‹ Lectures spirituelles pour le temps du carêmeChapitre 30 sur 58 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Le premier pas que l'homme fait dans la vie, est aussi le premier qui l'approche du tombeau : dès que ses yeux s'ouvrent à la lumière, l'arrêt de mort lui est prononcé ; et comme si c'était pour lui un crime de vivre, il sutHt qu'il vive, pour mériter de mourir. Ce n'était point là notre

première destinée : 1" Auteur de notre être avait d'abord animé notre boue d'un souffle dimmortalité : il avait mis en nous un germe de vie, que la révolution des temps et des années n'aurait ni affaibli ni éteint: son ouvrage était concerté avec tant d'ordre, qu'il eût pu défier la durée des siècles, et que rien d'étranger n'en eût pu jamais dissoudre, ni altérer même l'harmonie. Le péché seul sécha ce germe divin, renversa cet ordre heureux, arma toutes les créatures contre l'homme ; et Adam devint mortel dès qu'il devint pécheur: C'est par le péché, dit l'Apôtre, que le pèche est entré dans le monde (1).

Nous la portons donc tous, en naissant, dans le sein : il semble que nous avons sucé dans les entrailles de nos mères un poison lent, avec lequel nous venons au monde, qui nous fait languir ici-bas, les uns plus, les autres moins ; mais qui finit toujours par le trépas ; nous mourons tous les jours ; chaque instant nous dérobe une portion de notre vie, et nous avance d'un pas vers le tombeau : le corps dépérit, la santé s'use, tout ce qui nous environne nous détruit ; les aliments nous corrompent, les remèdes nous affaiblissent ; ce feu spirituel, qui nous anime au dedans, nous consume, et toute notre vie n'est qu'une longue et pénible agonie. Or, dans cette situation, quelle image devrait être plus familière à l'homme, que celle de la mort ? Un criminel condamné à mourir, quelque part qu'il jette les yeux, que peut-il voir que ce triste objet ? et le plus ou le moins que nous avons à vivre, fait-il une différence assez grande pour nous regarder comme immortels sur la terre?

Il est vrai que la mesure de nos destinées n'est pas égale : les uns voient croître en paix, jusqu'à l'âge le plus reculé, le nombre de leurs années, et, héritiers des bénédictions de l'ancien temps, ils meurent pleins de jours,

(1; Rûm., V, 12.

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