QUATRIEME REFLEXION
Jo dis des ressources : hélas! on n'en trouve que dans la vertu. Le monde fait des plaies au cœur, mais il ne fournit point de remèdes; le monde a ses chagrins, mais il n'a rien qui les console; le monde est plein de dégoûts et d'amertumes, mais on n'y trouve point de ressources.
Mais, dans la vertu, il n'est point de peine qui n'ait sa consolation, et s'il s'y trouve des répugnances et des dégoûts, il s'y trouve aussi mille ressources qui les adoucissent.
Premièrement, la paix du cœur et le témoignage de la conscience. Quelle douceur de se sentir en paix avec soimême, de ne plus porter enfin au dedans de soi ce ver importun qui nous suivait partout; de n'être plus déchiré des remords éternels qui empoisonnaient toute la douceur de notre vie; d'être enfin délivré du poids de l'iniquité! Les sens peuvent encore soutîrir des amertumes de la vertu, je l'avoue; mais du moins le cœur est tranquille.
Secondement, la certitude que nos peines ne sont pas perdues, que nos dégoûts sont pour nous de nouveaux mérites, que nos répugnances, en nous ménageant de nouveaux sacrifices, nous assurent un nouveau droit aux promesses de la foi; que si la vertu nous coûtait moins, elle aurait aussi moins de prix aux yeux do Dieu ; et qu'il ne nous rend la voie si difficile, que pour rendre notre couronne plus brillante et plus glorieuse.
Troisièmement, la soumission aux ordres de Dieu, qui a ses raisons pour nous refuser les consolations sensibles de la vertu ; dont la sagesse ne fait rien qui n'ait ses causes dans notre propre utilité; qui consulte plus nos intérêts que nos penchants; et qui a mieux aimé nous mener par une voie moins agréable, parce qu'elle devait êlie pour nous la pins sûre.
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Quatrièmement, les grâces dont il accompagne nos dégoûts, qui soutiennent notre foi, en même temps que nos violences abattent l'amour-propre ; qui fortifient notre cœur dans la vérité, en même temps que nos sens en sont dégoûtés; qui font que notre esprit est prompt et fervent, quoique la chair soit faible et languissante; de sorte qu'il rend notre vertu d'autant plus solide, qu'elle est pour nous, ce semble, plus triste et plus pénible.
Cinquièmement, les secours extérieurs de la piété, qui sont pour nous autant de nouvelles ressources dans l'abattement et dans la sécheresse : les mystères saints où Jésus-Christ lui-même, le consolateur des âmes fidèles, vientconsoler notre cœur ; les vérités des divines Écritures, lesquelles ne promettent ici-bas que des larmes, des tribulations aux Justes, calment nos terreurs en nous faisant comprendre que nos plaisirs sont à venir ; et que les peines qui nous découragent, loin de nous faire défier de notre vertu, doivent rendre notre espérance plus vive et plus assurée; enfin, la lecture de l'histoire des Saints que nous voyons avoir été exercés par les mêmes dégoûts et parles mêmes épreuves; qu'ainsi nous avons d'autant moins sujet de nous en plaindre, que des âmes bien plus fidèles que nous ont eu le même sort; que telle a presque toujours été la conduite de Dieu envers ses serviteurs; ef que si quelque chose peut nous répondre en cette vie de son amour pour nous, c'est qu'il nous mène par la voie de ses Saints, et qu'il nous traite ici-bas comme il a presque traité tous les Justes.
Sixièmement, la tranquillité de la vie et l'uniformité des devoirs, qui ont succédé aux fureurs des passions, et au tumulte de la vie mondaine; qui nous ont ménagé des jours bien plus heureux et plus paisibles, que ceux que nous avions passés au milieu du plaisir ; et qui en nous laissant encore quelque peine, nous ont fait du moins une destinée plus tranquille et plus supportable.