‹ Lectures spirituelles pour le temps du carêmeChapitre 45 sur 58 · i-J l.tCTLRJiS sHRlïUELLES · texte numérisé non relu

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Septièmement, la foi qui nous rapproche l'éternité, qui nous découvre le néant de tout ce qui passe, qui nous fait voir que dans un clin d'oeil tout sera fini; que nous touchons au terme heureux, que toute la vie présente n'est qu'un instant rapide, et qu'ainsi nos violences ne sauraient durer longtemps ; mais que ce moment léger de tribulations nous assure un avenir glorieux et immortel, qui durera autant que Dieu même. Que de ressources pour un cœur fidèle ! quelles disproportions entre les peines delà vertu et celles du crime! c'est pour nous en faire sentir la différence que Dieu permet souvent que le monde nous possède un certain temps; que nous nous livrions durant les premières années de l'âge aux égarements des passions, afin que nous rappelant ensuite à lui, nous connaissions par notre propre expérience combien son joug est plus doux que celui du monde. Je permettrai, dit-il dans l'Ecriture, que mon peuple serve quelque temps les nations; qu'il se laisse séduire à leurs superstitions profanes, et qu'il porte le joug des incirconcis, afin qu'il sache mieux faire la différence de mon service et du service des rois de la terre, et qu'il sente combien mon joug est plus doux et plus supportable que la servitude des hommes. (1)

Heureuses les âmes qui n'ont pas eu besoin de cette expérience pour se détromper elles-mêmes, et à qui il n'a rien coûté pour connaître la vanité du monde, et la triste destinée des plaisirs et des passions injustes! Hélas! puisqu'il faut enfin le mépriser, l'abandonner, s'en désabuser: puisque des jours viendront où nous le trouverons frivole, dégoûtant, insoutenable; où il ne nous restera plus, de ces joies insensées, que les remords cruels de nous y être livrés, que la confusion de les avoir suivies, que les obstacles qu'elles auront laissés dans notre cœur pour !e,

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bien, pourquoi ne pas prévenir de si tristes regrets? pourquoi ne pas faire aujourd'liui ce que nous comptons nous-mêmes qu'il faudra faire un jour? pourquoi attendre que le monde ait fait des plaies profondes dans notre cœur, pour recourir ensuite à des remèdes qui ne nous rétablissent qu'avec plus de peine, et qui nous coûtent au double pour remplacer les pertes que nous avons eu le malheur de faire?

Au fond, nous nous plaignons de quelques dégoûts légers qui accompagnent la vertu ; mais, hélas ! les premiers fidèles, qui sacrifiaient aux maximes de l'Evangile leurs biens, leur réputation, leur fortune, leur vie; qui couraient sur les échafauds confesser Jésus-Christ; qui passaient tous les jours dans les chaînes, dans les prisons, dans les opprobres et dans les souffrances, et à qui il en coûtait tant pour servir Jésus-Christ, se plaignaient-ils des amertumes de son service? lui reprochaient-ils qu'il rendait malheureux ceux qui le servaient? Ah! ils se glorifiaient dans leurs tribulations ; ils préféraient l'opprobre de Jésus-Christ à tous les vains plaisirs de l'Egypte; ils ne comptaient pour rien les roues, les feux et les gibets, dans l'attente de la bienheureuse espérance; ils chantaient des hymnes et des cantiques au milieu des tourments, et regardaient comme un gain la perte de tout pour les intérêts de leur Maître. Quelle vie que la vie de ces hommes infortunés aux yeux de la chair, proscrits, persécutés, chassés de leur patrie, n'ayant pour tout asile que des antres et des cavernes; regardés partout comme l'horreur de l'univers; devenus exécrables à leurs 'amis, à leurs citoyens, à leurs proches! Ils s'estimaient heureux d'appartenir à Jésus-Christ; ils croyaient ne pas acheter assez cher la gloire d'être de ses disciples, et la consolation de prétendre à ses promesses. Et nous, au milieu de trop de commodités de la vie, environnés de trop d'abondance, de prospérité, de gloire ; trouvant peut-être même IV. • 25

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poiirnotrp malheur, dans Ibs api)laudissements du monde, i qui ne peut s'empêcher d'estimer les gens de bien, la récompense de notre vertu ; au milieu de nos proches, de nos enfants, de nos amis, nous nous plaignons quil en* coûte trop pour servir Jésus-Christ; nous murmurons contre les dégoûts et les amertumes légères que nous trouvons dans la vertu; nous nous persuadons presque que Dieu demande trop de ses créatures. Ah! quand on mettra un jour en parallèle ces petits dégoûts que nous exagérons tant, avec les croix, les roues, les feux, et tous les supplices des martyrs; les austérités des anachorètes; les jeûnes, les larmes, les macérations de tant de saints pénitents; ah! nous rougirons alors de nous trouver presque seuls devant Jésus-(]hrist, qui n'avons rien souffert pour lui; à qui son royaume n'a rien coûté, et qui, portant devant son tribunal plus d'iniquités, nous seuls, qu'une infinité de Saints ensemble, ne pouvons pourtant, en rassemblant toutes nos œuvres de piété, les comparer à une seule de leurs violences.

Cessons donc de nous plaindre de Dieu, puiscjuil a tant de raisons de se plaindre de nous mêmes; servons-le comme il veut être servi de nous; s'il nous adoucit le joug, bénissons sa bonté qui ménage ces consolations à notre faiblesse; s'il nous en fait sentir toute la pesanteur, estimons-nous heureux encore qu'à ce prix il veuille bien accepter nos œuvres et nos hommages; recevons de sa main également les consolations et les peines, puisque tout ce qui vient de lui nous conduit également à lui; sachons être, comme l'Apôtre, dans la disette, ou dans l'abondance, pourvu que nous soyons à Jésus-Christ; l'essentiel n'est pas de le servir avec plaisir, c'est de le seryir avec fidélité. Au fond, malgré tous les dégoûts et toutes les répugnances de la vertu, il n'y a pourtant de vrai plaisir qu'à être fidèle à Dieu ; il n'y a de consolation solide qu'à s'attacher à lui. Non. dit le Sage, il vaut]

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encore mieux ne se noiiprir que d'un pain d'absintlie et d'amertume avec la crainte de Dieu, que vivre dans son indignation au milieu des plaisirs et des joies profanes. Hélas! de quelle joie peut-on être capable, quand on est ennemi de Dieu? quel plaisir peut-on goûter, quand on ne porte dans le cœur que le trouble et l'amertume du crime? Non, encore une fois, dit le Sage, il n'y a que la crainte de Dieu toute seule qui sache charmer nos ennuis, adoucir nos moments de tristesse, et nous faire trouver une espèce de douceur à nous entretenir avec nous-mêmes (1); c'est elle qui nous rend la retraite douce, l'intérieiir de nos maisons agréable ; qui nous fait goûter un repos consolant, loin du monde et ses amusements (2) ; c'est elle qui fait passer rapidement les journées, qui occupe paisiblement tous les moments, et qui en nous laissant plus de loisir, nous laisse bien moins de temps et d'ennui que la vie mondaine (3).

Grand Dieu, que le monde fait d'honneur à votre ser vice ! que la destinée des pécheurs est un éloge bien touchant de celle des Justes! que vous savez bien, mon Dieu, tirer votre gloire et votre louange de vos ennemis mêmes ! et que vous laissez peu d'excuses aux âmes qui s'éloignent de vous, puisque vous leur faites, pourles attirer à la vertu, une ressource même de leurs crimes, et que vous vous servez de leurs misères pour les rappeler à vos miséricordes éternelles !

M) Saji,, Mil, il. — (-2) IbkL, m. - (:i) Ihi<l .

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