joug qui vous gêne, et qui, en diminuant vos plaisirs, ne diminuera pas vos supplices. Pourquoi vous perdezvous avec tant de contrainte ? Au lieu de ce confesseur indulgent qui vous damne, mettez-vous au large, n'en ayez point du tout. Au lieu de ces scrupules qui ne vous permettent que des gains douteux, et vous interdisent encore certains profits bas et manifestement iniques, qui vous mettent néanmoins au nombre des ravisseurs qui ne posséderont pas le royaume de Dieu ; franchissez le pas, et ne mettez plus d'autres bornes à votre injustice que celles de votre cupidité. Au lieu de ces familiarités suspectes où votre âme est toujours blessée, ôtez à la passion la barrière importune et inutile de ce que le crime a de plus grossier. Au lieu de ces mœurs molles et mondaines qui aussi bien vous damneront, ne refusez rien à vos passions ; et vivez comme les animaux, au gré de tous vos désirs.

Oui, pécheurs, périssez avec tous les fruits de l'iniquité, puisque aussi bien vous en moissonnerez les larmes et les peines éternelles. Mais non, nous ne vous donnons ces conseils de désespoir que pour vous en inspirer de l'horreur : c'est un tendre artifice du zèle qui ne fait semblant de vous exhorter à votre perte qu'afin que vous n'y consentiez pas vous-même. Hélas ! suivez plutôt ces restes de lumière qui vous montrent encore de loin la vérité : ce n'est pas sans raison que le Seigeur a conservé jusqu'ici en vous ces semences de salut, et qu'il n'a pas permis que tout s'effaçât jusqu'aux principes ; c'est un droit qu'il se réserve encore

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sup votre cœur : prenez garde seulement de ne pas fonder là-dessus une vaine espérance de conversion à venir; il n'est permis d'espérer, que lorsque Ton commence à travailler. Commencez donc le grand ouvrage de votre salut éternel, pour lequel seul Dieu vous a rais sur la terre, et auquel vous n'avez pas même encore pensé : estimez un soin si nécessaire : préférez-le à tous les autres : ne trouvez de plaisirs qu'en vous y appliquant : examinez les moyens les plus sûrs et les plus propres pour y réussir; et choisissez-les, quoi qu'il en coûte, quand une fois vous les aurez connus.

Telle est la prudence de l'Évangile, si souvent recommandée par Jésus Christ; hors de là, tout est vanité et mépris : vous auriez un esprit supérieur et capable de tout, des talents rares et éclatants; si vous prenez le change sur votre salut éternel, vous êtes un enfant. Salomon, si estimé dans tout l'Orient poursa sagesse, est un insensé, dont on a peine encore aujourd'hui à comprendre la folie. Toute la raison du monde n'est qu'un jeu, qu'un éblouissement, si elle se méprend sur un point décisif de l'éternité : il n'est dans toute la vie que ce seul point sérieux; tout le reste est un songe sur lequel il importe peu de se méprendre. Ne vous en fiez donc pas à la multitude, qui est toujours le parti de ceux qui s'égarent; ne prenez pas pour vos guides des hommes qui ne sauraient être vos garants ; ne laissez rien au hasard et à linceptitude des événements : c'est le comble de la folie, quand il s'agit de léternité ; et d'autant mieux que vouloir risquer ici, c'est être assuré de tout perdre. Rapprochez toujours les usages et les exemples à la règle; souvenez-vous qu'il y a une infinité de voies qui paraissent droites aux hommes. etqui néanmoins conduisent à la mort ; quepresque tous ceux qui se damnent, se damnent en croyant se sauver; et que tous les réprouvés, au dernier jour, en entendant prononcer leur sentence, seront surpris, dit

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l'Évangile, de leur condamnation (1) : parce qu'ils s'attendaient tous au partage des Justes. C'est ainsi qu'après l'avoir attendu, selon les règles de la foi, dans cette vie, vous en jouirez éternellement dans le ciel.

(Il Matth., XXV, 37.

DEUXIEME LECTURE

LUNDI

RESUME

1"^ Partie. L'obligation du jeûne. Il est inutile de prouver cette obligation aux fidèles qui ne la contestent pas, qui savent que la religion est née dans le sein du jeûne et de l'abstinence : et que c'était même à l'abattement de leurs visages, que les tyrans reconnaissaient les premiers chrétiens. Or, l'obligation du jeûne supposée, il n'est que l'impossibilité qui puisse en justifier l'inobservance : car l'Eglise, en établissant cette loi, n'a pas prétendu faire une loi de mort. Examinons donc les excuses de ceux qui se dispensent du jeûne. Premièrement, sont-elles légitimes ? Secondement, en les supposant légitimes, n'est-on pas également violateur du précepte, par la manière dont on use de l'indulgence de l'Église ?

Premièrement, vos excuses sont-elles légitimes ? Vous êtes né, dites-vous, avec un tempérament faible, incapable de soutenir la rigueur de la loi du jeûne, qui demande des soins et des précautions infinies. Mais, premièrement, ne sont-ce pas ces soins et ces précautions elles-mêmes qui ont affaibli votre tempérament ? Cette faiblesse de tempérament n'est-elle pas une suite delà vie molle et voluptueuse que vous avez toujours menée ? Mais cette mollesse qui vous rend la pénitence plus nécessaire, puisqu'elle est elle-même un crime que vous devez expier, pourrait-elle devenir un titre légitime qui vous en dispense ? Secondement, ces soins et ces précautions que vous croyez nécessaires à votre santé, ne sont-ce pas les façons du rang et de la naissance, plutôt que des besoins réels et effectifs ? Or Dieu ne mesure pas vos infirmités et vos besoins sur vos litres, mais sur la loi. David, Esther et tant d'autres, quels exemples d'austérité n'ont-ils pas laissés à tous les siècles, malgré leur rang ! Si l'Église avait des distinctions à faire et des privilèges à accorder, ce devrait être sans doute en faveur de ceux qui peuvent à peine, par leur travail, se garantir de la faim et de l'indigence, et qui, presque toujours, ont moins de crimes à expier, et non en faveur des riches et des grands, qui n'ont rien >'

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plus triste à essuyer dans leur état, que le dégoût et la satiété inséparables d'une félicité sensuelle, et qui d'ordinaire ont plus besoin de pénitence, parce qu'ils sont plus coupables ; cependant le citoj^en obscur et le vil artisan respectent la foi de l'Église, et ce sont les riches et les grands qui s'en dispensent. Vous objectez la faiblesse de votre tempérament : mais cette faiblesse ne vous a jamais privé d'un seul plaisir : vous soutenez les veilles, l'application et le sérieux du jeu, le dérangement des repas ; vous dévorez les fatigues du service lorsque la gloire, l'intérêt ou le plaisir s'en mêlent ; ce n'est donc que pour Dieu seul que vous refusez de souffrir : servir le monde ne vous coûte rien , parce que vous êtes mondain ; soyez donc chrétien, et vous ne trouverez rien qui passe vos forces dans le service de Jésus-Christ. Voyez cette âme fidèle que Dieu a retirée de ses égarements : lorsqu'elle vivait comme vous, elle regardait pareillement la loi du jeûne comme une loi meurtrière : maintenant elle ajoute même aux rigueurs de la loi : ce n'est pas son tempérament qui a changé, c'est son cœur.

Mais enfin, quand l'abstinence affaiblirait votre corps, l'intention de l'Église est que vous souffriez. Car n'est-il pas juste qu'un corps de péché, comme le vôtre, soit puni ; que des membres qui ont servi à l'iniquité servent à la justice ; que l'ennemi que vous portez en vousmême, soit affaibli ? Ainsi la fin que l'Église se propose dans son précepte, ne saurait devenir une raison qui vous en dispense.

Mais, dites-vous, vous êtes dispensé de la loi du jeûne, par l'autorité des supérieurs légitimes. Mais votre conscience ne vous répondelle pas que toute dispense obtenue contre les intentions et l'esprit de l'Église, est une dispense vaine ; que par conséquent, si vous n'êtes pas dans le cas de la dispense, vous ajoutez au crime de la transgression, le blâme de la mauvaise foi et de la surprise ?

Secondement, mais supposons vos excuses légitimes ; n'êtes-vous pas également violateur du précepte, par la manière dont vous usez de l'indulgence de l'Église ? Premièrement, gémissez-vous en secret de la faiblesse de votre chair, et de l'impossibilité où elle vous met de satisfaire aux lois de l'Église ? Ètes-vous honteux devant Dieu d'une distinction si peu convenable à votre vie passée ? la regardez-vous comme une espèce d'anathème et de retranchement du corps des fidèles ? hélas ! vous êtes ravi d'avoir des raisons qui vous exemptent de la voie commune. Secondement, remplacez-vous par d'autres œuvres le jeûne que vous ne sauriez observer ? Priez-vous plus que dans un autre temps ? êtes-vous plus charitable envers les pauvres ? vous abstenez-vous de certains plaisirs, légitimes peut-être en une autre saison ? car il faut user de compensation ; et pour être dispensé de la

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