‹ Lectures sur l'histoire de la médecineChapitre 8 sur 12 · DU DOCTEUR RIBEIRO SANCHEZ · texte numérisé non relu

DU DOCTEUR RIBEIRO SANCHEZ

En n50, Antonio Nunez Ribeiro Sanchez, touchant à la cinquantaine, habitait Paris depuis trois ans. Sa santé, qui n'avait jamais été robuste, laissait plus à désirer que jamais. Il était ridé, amaigri, avait des paroxysmes de toux et de dyspnée dont il attribuait l'origine à un commencement d'asphyxie par les vapeurs de charbon ; tout cela ne l'empêcha pas de devenir octogénaire. A l'époque où nous sommes, Sanchez avait peu écrit, mais son érudition, la largeur de ses vues, la droiture de son jugement et surtout sa douceur et son inépuisable bonté, étaient hautement appréciées par tout le monde. Il avait suivi Boerhaave dont il fut l'ami et l'un des meilleurs élèves, il était lié avec Buffon, Daubenton, Diderot, D'Alembert. Personne n'aurait supposé que ce petit homme souffreteux, dont les yeux seuls avaient conservé une vivacité pleine de finesse, qui partageait son temps entre les œuvres de bienfaisance, la lecture et les spéculations philosophiques, avait eu une existence active et accidentée ; qu'il avait fait preuve à plusieurs reprises d'une force d'àme et d'une énergie à peine croyables ; qu'il avait ressenti le contre-coup immédiat des derniers événements politiques de l'Ëmpire russe.

Appartenant à me famille anciennement israélite de Penamacor, en Portugal, Sanchez avait devant lui, à dix-huit ans, une voie toute tracée. Un de ses oncles, riche avocat de sa ville natale, lui réservait son cabinet et la main de sa fille unique. Les attraits de la jeune personne ne purent vaincre la répugnance instinctive de son cousin pour la chicane; il partit secrètement pour Coïmbre et se mit à étudier la médecine. Par bonheur un autre oncle, médecin lui-môme à Lisbonne, conçut une vive admiration pour une vocation aussi franchement décidée; il réconcilia le fugitif avec sa famille et le recommanda à un praticien de ses amis, le docteur Lopez de Pinho qui lui rendit de sérieux services. A vingt-quatre ans, Sanchez prenait le bonnet de docteur à Salamanque, à vingt-cinq, il était médecin commissionné de la ville de Bonaventi, en Portugal. Ce poste sédentaire et administratif ne donnait pas satisfaction à son besoin de voir et d'apprendre.

Au bout de quelques mois, il quitte de nouveau sa patrie, e rend à Londres, et y travaille deux ans; sa frêle constitution s'accommodant mal des brouillards de la Tamise, il vient à Montpellier, puis à Marseille, où Bertrand lui fait lire les aphorismes de Boerhaave. Sanchez part aussitôt pour Leyde. Là, il étudie la pharmacie avec Gaub, la chimie avec Swieten; mais ce fut à la pathologie qu'il s'appliqua de préférence. Il avait pour Boerhaave un respect filial, pour sa doctrine un enthousiasme qu'il garda toujours. Son assiduité, son intérêt pour les malades, la siireté de sa mémoire avaient vivement frappé le maître. Un jour, en 1731, il lui fit une communication importante : L'impératrice de Russie avait demandé trois médecins de l'Ecole de Leyde. Boerhaave avait pensé à Sanchez et il l'engageait vivement à accepter la situation. — « Mais pour cela, ajouta-t-il, il faut prendre vos grades. — Mes grades? Depuis sept ans, je suis docteur de Salamanque». Flatté de cet aveu, le savant en conçut pour son jeune confrère une estime encore plus vive ; il voulut à toute force qu'il reprît les honoraires payés par lui comme étudiant et lui donna une chaude recommandation pour Bidloo, le fils, premier médecin de la tzarine à Pétersbourg. Sanchez passa en Russie en faisant le bien ; il rendit de nombreux services dans l'organisation de l'enseignement, dans les armées, à la cour. Malgré les exigences d'une pratique étendue, il trouva moyen de faire des études sérieuses sur l'his-

toire naturelle, la physique, la minéralogie, d'entretenir une correspondance assidue avec Gunz, Haller, Weitbrecht, Werlhof. Son dévouement fut singulièrement récompensé : atteint au siège d'Azov d'un accès de fièvre pernicieuse, il fut pillé et perdit même ses papiers; médecin de la cour, il prit possession de sa charge juste à temps pour reconnaître chez l'impératrice Anne de Courlande la présence d'un gros calcul rénal, diagnostic vérifié peu de temps après à l'autopsie.

Lors de la révolution de palais, qui fit monter sur le trône Elisabeth Petrovna, les amis et les protecteurs les plus influents de Sanchez prirent le chemin de la Sibérie. On oublia ses services, on lui sut mauvais gré de sa fidélité au prince déchu et à la régente ; on alla jusqu'à lui reprocher son origine. Il subit tout sans se plaindre et remplit ses fonctions avec la même abnégation. Video et taceo, tel était l'épigraphe d'ua travail qu'il écrivait à ce moment. A la fin un revirement se fit en sa faveur : ayant passé trente jours consécutifs au chevet du duc de Holstein qu'il sauva, on lui olïrit en récompense une place de conseiller d'Etat. Affaibli et profondément blessé des humiliations qu'il avait subies, il ne sollicita que son congé et l'obtint en 1747. Quittant la Russie sans regret et sans amertume, Sanchez ne la perdit jamais de vue; il l'aimait, s'intéressait à ses progrès, à son avenir. Tout ce qu'il a rédigé pour elle depuis son départ est relatif à des améliorations administratives, à des questions d'hygiène ou d'enseignement sur lesquelles on lui demandait des conseils.

Le médecin eût peut-être retourné dans sa patrie, si la hardiesse de ses opinions philosophiques eût été sans danger pour lui. Torquemada était mort depuis longtemps, mais le Saint- Office fonctionnait toujours. Il avait envoyé récemment au bûcher un nombre respectable de juifs mal convertis, parmi lesquels se trouvaient plusieurs de ses amis et de ses parents. La noblesse du caractère, la notoriété scientifique eussent été d'une faible influence sur les décisions du noir tribunal surtout en présence d'un rationalistejudaïsant. Lé savant modeste et bienveillant, qui ne connaît ni le fiel ni la rancune, hait de toutes les forces de son âme l'intolérance organisée, l'inquisition, le fanatisme qui frappe jusque chez les arrières-neveux la religion des ancêtres.

Depuis quelques mois, il s'était fait un changement sérieux dans les affaires intérieures du Portugal. Le comte d'Oeyras, qui

fut plus tard Pombal, Tenait d'être rappelé de Londres, où il était ambassadeur et nommé premier ministre. Dès son arrivée au pouvoir, il se renseigna sur toutes les branches de l'administration, prit les informations nécessaires pour détruire les rouages inutiles et améliorer ce qui pouvait l'être. C'est probablement pour répondre au désir du ministre que le marquis de Souza réclama à Sanchez un mémoire sur l'enseignement et l'organisation de la médecine en Portugal.

Sanehez nous apprend lui même que son mémoire fut composé dans le cours d<î l'année 1752 ; il ne fut imprimé qu'en 1773 en Portugal.

Comme toujours, il ea avait conservé le manuscrit. Cet érudit consciencieux, ce médecin philosophe travaillait par amour du travail sans se demander si ses écrits seraient publiés. Beaucoup ne l'ont jamais été ; heureusement que son ami Andry prit soin de les réunir et de les mettre en ordre. Après la mort de celui-ci, en 1830, le catalogue de sa bibliothèque mentionnait 21 volumes de Ribeiro Sanchez ; 9 ont été achetés par la Faculté de Médecine de Paris; on ne sait ce que sont devenus les autres. Dans un des premiers se trouve le rapport rédigé par ordre de S. M. Très Fidèle sur l'organisation de la médecine en Portugal. L'auteur débute par un tableau peu flatté de ce qui existait dans ce loyaume et surtout à Coïmbre.

« Quand le roi Jean III établit cette université en 1540, dit-il, il y créa, avec l'autorisation du pape, une Faculté de médecine dans laquelle les professeurs enseigneraient publiquement, où les étudiants pourraient prendre les grades de bachelier, de licencié et de docteur. Les maîtres commencèrent leurs leçons d'après les méthodes alors suivies à Paris, Louvain, Bologne, Salamanque. On ne savait rien de la vraie pn/sique, ni de la vraie médecine, encore moins de la chimie. Beaucoup de médicaments aujourd'hui employés étaient ino iinus. L'enseignement se réduisait à expliquer la doctrine d'Hippocrates singulièrement altérée par les arguties de Galien, par les disputes scolastiques des Arabes et de leurs partisans. Et les professeur» étaient obligés d'agir de la sorte, par suite du serment qu'ils faisaient de n'enseigner rien qui ne fiit conforme aux statuts universitaires approuvés par le roi et le pape.

Ils ont été observés jusqu'à ce jour ; pas un maître n'eût été

assez hardi pour commettre un parjure et parler de ce qui ne se trouve pas dans Hippocrate, Galien ou Avicenne.

C'est encore, par suite de ces statuts que tous les élèves immatriculés à la Faculté de médecine sont oblig'^s d'étudier la philosophie scolastique ou péripatôlique et de prendre le degré de bachelier ou de licencié en cette science. En revanche ils n'apprennent ni l'anatomie humaine sur le cadavre , ni la chimie, ni la matière médicale, c'est-à-dire la connaissance des plantes et de leurs propriétés. Dans les deux dernières années seulement, ils voient très superficiellement un peu de pratique à l'hôpital et cela après sept ans d'études ; car il en faut neuf chez nous.

En supposant que cinq ou six professeurs fussent autorisés à enseigner la vraie science, ils rencontreraient des difficultés inurmontables, autant à cause des statuts de l'Université que des gens qui s'y trouvent ecclésiastiqnes ou laïques.

« Pour apprendre ce qui est réellement avantageux aux malades, la philosophie scolastique est inutile ; elle rend l'intelligence impropre à rien découvrir, môme à bien observer l'homme en l'état de santé comme en l'état de maladie.

Le professeur d'anatomie rencontre une opposition décidée parmi les étudiants et tous ceux qui fréquentent l'Université. Ils 88 plaignent de la mauvaise odeur des cadavres, de l'infection que produiraient les autopsies. On a vu tout cela, dit-on, depuis quelque? années à l'hôpital royal de Lisbonne, parce qu'on y a établi des dissections. Ces ignorants ne tieniient pas compte que l'enseignement pratique de l'anatomie n'a lieu qu'en hiver et qu'en se servant à propos de l'éponge on peut prévenir toute mauvaise odeur.

Si le professeur de chimie enseignait qu'une bonne philosophie est le meilleur fondement de la médecine, il ne rencontrerait que des contradicteurs. Il faudrait pourtant que les étudiants pussent avoir, en place des lectures sur les quatre éléments, de? notions sur la végétation, sur les minéraux, les produits qu'on peut en tirer, sur les phénomènes de la fermentalion et de la putréfaction ; il serait bon qu'on traitât tout ce qui touche aux sciences physiques sans syllogismes, sans disputes, sans harangues.

Le professeur de botanique et de matière médicale de Coimbre, n'ayant pas de collection ne peut rien faire de

sérieux. S'il l'essayait il serait vite tourné en ridicule par les

seolastigues pour lesquels cette science est inutile.

Si le professeur de médecine et de diirurgie pratiques enseignait dès la première année au it du malade ; s'il expliquait les causes des affections, montrait à les guérir par les trois grandes classes de moyens dont nous disposons, le régime, les médicaments simples ou composés, les opérations chirurgicales, il deviendrait vite insupportable à ceux qui ont étudié sous les vieux maîtres. »

La conclusion de ce véhément réquisitoire, c'est qu'il était impossible de trouver à Coïmbre les éléments nécessaires pour créer une Faculté où l'on apprît la médecine de Boerhaave que Sîinchez avait étudiée à Leyde, enseignée à Moscou et à Saint-Pétersbourg. « Je ne dis pas, ajoute-l-il, qu'il n'y ait en Portugal des médecins d'une grande valeur, mais leur habileté a ôlé acquise par la pratique ; ils ne sauraient montrer que ce qu'ils savent eux-mi^mes. » On ne peut guère, k cause de cela, compter sur leur concours dans la réforme qu'il propose. Des professeurs nouveaux, imbus d'idées nouvelles, formés par d'aulres méthodes sont absolument nécessaires; il n'y a qu'un moyen pour en avoir : envoyer des jeunes gens distingués dans les meilleures Facultés de médecine de l'Europe, à Leyde, à Edimbourg, à Strasbourg, à, Goattingue. Sanchez prévoit les objections qu'on lui fait, Sera-t-il prudent d'expédier en pays protestant des étudiants catholiques ? Comment vaincre les difficultés résultant des différences de langue? Il répond que chaque année des milliers de Portugais sont appelés par leurs affaires dans des pays de différents cultes et reviennent aussi orthodoxes qu'ils étaient partis; il répond à la seconde objection, en se mettant lui-même à la disposition du gouvernement pour organiser ces colonies et les guider à leur arrivée près des Facultés étrangères. « C'est une tâche que ji; remplirai, dit-il, avec bonheur malgré mes cinquante-trois ans et le délabrement de ma santé. »

Les autres réformes proposées sont tout aussi radicales : il faut changer le mode d'immatriculation, établir un enseignement préparatoire sérieux. Dans chuque ville d'Université les jeunes gens devront étudier préalablement dans un collège de philosophie où ils apprendront la littérature, les langues modernes et les sciences.

Ce travail du resta n'a plus pour nous qu'un faible intérêt, la tourmente révolutionnaire emporta dans la plus grande partie de 1 Europe les institutions que blâmait Sanchez. L'étude des sciences physiques et ravènomeiit définitif de la méthode expérimentale firent le reste ; la doctrine de Boerhaave n'y résista pas. Quand l'anatomie pathologique et la physiologie eurent conquis leur véritable place, les beaux jours des systèmes furent passés ; le génie et l'ardente conviction de Broussais n'ont pu assurer au sien cinq lustres de domination incontestée.

Le manuscrit que nous venons d'inc'iquer est suivi d'un autre plus docirinal et surtout plus actuel. Le seul travail de Sanchez connu chez nous est intitulé : Dissertation sur la maladie vénérienne dans laquelle on prouve qu'elle n'a point été apportée d' Amérique... La première édition parut en 1750, la seconde en 1765. On trouve à la Bibliothèque nationale, un exemplaire de la première corrigé par l'auteur lui-oiême ; il fit des rect'Iicalions mais peu d'additions. En revanche, il obtint après 1765 des documents nouveaux. Son frère, Marcello Sanchez, établi à Naples, lui envoya des renseignements précis sur l'ouvrage de Pelro Tinctor qu'il n'avait pas cité. Quelques feu'Iles de la main de Ribeiro ajoutés à l'exemplaire de la Bibliothèque nationale (édition de 1765) les mentionnent; t'est avec elles qu'il fit paraître: V Examen historique sur la maladie vénérienne en Fji''npt\ Paris Th. Barrois, 1774 qui fut réuni à la dissertation dans l'édition donnée àLeyde, en 1777, par les soins de Gaub.

Dans l'intervalle de 27 ans, qui sépare la première édition de celle de Leyde, l'auteur a eu tout le loisir d'amasser les faits, de les discuter, de fixer leur valeur historique. En parcourant le manubrrit dont nous avons parlé on assiste en quelque sorte à ce travail de compilation et de classement. Sanchez avait des scrupules à peine concevables; combattant avec énergie l'origine américaine admise par les syphiliographes du temps et en particulier par van Swieten, il conserve le sang-froid, ne se sertjamais d'un document do second or.lrc, travers si difficile ;\ éviter dans les péripéties d'une ardente discussion. A l'époque où il préparait l'Examen critique, un médecin portugaisou espagnol établi à, Paris, le lY Alvarez, lui écrivait la lettr(! suivante (14 octobre 1770). « Monsieur, quoiq.ic vous ayez démontré historiquonaent dans la dissertation sur l'origine de la maladie vénérienne,

qu'elle n'avait pas été transportée d'Amérique, je puis vous communiquer une nouvelle preuve qui est incontestable. Après avoir lu Historia novi orbis Pelris Marlyri (où ji^ n'ai pas observé la moindre parole concernant la maladie vénérienne comme vous avez marqué à la page 51 de votre dissertation) j'ai lu aussi ses épîlres dont voici le titre : Opus epislolarum Pétri Mai'lyri, Anglerii mediolanensis. Compluli Ann. Domini M. D XXX. J y ai trouvé fol. xv, Epist. lxvii, liv. i, ce qui suit: (1)

A. Arias, Portugais, professeur de littérature grecque à Salamanque, malade. Tu m'écris en termes désolés, que tu as été atteint de cette affeclion paciiculière îi notre époque que l'on appelle bubas en Espagne, mal français en ralie,que les médecins nomment soit éléphantiasis, soit autrement, et tu te plains de toutes les misères dont tu souffres : Difficulté de mouvoir les articulatioas, faiblesse des ligaments, douleurs intenses dans toutes les jointures, fétidité de la bouche, ulcérations. »

Un historien moins timoré aurait proûté avec empressement de cette trouvaille. Riboiro ne l'a reproduite nulle part : il n'était pas convaincu de la valeur du passage donné. «J'ai consulté, dit-il, la bibliothèque Velus cl nova de Nicolas Antonio, et celle des auteurs portugais, par Barbosa Machado^ pour voir en quelle année Arias Barbosa, professeur de lanque grecque, avait commencé h enseigner à Sa'amanque, mais je n'ai pas trouvé les éclaircissements que je cherchais; pour savoir aussi en quelle année Pierre Martyr était h Jaen, j'ai consulié les Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres, par le P. Niceron, t. XXIII. J'y ai vu que Martyr avait fait la première campagne de Grenade en 1489. Peut-être que pendant ce temps-là, il s'est arrêté à Jaen qui n'est pas très éloigné de Baeça et de Grenade. Je vois en parcourant le reste de sa vie qu'il n'a pas eu occasion de retourner en Andalousie jusqu'en 150:, époque où il fut à Grenade pour les funérailles de la reine Isabelle. »

Le résultat de l'enquête qu'avait faite le savant ne le satisfit point ; les lignes que nous venons de citer sont une simple note à son usage, qui ne devait probablement jamais voir le jour. Il est impossible de deviner avec le texte de son travail les perplexités par lesquelles iU a passé ; il est sec et affir-

(1) Nous donnons la traduction du texte latin cité.

matif : la lettre de Pierre Martyr, est authentique, mais elle a été antidatée.

« Si je voulais m'en prévaloir, dit Sunchez, ni M. Astruc, ni M. le Baioa van Swieten ne pourraient soutenir que la maladie ait été transportée de l'Ile de Sainl-Domingue. Mais je plaide la cause de la vérité de l'histoire et je ne veux pas mendier des preuves qui ne sont pas démonstratives et moins encore sujettes à contradiction. Je sais que la date de cette lettre n'est pas véritable non plus que celle de plusieurs autres de Pierre Martyr, tant dans l'édition d'Alcala que dans celle d'Amsterdam.»

Le procès semble jugé sans appel, par malheur un autre document qui peut avoir un grand poids dans l'espèce, est joint au tarvail de Sanchez; c'est un manuscrit espagnol, dont il n'est nullcpartquestion dans ses ouvrages. Ce manuscrit est-il d'Alvarez? nous ne saurions le dire. L'écriture estferme, régulière, olégante même ; c'est l'œuvre d'un calligraphe habile.

On ne saurait adresser le môme éloge au texte ; la ponctuation n'existe pas; les citations latines et Irançaiscs sont incorrectes à tel point qu'il est parfoi:* difficile de les comprendre. En revanche le castillan est assez pur; il y a bien quelques fautes d'ortliGgraphe mais elles sont rares. L'examen général du document, l'analyse de ses différentes parties semblent indiquer qu'il est dù à un éCi'ivain public de l'époque. Bien mieux, l'auteur semble avoir connu les objections de Sanch^'z relatives àl'épître de Pierre Martyr, il en discute la date, l'authenticité, rapproche avec habileté les textes; il conn.iissait admirablement la littérature historique de l'Espagne et du Portugal de la fin du xv° siècle et du commencement du xvii°. Pouiquoi cherche- t-il le patronage du bénédictin Sarniiento? Il nous le dit en partie vers la fin. Celui-ci avait étudié la question en historien, et l'auteur, qui était médecin, avoue qu'il s'est borné à arranger systômaiiquement ses notes

Les idées défendues sont celles de Sanchez en ce qui concerne l'origine américaine, mais l'auteur moins sévère dans le choix des textes, est aussi beaucoup plus hardi dans leur interprétation. Pour lui dos citations peu probmles des Anciens se rapportent toutes à la sy{)hilis ; c'est un aulacieux en pathologie comme en exégèse, il n'hésite point ,1 regarder la maladie comme une infection d'origine locale et in flammatoire, De tellps idées no sont guère de mise aujourd'hui;

l'assimilalion h la peste d'Athènes à la maladie inguinaire du vu" siècle n'est pas plus soiitenable. Il n'y a dans l'article que deux points intéressants : la discussion relative au texte de Pierre Martyr, et la subtilité de l'argunientuion destinée à démontrer que les premières descriptions s'appliqupnt à une maladie connue en Europe avant le retour de Colomb. Nous donnerons la traduction intégrale ; les problèmes relatifs à la pathologie historique sont si ardus que tout ce qui s'y rapporte a sa valeur. Ce document est-il inédit? Nous ne saurions l'affirmer, n'en connaissant même pas l'auleur. S'il a éié publié il a passé à peu près naperçu puisque les syphiliographes qui ont écrit depuis celte époque ne parlent même pas de Pierre Martyr.

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