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an domestique infidèle, ettant d'autres accidents, necou- Deront pas en un clin d'œil le fil de votre vie, et ne vous Drécipiteront pas dans l'abîme au milieu de vos plus beaux ours ? Qui peut vous garantir qu'une révolution subite 3'humeurs ne vous fera pas expirer sur-le-champ entre les Dras de vos amis et de vos proches, sans mettre, entre une santé parfaite et le trépas, que le dernier soupir d'inervalle ? Ces malheurs sont-ils impossibles ? ces accidents 5ont-ils fort rares? s'est-il passé une seule année, un seul jour presque, où Dieu ne vous ait averti par quelqu'un de es grands exemples ? les têtes les plus illustres en ont- 3lles été à couvert ? Combien de fois vous est-on venu annoncer avec alarme : Un tel vient d'expirer au sortir de table, du jeu, du crime quelquefois! le ministre de Jésus- Christ s'est présenté ; mais on n'a pu tirer du mourant aucun signe. Quelle consternation alors ! quel retour sur v^ous-même ! quelles réflexions sur l'inconstance de la vie et de toutes les choses humaines ! quelles résolutions secrètes de prendre de loin vos mesures, de peur d'être surpris à votre tour! Étiez- vous alors imprudent ou trop timide, de craindre ? Combien de fois peut-être ces terribles accidents sont-ils arrivés à vos yeux ; et sans sortir de votre famille, n'avez-vous pas eu là-dessus quelques leçons domestiques? Or, je vous demande, quels ont pu être les desseins delà miséricorde de Dieu, en vous ménageant des spectacles si effrayants? N'est-ce pas peut-être de vous avertir que votre fin seraitsemblable? Que sais-je, si la disposition même de votre tempérament ne vous laisse rien à craindre là-dessus ; si vous ne portez pas déjà la mort dans le sein ; et si au premier jour votre fin soudaine et surprenante ne répandra pas le deuil parmi nous ; et ne fournira pas, à ceux qui m'écoutent, de grandes, mais d'inutiles réflexions sur l'abus du monde et de ses espérances !
Quel est donc votre aveuglement de faire dépendre votre
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salut éternel de la chose du monde dootvous pouvez moins vous répondre ! Si vous comptiez sur le succès de quelque grande entreprise; la sagesse de vos mesures, le secours de vos amis ou de vos sujets, votre rang, vos biens, votre crédit, votre puissance, pourraient vous en répondre: mais vous comptez sur le temps. Eh! qui peut être ici votre gai-ant? de qui les jours et les années dépendent-ils? qui est celui qui fait lever et coucher le soleil sur nos têtes ? Commanderez-vous à cet astre, comme ce chef du peuple de Dieu, de s'arrêter, de prolonger le jour de votre vie, pour vous laisser le loisir d'achever la victoire, et de dompter vos passions? les titres, le rang, la puissance, les sceptres eux-mêmes, nous donnent-ils droit surun seul denos moments? ceux qui commandent à la terre peuventils répondre deux-mêmes pour l'instant qui suit ? n'est-ce pas ici où Dieu veut nous faire sentir qu'il est le maître, qu'il tient nos destinées entre ses mains, et que nous sommes bien peu excusables de nous attacher avec tant d'ardeur à un monde auquel nous ne saurions jamaistenir que pour l'instant présent, qui n'est déjà plus.
0 vous, mon Dieu, qui seul avez posé les bornes à la vie de chacun de nous ; vous qui, dès le commencement, avez compté mes jours comme mes cheveux ; vous qui présidâtes au moment de ma naissance, et qui dès lors marquâtes sur mon front celui de ma mort; vous seul. Seigneur, qui avez écrit dans le livre éternel les jours de mon exil et de mon pèlerinage; vous seul voyez si je suis encore loin de ma course ou si je touche déjà au terme fatal, au-delà duquel sont la mort elle jugement !
Mais vous vous rassurez peut-être sur ce que ces -exemples de mort imprévue sont rares, et que ce sont là de ces coups extraordinaires et uniques, qui ne tombent que sur un petit nombre de malheureux. Je pourrais vous . redire que la justice de Dieu les rend tous les jouis très communs, et que ce qui était rare dans les siècles qui nous
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oni précédés, est devenu un événement de tous les jours dans le noire. Mais je veux que ces terribles accidents ne tombent que sur un petit nombre de malheureux; outre qu'il peut arriver que vous soyez de ce petit nombre, et que quand ce malheur ne devrait tomber que sur un seul de vos citoyens, vous ne seriez pas sage de ne pas le craindre : outre cela, je vous dis que le plus grand nombre ^st de ceux qui sont surpris ; que presque tous les pécheurs meurent lorsquils croient la mort encore éloignée; que le jour du Seigneur vient toujours comme un voleur, et à l'heure qu'on y pense le moins. Je vous dis que le dernier moment qui termine nos jours n'est jamais le dernier dans notre esprit ; que lorsqu'étendu sur le lit de votre douleur, la mort sera déjà à la porte, vous la croirez encore loin ; vous reculerez encore lalîaire de votre salut, et la proposition qu'on vous fera d'appeler un ministre de Jésus-Christ. Je vous dis qu'après même l'avoir appelé, vous regarderez son ministère plutôt comme une bienséance de maladie, que comme une nouvelle de mort ; vous ne confesserez pas vos crimes, comme devant aller paraître devant Dieu pour en rendre compte ; vous laisserez encore sur votre conscience mille choses douteuses, que vous réserverez toujours d'éclaircir à l'extrémité. Je vous dis qu'en expirant, vous vous promettrez encore quelques jours de vie. Je vous dis que la plupart des morts sont soudaines; qu'il nest presque point de pécheur qui meure en croyant mourir, à qui le temps ne soit refusé, et qui n'ailleparaîtredevant Dieu, sans s'être préparé à ce compte redoutable. Rassurez-vous après cela sur le petit nombre. Mais je veux que le temps vous soit accordé, et que les. minisires du Seigneur aient le loisir de vous venir dire, comme autrefois un prophète au roi de Juda : Réglez votre maison, car cous mourrez (1). L'accablement où vous serez
(1 i Is,, XXXVIIl, 1.
alors pourra-t il vous permettre de chercher Jésus-Christ? Seconde réflexion. De quoi, je vous prie, est capable alors une âme criminelle, toute plongée dans ses douleurs, défaillante sous le poids et la multitude de ses maux, et à qui il reste à peine encore assez de vie pour animer son cadavre ?nuoi! vous voulez qu"avec une raison, qui déjà s'enveloppe ; une langue, qui se lie et s'épaissit, une mémoire, qui se confond ; un cœur qui s'éteint ; vous voulez que dans cet état un pécheur éclaircisse les abîmes de sa conscience ; vous voulez qu'il approfondisse ses sacrilèges, ses scandales, ses vengeances, ses restitutions, ce gouiïre dimpuietés d'oii il n"est jamais sorti, ces embarras sur lesquels il ne sest jamais bien expliqué ; et, en un mot, qu'il entre dans des soins et dans un détail, à qui l'esprit le plus serein et la raison la plus entière pourraient à peine suffire ? Vous voulez que cette âme déjà immobile, et liée des chaînes de la mort, sente l'horreur de ses iniquités passées; quelle pense sérieusement à implorer les miséricordes de son Dieu; elle, dont les idées mourantes ne ressemblent plus qu'à des songes, et qui ne pense plus, que comme on pense en dormant ?
Grand Dieu, vous qui, du haut de votre justice, êtes alors plus attentif que jamais aux mouvements secrets de cette àme infortunée, que se passe-t-il en ces derniers moments entre elle et vous? Quy découvrez-vous, qui puisse réparer une vie entière de crimes, et apaiser votre colère? Se tourne-t-elle seulement vers son Créateur? adore-t elle en secret lauteur de ses bienfaits, et le vengeur de ses ingratitudes ? s'anéantit elle sous la main levée pour la frapper? se regarde-t-elle comme une vie time destinée à des tourments éternels, si vous la jugez selon votre justice? fait-elle montervers vous,de labîme de sa douleur, les cris d'un repentir sincère? lui échappe-t-il seulement un désir, que vous daigniez regarder ? loin de
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VOUS fléchir, peut-elle encore vous connaître? Et que voyez-vous, grand Dieu ! dans les tristes agitations qu'elle laisse paraître, que les derniers efforts d'une âme qui se défend contre le trépas, et d'une machine qui se dissout?
Répondez ici pour moi. vous que la main du Seigneur a conduits quelquefois jusques aux portes du tombeau, et en a retirés depuis. Lorsqu'étendu sur un lit de douleur, vous combattiez ainsi entre la vie et la mort, les soins de votre éternité vous occupaient-ils encore ? Où étiez-vous alors ? quel usage faisiez-vous de votre raison ? que formiez-vous au dedans de vous, que des idées confuses et mal liées, où vos maux avaient plus de part que votre salut? que furent pour vous les derniers remèdes des mourants que l'Église vous appliqua ? des songes, dont le souvenir même ne vous est pas demeuré. Vous seriezvous trouvé plus prêt à paraître devant Jésus-Christ, si cette maladie eût fini vos jours ? quelle âme seriez-vous allé présenter au pied du tribunal redoutable? qu'en avezvous dit vous-même depuis revenu en santé ? que c'est une folie d'attendre à l'extrémité ; qu'on n'est capable de rien alors ; qu'il faut mettre ordre à sa conscience tandis qu'on se porte bien : vous l'avez dit ; mais l'avez-vous fait ? ne vous laisserez-vous point une seconde fois surprendre ? et le seul fruit que vous retirerez du bienfait qui prolongea vos jours, ne seront-ce point les crimes d'une plus longue vie?
Mais ce qu'il y a ici encore de plus propre à nous faire adorer les jugements de Dieu sur les pécheurs qui diffèrent leur conversion à la mort, c'est que si sa miséricorde ménage alors quelques intervalles libres à un mourant, des moments si précieux, si décisifs pour son éternité, sont consumés à disposer d'une succession, et à régler une maison terrestre. Des proches, des enfants avides attendent, autour d'un lit, le moment où la raison du malade sé-
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claircit ; visent quelquefois, comme les enfants d'Isaac, à surprendre un père mourant, et à se supplanter les uns les autres; se hâtent de profiter du temps, pour lui faire déclarer ses dernières intentions. On laisse à des intervalles moins heureux les soins de la conscience ; l'alîaire de l'éternité ne va qu'après toutes les autres. Alors le ministre de Jésus-Christ est appelé ; car il faut attendre que le mourant ne le connaisse presque plus, afin qu'il le voie approcher sans eliroi : cependant le mal presse ; on ne peut plus exiger du pécheur un récit exact de ses désordres ; il faut se contenter de quelques termes vagues et mal suivis qu'on lui arrache. Nous lui faisons dire qu'il se repent ; mais le lui faisons-nous sentir? Nous lui deman dons quelque signe : il lève des yeux mourants, il s'efforce en vain de remuer une langue déjà immobile, il consent de la tète, nous croyons l'entendre; mais s'entend-il lui-même ? Le prêtre du Seigneur crie à haute voix: il tâche de faire retentir du moins à ses oreilles des paroles de salut, et le nom de son Sauveur répété mille fois avec effort ; mais le porte t-il jusque dans son cœur? il s'arme du signe de notre rédemption, il présente un Dieu mourant au pécheur qui expire, il l'applique sur sa bouche tremblante et livide, il lui fait lever vers cet objet consolant ses mains défaillantes et ses yeux déjà à demi éteints ; mais le lui fait-il connaître? La mort arrive; il expire. Grand Dieu ! que devient cette àme ? que trouve-t-elle au sortir de sa demeure terrestre, lorsqu'elle tombe entre les mains éternelles de votre vengeance? (|uelle surprise de se trouver, comme en s'éveillant, au pied du Tribunal redoutable; labîme ouvert sous ses yeux ; et n'ayant mis entre une vie toute criminelle, et la sévérité de vos jugements, que la léthargie et les songes d'une courte maladie ! A cela, que voulez-vous que j'ajoute, que la réflexion toute simple du prophète : Entendez ceci, vous qui oubliez Dieu pendant votre vie, de peur qu il ne vous surprenne dans
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ce dernier moment, et que personne ne puisse plus alors vous enlever de ses mains (1).
D'ailleurs, et cette dernière vérité n'est pas moins digne de votre attention; promettez-vous, si vous voulez, de conserver jusqu'au dernier soupir, la raison aussi saine- et aussi entière que vous l'avez aujourd'hui : ne comptez- vous pour rien les obstacles que vous trouverez alors dans votre propre cœur? Croyez- vous que des passions que vous nourrissez depuis l'enfance, qui sont devenues comme votre fonds et votre tempérament, tomberont, s'évanouiront en un instant; qu'il se fera en vous un miracle soudain, et que vous serez changé tout d'un coup en un nouvel homme ? Les maladies que la mort ne termine point opèrent-elles beaucoup de conversions ? Voyez-vous beaucoup de pécheurs au sortir de ces extrémités, après les plus belles protestations, et les derniers remèdes de l'Église reçus avec componction apparente, mener une vie nouvelle? Qui peut mieux répondrelà-dessus que vous-mêmes? Vous avez été quelquefois jusques aux portes de la mort; vos maladies vous ont-elles converti ? vous croyiezêtrechangé, vous en assuriez le ministre de la pénitence, et peut-être les spectateurs de vos maux ; mais l'étiez-vous ? le danger passé, la santé revenue, les passions n'ont-elles pas reparu,, et ne vous êtes-vous pas encore retrouvé le même ? Le cœur se fait-il en si peu de temps de nouveaux penchants, et comme un nouvel être ?
Quoi ! après une vie entière de débauche, vous croyez que deux jours de maladie vous rendront chaste ? Ah ! Dieu permettra que le souvenir de vos plaisirs passés vous arrache peut-être encore mille complaisances criminelles au lit de la mort ; peut-être aimerez-vous encore à voir avec des yeux mourants, peintes sur vos murs, les images funestes de vos anciens désordres : peut-être expiai) Ps., XLix, 22.
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rerez-vous ayant autour de votre lit lobjet infortuné qui corrompit votre cœur, et, malgré le scandale public, vous ne pourrez vous résoudre à vous en séparer, même à la mort. L'esprit de Dieu la dit : Les os de l'impudique seront encore alors remplis des désordres de sa jeunesse, et ses vices dormiront aMC lui dans la poussière du tombeau (1). Et notre siècle, et ceux de nos pères, nont-ils pas vu des monstres, qui, même en expirant, juraient une alîreuse fidélité jusqu'au delà du tombeau, à l'objet détestable de leur passion, et dont l'àme réprouvée ne sortait de leurs corps qu'avec des soupirs et des regrets de crime et dej volupté ? 0 Dieu ! que vous êtes terrible, quand vous livrez le pécheur à sa propre corruption !
Vous croyez qu'un homme qui na eu qu'un désir en vi vant, et ça été celui damasser du bien aux dépens des peuples, et par les voies les plus injustes et les plus odieuses ; vous croyez qu'alors il puisse consentir que des gains qu'il a toujours cru permis deviennent criminels, et que des restitutions infinies remettent son nom et sa postérité dans la poussière, d'où il les avait tirés ? Ah ! dit l'Esprit de Dieu, il vomira avec son âme les richesses qui avait dévorées ; mais ce sera malgré lui : le Seigneur les arrachera de ses entrailles ; mais il n'en arrachera pa l'amour de son cœur (2).
Vous croyez qu'un impie, qui a mis sa gloire dans sa confusion, et qui a mille fois profané la sainteté de nos mystères par des dérisions sacrilèges, deviendra fidèle el religieux au lit de la mort? Eh! peut-être se fera t il honneur jusqu'à la fin. d'une force d'esprit qui fiattera sa vanité; peut être voudra-t-il paraître au-dessus des frayeurs vulgaires, et regarder d'un (vil tranquille et assuré lin certitude d un avenir; peut-être laissera-t-il en mourant aux spectateurs, le plaisir alîieux d'un bon mol aux dé-
1 , Job., xx, 11. —y-2, Job , V, 15.
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pens de son salut éternel; peut-être aussi mourra-t-il en monstre et en désespéré.
Vous croyez qu'une femme mondaine, enivrée de sa figure, outrée dans ses plaisirs, vivement attachée au monde et à elle-même; vous croyez qu'elle verra alors sans regret la destruction de son cadavre, le monde et tous ses amusements s'évanouir et s'éloigner d'elle pour toujours? Ah! Dieu permettra que les soins de sa beauté l'occupent encore au lit de la mort ; qu'elle examine tous les jours les changements qu'une longue maladie aura faits sur son visage ; qu'elle écoute là-dessus avec complaisance tout ce que la flatterie voudra lui persuader; qu'elle sente réveiller en expirant tout son amour pour le monde ; et qu'elle dise, comme cet infortuné roi d" Amalec : Est-ce ainsi que la cruelle mort m'enlève au milieu de mes plus beaux jours? (1)
Vous nous en avertissez. Seigneur, dans les livres saints: /ew/' fin sera semblable à leurs œuvres (2). Vous avez vécu impudique, vous mourrez tel ; vous avez vécu ambitieux, vous mourrez sans que l'amour du monde et de ses vains honneurs meure dans votre cœur; vous avez vécu mollement, sans vice ni vertu: vous mourrez lâchement et sans componction ; vous avez vécu irrésolu, faisant sans cesse des projets de pénitence et ne les exécutant jamais : vous mourrez plein de désirs et vide de bonnes œuvres ; vous avez vécu inconstant, tantôt au monde, tantôt à Dieu ; tantôt voluptueux, tantôt pénitent; et vous laissant décider par votre goût, et par l'ascendant d'un caractère changeant et léger : vous mourrez dans ces tristes alternatives, et vos larmes au lit de la mort ne seront que ce qu'elles avaient été pendant votre vie; c'està-dire un repentir passager et superficiel ; des soupirs d'un cœur tendre et sensible, mais non pas d'un cœur pé-
• (1) Reg., XV, 32. — (2) Cor., xi, 15.
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iiilenl; en un mot, vous mourrez dans votre péché : dans ce péché où vous croupissez depuis si longtemps; dans ce péché qui est à vous plus que tous les autres, parce qu'il domine dans vos mœurs et dans votre tempérament ; dans ce péché qui est comme né avec vous, et dont une vie entière n'a pu vous corriger. Achab meurt impie, .Tézabel voluptueuse, Saiil vindicatif, les enfants d'Héli sacrilèges, Absalon rebelle, Balthazar efféminé, Hérode incestueux : toute l'Écriture est remplie de pareils exemples; tous les prophètes retentissent de ces menaces; Jésus-Christ s'en explique aujourd'hui dune manière à faire trembler les plus insensibles : l'expérience est ici terrible; vous-même dites tous les jours qu'on meurt tel qu'on a vécu. Eh! que faut-il donc encore, pour vous faire prendre dès à présent la résolution de travailler à votre salut, et de ne pas renvoyer à la fln une affaire qu'on ne saurait jamais trop tôt commencer; et d'autant plus ([u'elle est toujours manquée, lorsqu'elle est différée? Opérez donc le bien tandis que Dieu vous en laisse le temps. N'apportez pas à la mort des désirs, mais des fruits de pénitence. Cherchez Jésus-Christ tandis qu'on peut le trouver : car si vous renvoyez votre conversion à la fin, non seulement vous ne pourrez plus le chercher ; mais quand vous le pourriez, vous ne le chercherez pas; et quand vous le chercheriez, vous ne le trouverez pas. Dernière vérité encore plus terrible, renfermée en deux réflexions qui vont prouver que la pénitence est presque toujours inutile au lit de la mort.
SECOXnF, PAUTIE
Si VOUS renvoyez votre conversion à la mort, vous mourrez dans votre péché : parce que quand vous pourriez alors chercher Jésus-Christ, vous ne le chercherez pas; et quand vous le chercheriez, vous ne le trouverez pas.
SUR l.'IMI'l'MTF.XCF l'INAI;!-: îK
Je dis, premièrement, que vous ne chercherez pas alors Jésus-Christ; parce qu'il se sera éloigné de vous, et qu'il vous aura abandonné. Première raison. Le pécheur au lit de la mort abandonné de Dieu.
En effet, c'est une vérité du salut, que le Seigneur met des bornes à sa patience, au-delà desquelles il ne va jamais; et que comme il a établi un temps pour se souvenir du pécheur, selon l'expression de Job, il en a aussi marqué un autre pour loublier. Il y a dans les trésors de sa miséricorde certain nombre de faveurs spéciales destinées à chacun de nous en particulier, lesquelles, une fois taries par une longue suite d'infidélités, sont le signal de son indifférence et de sa fureur ; et ne laissent plus à ceux qui en ont abusé, ou que ces secours ordinaires et presque toujours inutiles de la grâce, ou que ces ressources uniques tirées de sa toute-puissance, dont l'ordre de sa sagesse et de ses conseils éternels ne lui permet pas de se servir. Ainsi lorsque les abominations de Sodome furent montées à leur comble, et que le nombre de dix justes arrêté dans l'ordre éternel de ses conseils ne s'y trouva plus, Abraham eut beau lever les mains vers lui, le Seigneur ne put se laisser fléchir et il fit pleuvoir du haut du ciel sa fureur et son feu sur ces villes criminelles.
Je sais que tout le temps de la vie présente est un temps de salut et de propitiation ; que nous pouvons toujours retourner à Dieu ; qu'à quelque heure que le pécheur se convertisse au Seigneur, le Seigneur se convertit à lui ; et que tandis que le serpent d'airain est élevé, il n'est point de plaie qui soit incurable : c'est une vérité de la foi ; mais je sais aussi, que chaque grâce spéciale dont vous abusez peut être la dernière de votre vie; que Dieu se lasse, que les bornes de sa bonté ne sont pas les mêmes pour tous les hommes ; qu'après avoir pardonné trois péchés à Damas, il n'en pardonna pas un quatrième ; qu'un seul crime 'quelquefois consomme la réprobation
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d'un pécheur : je sais qu'il est terrible ({ans ses i-onsrih sur /es enfants des hommes (1) que Von ne connaît pas la puissance de sa colère, et que jamais personne n'a pu compter sa fureur et son indignation (2).
Cette vérité si terrible et si incontestable supposée, tirons en d'abord une conséquence qui ne l'est pas moins. Si l'Écriture de toutes parts nous annonce que Dieu se retire quelquefois d'une àme infidèle; et qu'après avoir pris longtemps un soin inutile de Babylone, il se venge enfin en l'abandonnant à elle-même; certes il n'est point de circonstance où cette sévérité soit plus juste et mieux placée qu'au lit de la mort : c'est alors que Dieu doit à sa justice l'abandon du pécheur. Car, dites-moi si après un petit nombre d'inspirations négligées, Dieu laisse quelquefois une àme à elle-même, que pourrez-vous vous pro mettre dans ce dernier moment, vous surtout qui ne compterez plus alors vos jours que par l'abus de ses grâces; vous qui depuis le matin de votre vie jusqu'à cette dernière heure, aurez toujours été agité par des remords cruels et inutiles sur votre état; vous qui aurez peut-être poussé l'impénitence et l'ingratitude, jusques à avoir mille fois envié le sort des compagnons de vos désordres, en qui vous remarquiez une conscience tranquille dans le crime, et un cœur endurci contre toutes les terreurs de la religion; vous qui aurez refusé ses miséricordes aussi longtemps que vous aurez pu goûter le fruit de vos infidélités; vous, en un mot, qu'il avait préparé à cet abandon par des avis réitérés sur sa dureté envers les pécheurs qui différent leur conversion jusqu'à ce dernier moment? Vous voudriez qu'alors le Dieu juste et terrible vous regardât avec des yeu.x de bonté ; qu'il se souvînt de vous dans le temps de votre afiliction, c'est-à-dire, dans la seule circonstance que sa colère attendait depuis si long-
n IN., Lxv, 3. — (2) l's.. I.XXXIX, 11, li.
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temps pour se venger, et pour punir l'abus indigne que vous avez toujours fait de sa grâce !
Mais, ô mon Dieu! où serait donc cette justice qui trempe sesflèclies dans le sang du pécheur, qui insulte aux larmes de l'impie mourant, et qui se console dans sa vengeance? et que deviendraient donc ces menaces si effrayantes, et toujours suivies de leur effet, que vous nous avez laissées dans vos livres saints? et quand est-ce donc que Dieu se vengerait, s'il ne se vengeait point alors ? La patience qui lui fait supporter le pécheur durant la santé serait-elle si terrible, comme il nous l'assure luimême dans les divines Ecritures, si elle devait se terminer par un acte de clémence? Serait-il si sévère lorsqu'il tarde de punir; si, en dissimulant ses offenses, il ne lui préparait pas un affreux endurcissement à la fin?
Mais quand la justice de Dieu ne s'opposerait pas à sa clémence dans ce dernier moment; la nature toute seule de la grâce que vous vous promettrez alors ne vous permettrait pas de l'attendre. Car non seulement vous vous promettez la grâce de la conversion, c'est-à-dire cette grâce qui change le cœur, mais vous vous promettez encore la grâce qui nous fait mourir dans la sainteté et dans la justice; la grâce qui consomme la sanctification d'une âme; la grâce de la persévérance finale : mais c'est la grâce des seuls élus; c'est le plus grand de tous les dons; c'est la consommation de toutes les grâces; c'est le dernier trait de la bienveillance de Dieu sur une âme; c'est le fruit d'une vie entière d'innocence et de piété; c'est la couronne réservée à ceux qui ont légitimement combattu. Dieu ne doit à la rigueur cette faveur inestimable à personne ; il la refuse quelquefois à ceux-mêmes qui ont marché longtemps devant lui dans la justice et dans la sainteté; et la fin déplorable de Salomon est un exemple qui fera trembler les Justes de tous les siècles. Et vous présumez que le plus signalé de tous les bienfaits
sera le prix de la plus ingrate de toutes les vies? e* vous osez vous flatter qu'on ne refusera pas alors à un pécheur invétéré, toujours averti et toujouri infidèle, une grâce qu'on n'accorde pas toujours à ceux qui ont été longtemps justes? Et vous vous promettez que le Seigneur mettra le comble à ses miséricordes, lorsque vous l'aurez mis vous-mêmes à vos crimes? 0 mon Dieu ! sp peut il qu'-un espoir si insensé abuse presque tous les hommes? et vos serviteurs qui crucifient tous les jours leur chair pour obtenir ce don précieux, et qui tremblent sans cesse dans la crainte qu'il leur soit refusé, sont-ils eux-mêmes dans l'illusion; ou le pécheur, qui, continuant à vous outrager, compte tranquillement sur ce grand don, et n'offre pour l'obtenir que ses crimes, et la présomption de l'avoir attendu?
Oui. quand même Dieu accorderait quelquefois celte grande miséricorde au lit de la mort à une àme qui aurait jusque-là différé de se convertir, je dis qu'il ne vous l'accordera jamais, à vous qui ne différez votre conversion que parce que vous vous y attendez. En effet, il pourrait arriver qu'un pécheur, qui durant ses désordres n'aurait jamais eu de retour sur lui-même et sur son salut, et qui aurait vécu sans aucun sentiment de foi et sans aucun remords de ses crimes, revint à lui dans ce moment terrible, fût effrayé de son insensibilité passée, levât au ciel des yeux baignés de larmes, et un cœur nouvellement attendri; et que le Seigneur, du haut de ses miséricordes, jetât des regards propices sur un aveugle qui commencerait alors seulement à ouvrir les yeux à la lumière. Si la grâce de la pénitence est jamais accordée à la fin, il semble qu'elle pourrait l'être à un pécheur de ce caractère. Mais vous qui faites de cette espérance l'affreux motif de vos dérèglements; vous qui ne différez de vous convertir, que parce que vous croyez que vous serez assez à temps, au lit de la mort, de vous donner à Dieu, et qu'il
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ne rejettera pas alofs votre repentir; vous qui prenez dans la miséricorde même de nouveaux sujets de l'on trager; pécheur indigne alors des regards d'un Dieu même qui ne saurait pas s'irriter; d'un Dieu même qui ne serait que clément sans être juste; d'un Dieu même qui ne vous aurait pas déclaré qu'alors il vous abandonnera : quelle ressource pourrait-il vous rester? Quand une vie entière de crime n'éloignerait pas alors de vous cette grâce signalée que vous attendez, le témérité toute seule qui vous la fait espérer vous en rendrait indigne. Rien ne met un chaos plus immense entre l'âme criminelle et la miséricorde de Dieu, que de marquer des jours et des moments à sa grâce, et à son Esprit qui souffle où il veut, et quand il veut. Et qui ètes-vous donc, comme le disait autrefois Judith à ceux de Béthulie qui avaient marqué un jour pour se rendre à Holopherne, si le Seigneur ne venait les délivrer; qui êtes-vous pour prescrire ainsi un terme à la miséricorde du Seigneur, et pour lui marquer des jours et des moments selon votre caprice (1).
. A des vérités si terribles, vous opposez sans doute en secret ce faux espoir : que ces menaces générales ne tombe ront pas sur vous en particulier. Mais, je vous le demande, quels sont les pécheurs menacés dans les livres saints de l'abandon de Dieu au lit de la mort? Ne sont-ce pas les pécheurs qui vous ressemblent? Que trouvez-vous en vous qui puisse vous flatter que Dieu tiendra alors à votre égard une conduite particulière? Votre vie passée? Afr! ce sera bien assez que Dieu veuille l'oublier. Ces désirs de conversion que vous formez tous les jours? mais c'est ce qui achèvera de vous rendre inexcusable. Ce bon naturel qui vous fait pencher, comme malgré vous, du côté de la vertu? mais c'est une grâce dont Dieu alors vous
(Il Judith., VIII. 11. l.S,
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demandera compte. L'espérance que vous avez toujours eue en sa miséricorde pour ce dernier moment? vous venez de voir que ce sera le plus grand de tous vos crimes. Tout ce que je trouve ici de particulier pour vous, c'est que vous serez plus indigne des miséricordes du Seigneurqu'aucunautrepécheur;etquele Dieu juste aura des raisons de refus contre vous, qu'il n'aura pas contre la plupart des âmes impénitentes. Sur quoi pouvez-vous donc vous rassurer encore? Sur la bonté de Dieu sans doute, qui ne veut pas la mort du pécheur? Sa bonté ? mais vous la regardez donc comme une faiblesse et une imbécillité, qui n'aurait pas assez de sentiments pour être blessée des plus grands outrages! Sa bonté? mais c'est parce qu'ilest bon, qu'il doit abandonner le pécheur au lit de la mort. Sa bonté ne lui permetpas d'accorder alors des grâces qui seraient des écueils pour les autres hommes : sa bonté ne veut pas tendre des pièges à la fausse confiance des pécheurs, en ouvrant ses entrailles dans ce dernier moment aux cris d'une âme infidèle : c'est un trait de bonté d'ôter à nos passions des prétextes d'erreur et d'impéni tence; et de ne pas faire du salut d'un seul la perte de plusieurs. Ainsi vous comptez sur sa bonté; et c'est sa bonté même qui demande votre punition, et qui doit vous faire tout craindre.
Ici, je ne vous demande qu'une réflexion. Il n'est personne qui, pendant sa vie, ne fasse mille fois la résolution de changer; il n'est personne presque qui ne meure avant de l'avoir exécutée. Les plus déréglés même souhaitent de finir saintement : tous, comme Balaam, veulent mourir de la mort des Justes; personne ne veut vivre comme eux. On meurt en désirant; ainsi avons nous vu mourir nos proches, nos amis, nos maîtres : après leur mort même, pour nous consoler de leur perte, nous avons rappelé ces projets chimériques de conversion, dont ils nous avaient quelquefois entretenus pendant leur vie : Il était dans le
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dessein de se convertir, dit-on; il en parlait tous les jours : et là dessus, on se calme sur sa destinée; on augure favorablement de son salut. Grand Dieu ! et c'est uniquement ce qui me fait trembler sur le sort de cette âme! c'est ce qui me fait tout craindre de la sévérité de vos jugements sur elle ! Eh! que fait-on en rappelant ses désirs de pénitence formés tant de fois sans succès, que rappeler le souvenir de vos grâces toujours méprisées? on espère pour son salut, sur ce qui a sans doute fait le plus terrible sujet de sa condamnation : on se flatte que vous l'aurez regardée avec des yeux de pitié dans ce dernier moment, parce que vous ne vous lassiez pas de l'avertir lorsqu'elle était encore sur la terre ; et sans doute, vous ne l'avez abandonnée à la mort que parce que vous l'aviez trop souvent visitée en vain durant les jours de sa vie mortelle. 0 vaines conjectures des hommes ! Que vos pensées, ô mon Dieu ! sont différentes des nôtres, et vos jugements peu conformes à l'illusion de nos espérances.
Mais du moins, direz-vous, on voit tous les jours des pécheurs, lesquels, après une vie entière de désordre, donnent à la mort des marques si vives et si éclatantes de repentir, qu'on ne peut pas douter que le Seigneur ne se laisse toucher à leurs larmes, et que leurs regrets n'elîacent toutes leurs infidélités passées. A cette erreur qui endort tant d'àmes impénitentes, Jésus-Christ répond pour moi, qu'on le cherchera alors, mais qu'on ne le trouvera pas : c'est-à-dire, que les marques, même les plus tou chantes, de repentir que vous pourrez donner alors seront rejetées; que vous chercherez Jésus-Christ, et que vous mourrez dans votre péché. Dernière vérité plus terrible encore que toutes les autres, et qui ne laisse plus de ressource dont puisse se flatter le pécheur impénitent.
J'avoue ici, lorsque je considère cette étonnante vérité; et que je vois d'un côté le pécheur mourant chercher son Dieu, et lever vers lui ses mains suppliantes ; et de l'autre.
102 I.EinURES SPIRITUKLLKS
le Dieu veng-eur s'éloigner de lui, et fermer ses oreilles aux cris de sa douleur, et à toutes les marques de sa pénitence ; j'avoue, dis-je, que c'est ici où le Seigneur me paraît ce Dieu terrible qui n'a pas besoin de l'homme : je mets devant mes yeux la sévérité de ses jugements, et je me sens -saisi d'une secrète horreur; mais quelque terrible que paraisse alors sa conduite, elle est juste, et il ne peut pas en user autrement envers le pécheur.
Ce n'est pas qu'un seul instant de pénitence ne puisse effacer les crimes d'une vie entière; mais Dieu rejette alors la pénitence du pécheur mourant, parce qu'elle est fausse. Elle est fausse, premièrement, parce qu'elle n'est pas libre ; c'est la suite de la dure nécessité où il se voit réduit, plutôt que le fruit de la grâce et d'un véritable repentir. Car, je vous prie, après avoir poussé jusqu'au bout la révolte contre votre Dieu et fait du dernier jour de votre santé le dernier jour de vos crimes, vous remettez les armes, et vous demandez grâce lorsque vous vous sentez terrassé, et que le Dieu vengeur a le glaive levé sur vous : vous levez les yeu.x: au ciel, où vous n'aviez pas encore jeté un seul regard, lorsque la terre commence à manquer sous vos pieds; vous détestez les -plaisirs infâmes, lorsque votre cadavre tombe en pièces, et qu'il ne vous fait sentir rien de plus vif que sa puanteur; vous laissez tomber vos richesses sur les pauvres, lorsque vos mains défaillantes tombent elles-mêmes, et ne peuvent plus les retenir; vous laissez en mourant des instructions touchantes à des enfants et à des dômes tiques, que vous ne pouvez plus scandaliser par vos exemples : en un mot. vous vous repentez lorsqu'il ne vous est plus permis de continuer d'être coupable. La conjoncture toute seule ne rend-elle pas vos larmes suspectes? N'estil pas vrai même que Dieu juge alors avec équité de votre pénitence en la rejetant? S'il prolongeait encore vos jours. n<^ prolongeriez-vous pas aussi vos crimes? Si l'on
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venait vous assurer de sa part que cette infirmité' n'ira • point à la mort, prendriez-vous tant de mesures pour le fléchir? Tandis que vos maux n'étaient pas encore tout à fait déclarés, et qu'il vous restait quelque espérance de vie, aviez-vous voulu entendre à appeler le ministre de Jésus-Christ? avait-on osé seulement vous le proposer? Que donniez-vous à connaître par là, sinon que vous quittiez le crime avec autant de regret que la vie ; et que vousne vouliez pas risquer, pour ainsi dire, de vous donner à votre Dieu, sans avoir été bien assuré auparavant que vous ne pouviez plus être au monde ?
Seconde raison. La pénitence du pécheur a la mort est presque toujours fausse, parce que sa douleur n'est plus qu'une crainte toute naturelle que lui inspire alors l'horreur du tombeau, et l'image, plus vive que jamais, des peines éternelles. Il pleure : mais ce sont des larmes qu'il donne à ses malheurs, et non pas à ses crimes. Il crie : mais ce n'est pas un retour amoureux vers son Père; c'est une prière intéressée qu'il fait à son Juge. Il déteste ses égarements : mais ce n'est pas qu'il sente l'injur'e qu'ils ont faite à son Dieu ; il ne sent que les maux où ils vont le précipiter lui-même. Lui seul est l'objet de sa douleur, la fin de ses supplications, le motif de sa pénitence ; il n'avait compté pour rien le Seigneur dans ses plaisirs; il ne le compte pour rien dans son repentir. Ah! s'il était assuré qu'il n'y a rien à craindre au delà de la mort, et que l'enfer est un songe, l'horreur de ses fautes s'effacerait bientôt de son esprit; et l'on aurait bientôt tari ses pleurs, si l'on pouvait calmer ses craintes.
Aussi, vous qui sondez les cœurs, Grand Dieu ! et qui ne jugez pas sur les apparences, je ne vous en imposerai point alors par quelques larmes trompeuses, si je renvoie jusque-là mon repentir; mes larmes seront les larmes d'Esaii et d'Antiochus, des larmes stériles et réprouvées : je ne paraîtrai à vos yeux que comme un criminel qui tremble
30 ï LECTURES SPIRITUELLES
à la vue de son supplice, et non pas comme un pénitent sincère, qui se confond au souvenir de ses péchés ; vous verrez la racine de mes honteuses passions encore vivante au fond de mon àme; je serai encore à vos yeux impudique, mondain, voluptueux, vindicatif; mes frayeurs ne seront plus que les suites de cette mollesse excessive, qui ma toujours inspiré tant d'horreur pour les plus légères soulîrances; à mesure que j'aurai été plus sensuel, plus idolâtre de mon corps, je serai alors plus vif dans mes craintes, plus faible dans mes alarmes, plus éloquent dans mes accusations; et quel égard pourrez-vous avoir à des larmes, Grand Dieu ! qui couleront de la même source d'où avaient coulé tous mes crimes?
Ainsi, vous lèverez alors la voix au ciel, de l'abîme de vos maux, et le Dieu juste se rira de vos clameurs (1); vous pleurerez, et du haut de sa justice il insultera à vos larmes; vous vous frapperez la poitrine et votre cœur ne s'amollira point ; vous lui promettrez plus de fidélité, s'il prolonge vos jours : et il regardera vos promesses avec dérision, parce qu'il verra dans la corruption de votre cœur qu'en prolongeant vos jours il ne ferait que prolonger vos crimes; vous exhorterez les spectateurs de votre mort à s'instruire ^sur votre exemple, et à servir Dieu durant la santé; et le Seigneur vous répondra en secrgt : Pourquoi te mHes-tu de raconter mes justices? {2.) Vous lui direz à lui-même : Seigneur, n'entrez pas en jugement avec votre serviteur; et il vous répondra que voua êtes iléjà jugé. Vous lui direz : 0 Dieu plein de bonté! vous n'êtes venu que pour sauver les pécheurs; et il vous répondra qu'il n'y a point de salut pour l'impie. Vous lui direz : 0 Sauveur des hommes! je ne mets ma confiance que dans vos miséricordes infinies, et il vous répondra, que l'espérance du pécheur périra avec lui. \'ou^
vl l'rov., I, -20. — {i) l's., \i.ix. ir».
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lui direz : 0 divin Pasteur de nos âmes ! vous ne rejetez pas les brebis égarées qui reviennent à vous ; et il vous répondra, qu'il y a un temps de pardonner et un temps de punir. Vous lui direz : 0 Jésus! je remets mon âme entre vos mains; et il vous répondra, qu'elle ne lui appartient point, et qu'il ne la reçoit que pour en faire la victime éternelle de sa justice; et vos gémissements infructueux, et vos supplications inutiles, ne seront plus qu'un doux spectacle pour sa fureur et pour sa vengeance (1 ).
Ah! c'est alors, qu'au lieu que jusque-là on n'avait cherché dans un confesseur qu'une dangereuse complaisance, ou plutôt qu'on n'en avait jamais pris qu'au hasard; c'est alors qu'un pécheur, semblable à Saiil, le jour qui précéda sa funeste mort, se voyant environné de périls dont il ne peut plus se défendre ; c'est alors, dis-je, qu'un pécheur, comme ce prince réprouvé, fait sortir un autre Samuel du tombeau ; appelle du fond de sa retraite quelque homme de Dieu, le plus connu, le plus éclairé, le plus respecté par son zèle et par ses talents; et qu'il lui dit, comme ce roi infortuné : Je suis dans des peines mortelles [î). Je vous ai donc fait appeler pour savoir de vous ce que j'ai à faire dans l'extrémité où je me trouve (3). Mais quelle serait alors la réponse de l'homme de Dieu, s'il lui était permis de répondre ce que la religion l'oblige de penser ? Pourquoi venez-vous troubler le repos de mon tombeau? lui répondrait-il comme Samuel à Saûl; et m'avez-vous obligé à sortir de ma retraite pour paraître en ce lieu (4) ? Il n'est plus temps de recourir au Seigneur ; à quoi bon me consulter, puisqu'il vous a abandonné? Vous mourrez, et la justice de Dieu va accomplir sur vous ce qu'on vous avait tant de fois prédit par ses ordres (o). Voilà ce que pense alors le ministre du Seigneur. 11 vous exhorte à ne pas désespérer : mais il n'espère pas beau-
(1) Is., I, 24. — (-2) 1 Reg.,xxvin, 15. —(3) Ibid. —(4) Ibid. — (5)lbid., v, 17.
;!of, LECTURES SPIRITUELLES
coup lui-même ; il vous parle des misécordes du Seigneur: mais il adore en secret les ordres terribles de sa justice sur vous; il vous ouvre le sein de la gloire, pour réveiller votre espérance: mais il voit labîme déjà ouvert sous vos pieds; il vous montre votre Sauveur expirant sur la croix : mais il nose vous dire que ce nest plus un trône de grâce pour vous, mais un tribunal sévère d'où se prononce votre sentence ; il diminue à vos yeux, par de saints | artitices de charité, l'horreur de vos crimes, pour ne pas vous jeter dans le désespoir: mais il sait bien que le Seigneur a son poids et sa mesure, et quil n'appartient pas à Ihomme d'en rabattre; il vous répète, pour vous rassurer contre une vie entière de désordre, qu'il ne faut qu'un moment à la grâce pour sauver le pécheur ; et qu'un seul sentiment de douleur sincère supplée à de longues années de vertu, et peut consommer la sanctification : mais il n'ignore pas que ce sont là de ces prodiges, de ces coups uniques de la grâce, sur lesquels il est terrible d'être obligé de compter pour son salut: et que la suite ordinaire et comme infaillible d'une vie pécheresse, c'est la mort dans le péché.
Souffrez ici que je vous demande encore une réflexion, qui va finir ces vérités effrayantes. Que pouvez-vous souhaiter de plus favorable pour vous à la mort, que d'avoir le temps et d'être en état de chercher Jésus-Christ ; que de le chercher en effet, et de lui offrir des larmes de douleur et de pénitence? c'est tout ce que vous pouvez vous promettre de plus favorable pour ce dernier moment. Et cependant, (cette vérité me fait trembler), cependant, que vous permet Jésus Christ d'espérer de vos recherches mêmes et de vos larmes, si vous le renvoyez jusque là? Vous me chercherez, et vous mourrez dans votre péché. Consolez-vous après cela sur les marques de repentir que vos amis et vos proches donnent dans ce dernier moment ; calmez-vous durant la vie sur vos désordres, en vous flattant
SLK l'IMPÉNITEiNCE FINALE -iO?
qu'une fin semblable à la leur pourra les expier ; dites d'un pécheur invétéré, que le spectacle des jugements de Dieu a effrayé alors, que Dieu lui a fait la grâce de finir chrétiennement; que si sa vie n'avait pas été trop régulière, sa mort a été très édifiante ; qu'on serait trop heureux de mourir comme lui, et qu'il ne faut pas douter que le Seigneur ne lui ait pardonné! Je ne veux point ici mettre des bornes à vos miséricordes, ô mon Dieu-i mais, il a cherché Jésus Christ : l'a-t-il trouvé? il a gémi, il a prié: mais a-t-il été exaucé? il a pris entre ses mains Jésus-Christ crucifié; il a arrosé ses pieds sacrés de ses larmes, comme la pécheresse de l'Évangile: mais lui at-on dit comme à elle : Vos péchés wus sont remis (1)? Il lui a recommandé d'une voix mourante, comme le larron sur la croix, de se souvenir de lui dans son royaume : mais a-t-il entendu ces douces paroles : Aujourd'hui vous serez avec moi dans le ciel? (2). Vous l'espérez, mais vous ne le savez pas. Et moi, tout ce que je sais, c'est qu'alors on cherche Jésus-Christ, qu'on ne le trouve pas, et qu'on meurt dans son péché; tout ce que je sais, c'est que les sacrements du salut, appliqués alors sur un pécheur, consomment peut-être sa réprobation; et que la dernière des grâces de l'Eglise est souvent le dernier de ses sacrilèges ; tout ce que je sais, c'est que tous les Pères qui ont parlé de la pénitence des mourants, en ont parlé en des termes qui font trembler ; tout ce que je sais, c'est que votre justice, ô mon Dieu! permet souvent que des pécheurs fameux par une vie entière de débauche, se frappent la poitrine au lit de la mort, empruntent les expressions les plus vives de la douleur et du repentir, et meurent, aux yeux de tout un royaume, dans des sentiments extérieurs de conversion : que votre justice, toujours terrible dans ses conseils, le permet, pour endormir, si jose parler
(1) Luc, VII. 48. — (2i Id.. xxiu,43.
ainsi, par ces exemples, la fausse confiance des pécheurs impénitents. Ce sont des punitions, grand Dieu ! que votre justice exerce sur les passions humaines : vous vous servez de la fausse pénitence des uns, pour préparer des châtiments à limpénitence des autres; et vous punissez les pécheurs par les pécheurs mêmes. Tout ce que je sais, c'est que c'est une vérité de la foi. que le nombre de ceux qui se sauvent est petit; et cependant, si les marques de repentir que donnent les pécheurs au lit de la mort, partaient d'un cœur véritablement pénitent et suffisaient pour le salut, il n'y aurait presque point de pécheur qui ne fût sauvé; puisque si vous en exceptez quelque impie qui pousse jusqu'à ce dernier moment son affreuse insensibilité, et qui meurt sans vouloir entendre parler du iJieu qui va le juger, et qu'un siècle voit à peine une fois, tous les autres pécheurs meurent en se frappant la poitrine, en implorant les miséricordes du Seigneur, et qu'ainsi, contre la parole de Jésus-Christ, le plus grand nombre serait de ceux qui se sauvent. Tout ce que je sais, c'est qu'il faut faire pénitence, tandis que Dieu nous en donne le temps; et qu'au lit de la mort, où vous ne serez plus en état de le chercher, ou même quand vous le chercheriez, vous ne le trouverez pas : et par conséquent, si vous différez votre pénitence à la mort, vous mourrez dans votre péché, parce que la pénitence alors est presque toujours impossible, ou presque toujours inutile. Plaise à Jésus Christ que ces menaces ne vous regardent pas. et que. dans le dernier moment, votre mort, semblable à celle des Justes, soit un passage à la bienheureuse immortalité!
QUATRIEME LECTURE
MERCREDI
RÉSUMÉ
I" Réflexion. Combien est affreux et déplorable l'état d'une âme qui vit dans l'habitude du désordre.
1" Lazare, devenu déjà un amas de vers et de pourriture, répand l'infection et la puanteur; et voilà la profonde corruption d'une àme dans le péché d'habitude. Car il n'est pas d'image plus naturelle d'une âme qui croupit dans le désordre, que celle d'un cadavre déjà en proie aux vers et à la pourriture. Or la mort produit deux effets sur le corps où elle s'attache : elle le prive de la vie ; elle altère ensuite tous ses traits, et corrompt tous ses membres. Elle le prive de la vie; et c'est par là que le péché commence à défigurer la beauté de l'âme : car Dieu est la vie de nos âmes, la lumière de nos esprits, le mouvement pour ainsi dire de nos cœurs ; or, par un seul péché cette vie cesse, cette lumière s'éteint, cet esprit se retire, tous ces mouvements sont su.spendus.
Ainsi l'âme sans Dieu est une âme sans vie : mais l'habitude du péché, qui est une mort invétérée, va plus loin. Lazare répand l'infection dans le tombeau, parce qu'il y est depuis quatre jours. Le premier péché, en nous faisant perdre la grâce, nous laisse à la vérité sans vie aux yeux de Dieu; ou peut dire néanmoins qu'il nous reste encore certaines semences de vie spirituelle, certaines facilités à recouvrer la grâce perdue : mais à mesure que l'âme persévère dans le crime, tout s'éteint, tout se corrompt en elle : la corruption devient universelle, et change en un spectacle d'horreur et les dons de la grâce et les dons de la nature.
Mais comme un cadavre ne saurait être longtemps caché .sans qu'une odeur de mort se répande à l'entour, on ne peut croupir longtemps dans le désordre sans que l'odeur d'une mauvaise vie se fasse bientôt
310^ l-EiTLRES SlMRITL'EI.LtS
sentir : ainsi la corruption ne se borne pas au péclieur tout seul ; or ses excès, venant à être connus, servent de modèle en mille Pieux, et le spectacte de ses mœurs rassure peut-être eu secret des consciences que le crime troublait encore. Nous ajouterions, si nous l'osions, que la corruption que l'iiabitude du crime met dans tout l'intérieur du pérliPiH' est si universelle, quelle infecte sou corps même.
2" Un voile luffubre couvre les yeux et le visage de Lazare: el voilà l'aveuglement funeste d'une àme dans le péché d'habitude. J'avoue que tout péché est une erreur qui nous fait prendre les faux biens pour le bien véritable: cependant une première chute n'éteint pas tout à fait nos lumières: mais à mesure que le péché dégénère en habitude, la lumière de Dieu se retire, les ténèbres croissent, et arrive enfin la nuit profonde et l'aveuglement entier: alors tout devient une occasion d'erreur à l'àme criminelle, parce que ton! chîiiige île face à .ses yeux.
3'' Lazare paraît dans le tombeau, les mains el les pieds liés: el voilà la triste servitude d'une àme dans le péché d'habitude. Lt' monde a beau décrier la vie chrétienne comme une vie d'assujettissement et de servitude, le règne de la justice est un règne de liberté ; parce que l'àme fidèle et soumise à Dieu devient indépendante et même maîtresse de toutes les créatures : le pécheur, au contraire, quoiqu'il paraisse vivre sans joug et sans règle, n'est pourtant quun vil esclave dépendant de tout, de son corps, de ses passions, de ses biens, de ses amis, de ses ennemis, etc. D'abord, la passion ménage encore, pour ainsi dire, la liberté du cœur: mais dès qu'une fois elle se sent maîtresse, combien nous fait-elle sentir tout le poids et toute l'amertume de notre .servitude : servitude honteuse par l'assujettissement de l'àme déréglée aux sens, par l'indignité des démarches que la force de la passion obtient d'elle, par le sacrifice des devoirs les plus importants à la passion injuste, par l'avilissement et le mépris public qu'attire toujours une vie déréglée, etc.
Onse plaint quelquefois des rigueurs de la vertu, et l'on craint la vie.chrétienne comme une vie d'assujettissement et de tristesse : mais on conviendrait qu'il ne s'y trouve rien de si triste que ce que l'on éprouve dans le désordre, si l'on osait se plaindre de l'amertunje et de la tyrannie de ses passions.
ir Réflexio.n. Purqnelu moyens l'âme peut sortir de l'habitude du désordre.
Le premier moyen, c'est la confiance eu Jésus-Christ. Si vous aviez été ic«, dit une des sœurs de Lazare au Sauveur, mon frère ne serait pas mort: mais je saix (juelout ce que vous demanderez à Dieu, Die^i roi/.s" l'nccordera. Aussi l'illnsiou dont le démon se sert
tous les jours pour- rendre inutiles nos désirs de conversion, c'est de nous jeter 'dans la défiance et le découragement: et là-dessus on s'abandomme à la paresse et à l'indolence; et après avoir irrité lu justice de Dieu par nos égarements, nous outrageons sa miséricorde par l'excès de notre défiance. Ce n'est pas que je prétende cfu'il n'en coûte à une àme depuis longtemps morte dans le péché, pour reveniià Dieu; mais je dis que ses misères doivent augmenter sa componction, et non pas son découragement; et que la première démarche de sa pénitence doit être d'adorer Jésus-Christ comme la résurrection (>l la -vie, avec une confiance secrète que nos misères sont toujours moindres que ses miséricordes. En effet, quelle que puisse être l'horreur de vos crimes passés, il est à croire que le Seigneur n'est pas éloigné de vous faire grâce, dès qu'il vous inspire le désir et la résolution de la demander: c'est donc à tort que l'état de votre conscience vous décourage, et que vous vous persuadez que c'est fait di' vous sans ressource. Je vous réponds comme la mère de Sanison à son mari : Si le Seigneur voulait vous perdre, il ne ferait pas descendre le feu du ciel sur votre cœur : s'il voulait vous laisser mourir dans l'aveuglement de vos passions, il ne vous montrerait pas les vérités du saint ; il ne vous les mettrait pas dans un jour qui vous éclaire, et qui vous trouble. Dieu veut toujours le salut de sa créature : dès que nous voulons retourner à lui, ne nous défions que de notre volonté.
D'ailleurs, et ceci doit bien nous rassurer; que savez-vous si Jésu.'«- Christ n'a pas permis que vous tombassiez dans cet état déplorable, pour faire du prodigue de votre conversion un attrait pour la conversion de vos frères, et pour manifester sa gloire ?
Second moyen. L'éloignement des occasions qui mettent uu obstacle ' .incible à notre résurrection et à notre délivrance; obstacles figurés par la pierre qui fermait l'entrée du tombeau de Lazare, et que Jésus-Christ commande qu'on ôte avant de le ressusciter.
Et voilà pourquoi tant de pécheurs passent tristement leur vie à détester leurs chaînes, et à ne pouvoir parvenir à les rompre; c'esl qu'eu prenant des mesures de cliaugement, ils ne prennent pas dices mesures qui éloignent les périls par l'éloignement des occasions: c'est une erreur de croire que le cœur puisse changer, tandis que tout ce qui l'environne est encore à notre égard le même. C'est donc une pure iliusiou de venir nous dire que vous ne manquerez pas de bonne volonté, mais que le moment n'est pas encore venu. Gomment peut-il venir au milieu de tout ce qui l'éloigné ? et quelle est cette bonne volonté renfermée au dedans de vous qui ne conduit jamais à rien de réel, et à aucune démarche sérieuse d^ changement ? c'est-à-
:;i2 LECTURES SPIRITUELLES
iliif que vous voudriez chanprer sans qu'il vous en coùt;"it rien. Commencez par éloigner toutes ces occasions fatales à votre innocence : ôtez la pierre qui ferme à la grâce l'entrée de votre cœur: après cela vous aurez droit de demandera Dieu qu'il achève en vous son ouvrage.
Troisième et dernier woyen. Le ministère de l'église qui délie nos liens; moyen marqué dans l'Evangile par ces paroles que le Sauveur adresse à ses apôtres: déliez-le, et le laissez aller.
II n'est pas question ici de vous apprendre que la rémission de uns crimes ne nous est accordée que par le ministère de l'Eglise : vous ne l'ignorez pas. Ce que je dis, c'est que comme Jésus-Christ n'ordonna à ses disciples de délier Lazare qu'après qu'il fut sorti entièrement du tombeau, de même le pécheur d'habitude ne doit e.spérer d'être délié qu'en se montrant tout entier hors du tombeau de ses dé.sordres : il faut une manifestation universelle qui remonte jusqu'aux commencements de sa vie .sans compter sur les sacrements qu'il a reçus, et qu'il doit mettre au nombre de ses crimes : premièrement, parce que n'ayant pas eu de douleur véritable de ses fautes, les remèdes de l'Eglise, loin de le purifier, ont achevé de le souiller. Secondement, parce que ne s'étant pas connu, il n'a pu se faire connaître. Troisièmement, parce que quand même il se serait connu, comme il n'y a que la douleur qui sache s'expliquer comme il faut, jamais il ne s'est fait connaître, s'il n'a jamais eu de douleur véritable : et c'est en vain qu'il alléguerait les difficultés d'une telle démarche pour s'ea dispenser : les difficultés nous rebutent-elles jamais, lorsqu'il s'agit d'édaircir nos affaires ?
III' Réflexion. Quels sont les motifs qui déterminent Jésusf'Iiriat à opérer le miracle de sa résurrection et de sa délivrance.
I^e premier motif que le .Seigneur paraît se proposer dans la résurrection de Lazare, c'est de consoler les larmes et de récompenser bs prières et la piété de ses deux sœurs : et voilà aussi le premier motif qui détermine souvent Jésns-Christ à opérer la conversion d'un grand , pécheur: les larmes et les prières des âmes justes qui la demandent. Comme tout .se fait pour les Justes dans l'Eglise, dit r.\pôtre, on peut dire aussi que tout se fait par eux ; c'est donc une espérance de conversion pour les plus grands j)écheurs que de rechercher la .siciété des gens de bien, estimer leur conscience et les intéresser à leur salut. 11 semble que notre cœur se lasse déjà de ses passions, dès que nous nous plaisons avec ceux qui les condamnent. Et vous qui autrefois, comme peut-être Marie, étiez esclaves du monde, et qui depuis, touchés de la grâce, ne bougez plus comme elle des pieds du Sauveur, que désormais un des plus importants devoirs de votre nouvelle vi«!
soit de demander continuellement à Jésus-Christ la résurrection de vos frères, et de dire, comme elle: Seigneur, celui que vous aimez est malade. Mais que les pécheurs, d'un autre côté, ne comptent pas si fort sur les prières des gens de bien, qu'ils attendent d'elles seules le changement de leur cœur et le don de la pénitence ; ce serait une pure illusion : les prières des gens de bien' rendent le Seigneur plus attentif à nos besoins, mais non pas plus indulgent pour nos crimes.
Le second motif. C'est de ranimer la tiédeur et la lâcheté des Justes, comme Jésus-Christ en ressuscitant Lazare voulut réveiller la foi de ses disciples encore faible et languissante. En effet, il opère des conversions soudaines et surprenantes aux yeux de ceux qui marchent depuis longtemps dans ses voies, pour confondre, par la ferveur et par le zèle de ces âmes depuis peu ressuscitées, leur tiédeur et leur indolence.
Troisième motif. La justice divine y ménage pour certains pécheurs, comme pour ces Juifs incrédules qui furent témoins de la résurrection de Lazare, une nouvelle occasion d'endurcissement et d'incrédulité. Et c'est là, en effet, le seul fruit que la plupart des gens du monde retirent d'ordinaire de la conversion et de la résurrection spirituelle des grands pécheurs ; ils ne font que s'endurcir davantage dans le mal. Avant que la miséricorde de Jésus-Christ eût jeté sur une âme criminelle des regards de grâce et de salut, ils paraissaient touchés de ses égarements et de son ignominie ; mais à peine la grâce de Jésus-Christ l'a rappelée à la vie, ils deviennent les censeurs de sa piété même, et ils trouvent dans les miracles mêmes de la grâce, si capables d'ouvrir les yeux, un nouveau motif d'aveuglement et d'incrédulité.
DEVELOPPEMENT
Vene: et voyez. (Joan., xi. 31).
11 n'est point de pécheur invétéré qui eût la force de se souffrir dans l'horreur de son état, s'il pouvait se voir au naturel et se connaître. Une âme qui a vieilli dans le crime n'est supportable à elle-même, que parce que la même passion qui fait tous ses malheurs, les lui cache ; et que son désordre est en même temps et le glaive cruel IV. 18
314 LECTURES SI'IKITUELLES
qui fait la plaie, et le bandeau fatal qui la dérobe aux yeux du malade.
Voilà pourquoi lEglise, pour découvrir le pécheur à lui même durant ce temps de pénitence, nous représente presque tous les jouis, sous de nouvelles images, l'état déplorable d'une âme qui croupit depuis longtemps dans son péché ; tantôt sous la figure d'un paralytique de trente-huit ans: et c'est pour nous marquer l'insensibilité! et la paix funeste qui suit toujours l'habitude du crime; tantôt sous le symbole d'un prodigue réduit à vivre avec les plus vils animaux : et sous ces traits, elle veut nous faire sentir son avilissement et sa honte ; tantôt sous l'image d'un aveugle-né: et c'est pour nous peindre l'hor reuretla profondeur de ses ténèbres; tantôt enfin sous la parabole d'un esprit sourd et muet : et c'est pour nous figurer plus vivement l'asservissement où l'habitude criminelle retient toutes les puissances d'une àme infortunée.
Aujourd'hui, comme pour rassembler tous ces traits dif- ' férents sous une seule image encore plus terrible et plus touchante, l'Eglise nous propose Lazare dans le tombeau ;: mort depuis quatre jours, exhalant déjà l'infection et la^ puanteur, les pieds et les mains liés, le visage couvert d'un voile lugubre, et n'excitant plus que l'horreur de ceux mêmes que la tendresse et le sang lui avaient le plu'^ étroitement unis pendant sa vie.
Venez donc, et voyez, vous qui vivez depuis tant d'années sous le joug honteux du désordre, et qui n'êtes point touché du malheur de votre état. Accourez à ce tombojiu que la voix de Jésus Christ va ouvrir aujourd'hui à vos, yeux, et venez voir dans ce spectacle d'infection et de pourriture, l'image naturelle de votre ûme. Vous counv a des spectacles profanes, pour y voir vos passions représentées sous des couleurs agréables et trompeuses : venez' les voir ici exprimées au naturel ; venez voir dans ce
3adavre infect et puant, ce que vous êtes aux yeux de Diea, et combien votre état est digne de vos larmes.
Mais de peur qu'en exposant ici seulement toute Ihoireur de l'état d'une âme qui vit dans le désordre, je la trouble et la décourage, sans lui tendre la main, et lui aider à sortir de cet abîme; pour ne rien omettre de l'histoire de notre Évangile, je la partagerai en trois réflexions : vous verrez, dans la première, combien est affreux et déplorable l'état d'une âme qui vit dans l'habitude du désordre; je vous montrerai, dans la seconde, par quels moyens elle en peut sortir ; dans la troisième, quels sont les motifs qui déterminent Jésus-Christ à opérer le miracle de sa résurrection et de sa délivrance. 0 mon Dieu ! faites entendre aujourd'hui votre voix puissante à ces âmes infortunées qui reposent dans les ténèbres et dans les ombres de la mort : ordonnez encore une fois à ces ossements arides de se ranimer, et de recouvrer la lumière et la vie de la grâce qu'ils ont perdue.