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Souvenez-vous, en troisième lieu, que puisque vous allez satisfaire à la justice de Dieu, non seulement les crimes vous sont interdits, mais encore les plaisirs qui dans un autre temps seraient peut être innocents. Vous devez vous regarder comme des pénitents publics qui vont désarmer la colère du Seigneur et entrer dans les exercices laborieux dune discipline sainte. Les larmes, le silence, la retraite, la prière, voilà quelles doivent être vosoccupationsdurantlecoursdela pénitence que l'Église vous impose. Les jeux, les spectacles, les assemblées de plaisirs, tout vous est interdit par la suite de cet engagement. Vous renoncez à votre qualité de pénitent, si vous y allez participer ; vous abandonnez l'entreprise ; vous interrompez votre carrière. Tout ce qui ne convient pas à la pénitence ne vous convient plus ; et vous violez la loi du carême, pour ainsi dire, toutes les fois que vous mêlez les plaisirs du monde à la sainte tristesse de son abstinence.
Souvenez-vous enfin que l'Église, durant ces jours de pénitence, prétend vous préparer à la grâce de la résurrection, à la participation de l'Agneau, à la Pàque des chrétiens. Commencez donc de bonne heure à déraciner vos vicieuses inclinations, à rompre vos habitudes. Commencez à vous abstenir des crimes que vous viendriez pleurer aux pieds des ministres sur la fin de cette sainte carrière. N'attendez pas que nous touchions aux jours solennels pour vous disposer à recevoir le sacrement adorable. Ne portez pas aux mystères saints de la résurrection des crimes tout nouveaux, et des passions, pour ainsi dire, encore toutes vives. N'obligez pas alors les juges de votre conscience , ou à vous accorder des grâces da ngereuses, ou à vous éloigner de l'autel, tandis que tous vos frères y participeront. Prenez-vous-y de bonne heure. Essayez, en cessant vos désordres, si vous serez en état de tenir la parole que vous donnerez alors au prêtre : si vous pourrez
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vous vaincre sur ce commerce, sur cette haine, sur cette passion qui domine dans vos mœurs. Ne vous exposez pas au sacrilège et au parjure. Mettez vous en état de pouvoir nous alléguer le passé, pour justifier vos promesses sur l'avenir. Ce n'est pas trop de quarante jours de préparation et de pénitence, pour se disposer à une communion sainte, quand on est un pécheur aussi invétéré que vous Têtes ; un pécheur qui jusqu'ici n'a peutêtre fait aucune démarche sérieuse de salut.
Et au fond, que vous reste-t-il, dites-moi, de tous vos excès passés, qu'une secrète confusion (1)? Les joies de ces jours insensés qui viennent de finir, se sont évanouies : qu'en avez-vous rapporté, qu'une lassitude de plaisir, des remords éternels, des chagrins, peut-être, de jalousie, de perte, de préférence; que sais-je ! peut être encore un corps ruiné et incapable de pénitence, pour l'avoir trop été de dissolution et d'excès ? Ah ! les plaisirs se ressemblent tous. Ceux que vous goûterez à l'avenir ne vous rendront pas plus heureux. Ils suspendront pour un moment votre ennui et la tristesse secrète de votre cœur; mais ils ne la guériront pas. Ils irriteront vos désirs ; ils ne les fixeront pas. Mesurez sur le passé la félicité que vous pouvez vous promettre dans le crime. Vous avez essayé jusqu'ici d'être heureux en oubliant Dieu ; y avezvous réussi ? Vous avez poussé les excès et les passions aussi loin que vous avez pu ; votre bonheur a-t-il été aussi loin que vos crimes? Et en faisant tous les jours de nouveaux progrès dans les voies de la perdition, en avezvous fait dans la vie heureuse et tranquille? n'avez-vous pas senti vos inquiétudes croître avec vos plaisirs, vos jours devenir plus tristes à mesure qu'ils sont devenus plus criminels ? et qu'avez-vous fait, en vous livrant tous les jours à des passions nouvelles, que vous former tous
(1) Rom., VI. 21.
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les jours de nouvelles chaînes et vous préparer de nouveaux ennuis ? Que l'expérience du passé du moins vous détrompe; et revenez enfin au Seigneur par le vide et le dégoût de l'iniquité, si vous ne pouvez encore revenir à lui par le goût de la justice.
Grand Dieu ! je n'ai jamais goûté un plaisir véritable loin de vous. Je le confesse aujourd'hui en votre présence, et je rends cette gloire à votre grâce. Ne rejetez pas ces faibles commencements de mon repentir. Je ne reviens à vous, il est vrai, que parce que le monde ne peut me satisfaire. L'ennui du crime me rappelle à votre loi sainte, plutôt que le désir de la vertu : et si les plaisirs injustes pouvaient toujours avoir pour moi de nouveaux charmes, ah ! sans doute, Seigneur, je ne penserais jamais à vous offrir un cœur qu'ils occuperaient tout entier. Mais n'est-ce pas votre grâce elle-même qui répand sur les joies du monde les amertumes que j'y trouve? Combien est-il de pécheurs qui ne s'en dégoûtent jamais; en qui l'ivresse dure toujours; et qui, ensevelis jusqu'à la fin dans une paix profonde, n'ouvrent enfin les yeux que lorsqu'il n'est plus temps, et que frappés de mort, et déjà jugés, ils sont sur le point d'aller paraître devant votre tribunal redoutable !
Conduisez donc, ô mon Dieu ! ces premières agitations que vous opérez dans mon cœur, jusqu'à ce trouble heureux qui opère une véritable pénitence, et ajoutez au dégoût des plaisirs que vous me laissez, le goût de la justice et de la vertu qui achève de triompher d'un cœur corrompu, et de faire d'un vase de colère et d'ignominie, un vase d'honneur et de miséricorde.
TROISIEME LECTURE
MARDI
RESUME
I" Partie. Trois dispositions doivent votos conduire dans le lieu saint, pour entendre la parole de Dieu.
'/" Disposition. C'est un désir qu'elle vous soit utile. Ainsi vous devez, avant de venir dans nos temples, vous adresser au Père des lumières, et lui demander qu'il vous donne ces oreilles du cœur, qui seules font entendre sa voix ; qu'il forme dans vos cœurs le goût des vérités qu'il met dans la bouche des ministres. Si les Israélites furent obligés d'user de tant de préparations pour venir entendre la loi que l'ange leur donna de la part de Dieu ; combien ces préparations sontelles plus nécessaires pour entendre une loi bien plus sainte, qui est la loi de Jésus-Christ ! Cependant, vous venez entendre la parole de Dieu sans aucune préparation ; c'est la curiosité, un loisir inutile, la coutume, des vues peut-être plus criminelles qui vous amènent ici : nul motif de salut ne vous y conduit.
17* Disposition. Une disposition de douleur et de confusion, fondée sur le peu de fruit que vous avez retiré jusqu'ici de tant de vérités entendues. Rappelez-vous tant de mouvements de componction, tant de pieuses résolutions inspirées en ce lieu, toujours sans aucune suite ; songez que les vérités qui n'ont fait sur vous qu'une impression passagère sont autant de témoins qui déposeront contre vous devant le tribunal de Jésus-Christ. Que de réflexions à faire là-dessus ! quel sujet de crainte ! Mais, hélas ! ce sentiment de douleur sur le peu d'usage de tant d'instructions entendues n'est pas même connu : on peut en juger par l'extérieur avec lequel on vient entendre la parole sainte ; il n'est pas différent de celui qu'on porterait dans une assemblée profane. Combien de pécheurs même, bien loin d'être affligés du peu d'usage qu'ils ont fait des vérités, se savent peut-être bon gré d'y être insensibles! pires en cela que ceux qui, avec une vie d'ailleurs criminelle,
(•(iiisfM'vent du moins toujours un reste de respect, uup sorte de sensibilité pour la vérité.
///• Disposition. Un sentiment de reconnaissance sur ce moyen de salut que Dieu vous ménage, en vous conservant le dépôt de la vérité, et continuant au milieu de vous la succession des ministres légitimes seuls autorisés à vous l'annoncer. Le plus terrible châtiment dont Dieu frappait autrefois les Juifs, c'était de leur ôter les prophètes véritables, et de permettre qu'il s'élevât parmi eux de faux docteurs : au contraire, malgré les iniquités des chrétiens, qui semblent montées à leur comble, il ne cesse de leur susciter des pasteurs qui leur annonceut une doctrine saine et irrépréhensible. Or, venezvous les écouter avec un cœur touché de reconnaissance? Hélas ! vous n'apportez ici qu'un dégoût d'irréligiou et de vanité ; vous êtes des spectateurs oisifs et curieux qui ne se proposent que d'entendre quelque chose de nouveau : aussi, si Dieu ne vous punit pas en retirant du milieu de vous ses prophètes, il vous en suscite qui vous plaisent, mais qui ne vous convertissent pas ; et c'est ainsi qu'il exerce en secret des jugements terribles et sévères.
IP Partie. Dans quel esprit devez-vous écouter la parole sainte ?
1. Son autorité est divine. Ce n'est pas notre parole que nous vous annonçons, mais la parole de celui qui nous envoie : donc vous devez écouter cette divine parole, premièrement avec docilité ; cependant combien de ces hommes sages à leurs propres yeux, qui viennent ici toujours en garde contre les vérités qu'on leur annonce, qui regardent notre ministère comme un art d'exagération et d'hyperbole, qui opposent tout bas à la vérité qu'ils entendent les maximes et les préjugés du monde qui la contredisent ! Hélas ! ils nous accusent d'exagérer : et Dieu nous jugera peut-être sur ce que nous aurons affaibli la vertu et la force de sa parole. Secondement, l'autorité de la parole étant divine, vous devez l'écouter avec un esprit de sincérité et d'application sur vous-même; c'est-à-dire vous mesurer sur cette règle, vous juger par cette loi : cependant nul ne prend ici pour soi la vérité qui l'attaque et qui le condamne ; on n'y découvre que les défauts des autres.
2. La fin de la parole divine, c'est la conversion des cœurs, l'établissement de la vérité, la destruction de l'erreur et du péché, la sanctification du nom de Jésus-Christ : donc vous devez l'écouter, premièrement avec un respect religieux qui ne méprise pas la simplicité de nos discours, .\iusi, quelque éclairé que vous soyez d'ailleurs, vous ne devez pas vous faire de vos prétendues lumières un titre pour négliger les instructions que l'Église donne aux fidèles ; l'onction de l'esprit vous apprendra toujours ici ce que vous ignorez peut-être encore:
cependant, sons prétexte qu'on en sait assez, et que des lectures chrétiennes et un peu de réflexion dans la retraite sont plus utiles que nos discours, on se bannit de ces assemblées saintes. Secondement, vous devez l'écouter avec un esprit de foi, c'est-à-dire avec un amour pour la parole sainte, indépendant des talents de l'homme qui vous l'annonce ; qui vous la fasse trouver belle, divine, digne de tous vos hommages dans une bouche même impolie et grossière : cependant on ne vient ici que pour s'ériger en juge et en censeur, que pour décider du mérite de ceux qui l'annoncent. L'esprit de curiosité ne doit pas non plus vous amener ici ; car notre ministère n'est point un art vain et frivole, qui ne se propose que l'arrangement du discours et la gloire de l'éloquence : cependant, loin de venir chercher ici des remèdes à vos maux, vous venez chercher de vains ornements, qui amusent les malades sans les guérir ; vous venez y chercher l'harmonie et l'ornement dans les vérités sérieuses de la morale de Jé.sus-Christ, oubliant que nous sommes dans la chaire chrétienne, non pour vous plaire et vous amuser, mais pour vous instruire, pour vous reprendre et pour vous sanctifier.
DEVELOPPEMENT
L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.
(Matth.,iv, 4).,
Rien ne marque mieux la puissance et la sublimité de la parole de l'Évangile, que les images dont Jésus-Christ se sert pour nous en prédire les effets. Tantôt c'est un glaive sacré qui va séparer le père de lenfant, l'époux de l'épouse, le frère delà sœur, l'homme de lui-même; captiver tout esprit sous le joug de la foi, assujettir les césars, triompher des sages et des savants, et élever l'étendard de la croix sur les débris des idoles et des empires : et par là nous est représentée sa force, à laquelle le monde entier n'a pu résister.
Tantôt c'est un feu divin porté en un instant dans toute la terre, qui va dissoudre les montagnes, dépeupler les villes, peupler les forêts, réduire en cendres les temples
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proiaiies, ciiibiaser les hommes, et les faire courir à la mort comme des insensés aux yeux des nations ; et sous ces traits paraboliques nous est figurée la promptitude de ses opérations et la rapidité de ses victoires.
Tantôt c'est un levain mystérieux, qui rassemble et réunit toute la masse, qui en lie toutes les portions, qui leurimprime une force et une vertu communes; qui confond les distinctions de juif et de gentil, de grec et de barbare, et leur donne à tous le même nom et le même être : et ici vous comprenez quelle est sa sainteté et sa vertu secrète, qui a purifié tout l'univers, et de tous les peuples n'en a fait qu'un peuple.
Une autre fois c'est une semence qui, paraissant d'abord se perdre dans la terre, croît ensuite et multiplie jusqu'au centuple. Et voilà le principe de sa fécondité : non l'ouvrier qui sème, mais l'auteur invisible qui donne l'accroissement.
Mais aujourd'hui Jésus-Christ la compare au pain qui sert de nourriture à l'homme; et par là il veut nous apprendre que la parole de l'Evangile est une nourriture forte et solide, pernicieuse souvent à ceux qui la reçoivent dans un cœur malade et corrompu, et utile seulement aux âmes qui s'en nourrissent avec une sainte avidité, et qui portent ici un cœur préparé pour l'entendre.
Pour me renfermer donc dans cette idée, je ne dirai rien des merveilles que cette parole, annoncée par douze pauvres, opérait autrefois dans tout l'univers. Je passerai sous silence la sainteté de sa doctrine, la sublimité de ses conseils, la sagesse de ses maximes; en me bornant à l'instruction et à ce qui peut vous rendre utile la parole de l'Évangile que nous vous annonçons, je vous apprendrai premièrement quelles sont les dispositions qui doivent vous conduire en ce lieu saint pour l'entendre ; et secondement, dans quel esprit vous devez ensuite l'écouter : deux devoirs non seulement
négligés, mais inconnus à la plupart des fidèles qui accourent en foule aux pieds de ces chaires chrétiennes ; et la source la plus commune du peu de fruit de notre ministère.