‹ Ledru-RollinChapitre 2 sur 4 · I.BBRU*ROLUN S · texte numérisé non relu

I.BBRU*ROLUN S

Il ajoutait que , si les ministres essayaient de renouvelerlascèoe de Manuel et voulaient Tarracber de la tribunei il aurait sur lui deux pistolets pour faire sauter le crâne aux gendarmes qui ose** raient l'empoigner.

Ces promesses étaient fort alléchantes.

Mais Caussidière, ancien accusé, du procès d'avril, se souvenait de son défenseur, n prononça devant les Sarthois le nom de Ledru-Rollin. Ceux-ci allèrent ' aussitôt rendre visite au petit-fils de Cornus, qui accepta la candidature. ,

Il fut chaudement appuyé par M. Trouvé-Chauvel, alors maire du Mans et^ depuis, préfet de police.

Donc» malgré les efforts du National, malgré plusieurs voyages successifs de

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MH. Duclerc, Pagnerre, Thomas et DoN iiès^ qui, en désespoir de cause, avaient été proposer Michel (de Bourges) aux électeurs de la Sarthe, Ledru-RoIIin fut élu, le 25 juillet 184>1, k une majorité de cent vingt-trois voix sur cent vingt-sept votants.

La profession de foi qu'il publia pour la circonstance causa grande esclandre.

a Que serait le suffrage universel, disait Pillustre candidat, s'il n'aboutissait qu'à une transformation du régime représentatif ? un vain mot, un changement de gouvernement et d'état-major! Le pays exige davantage. De redoutables questions ont été posées et veulent être résolues ; de grandes souffrances se sont révélées, et demandent satisfaction. Pour

nous, le peuple c'est tout. 11 ne suffit pas de lui accorder des droits de suffrage. Ce qu'il faut, c'est faire disparaître de notre société les misères qui la rongent, les inégalités qui la déshonorent* £t les tendances qui distinguent le parti démocratique des autres partis, c'^estqu'il veut passer par la question politique pour arriver aux transformations sociales. »

La Cour d'Angers incrimina ces paroles de l'orateur.

! M. Ledru-Rollin, qui avait prononce le discours^ et le journaliste qui l'avait publié furent prévenus Tun et l'autre de provocation k la désobéissance aux lois»

d'attaques contre le principe et la forme du pouvoir établi par la Charte de 1830, d'attaques contre les droits et l'autorité

8â LEDRU-ROLLIN

des Chambres, et enfin d'excitation à Id haine et an mépris da gouvernement dtt roi.

Craignant que le Jury de la Sarthe n*ao quittât M. Ledfu-Rollin, le procureur général requit de la Cour de cassation le renvoi du prévenu devant la Cour d'assises d'Angers, pour cause de suspicion légitime.

Les juges suprêmes autorisèrent ce renvoi, malgré l'entraînante plaidoirie de M<» Ledru, qui voulut défendre sa cause»

et, le 23 novembre 1841, le député de la Sarthe comparut devant la Cour d'assises d'Angers* 1

MU. Odilon Barrot, François Arago^ Berryer et Uarie ra8siH#ij59lc,|W8 ce

ISDftU-ROLilN dd

procès, où tes droits de la souveraineté électorale leur semblaient menacés.

Une foule immense assistait aux di*»

bats.

Il y avait buit chefs d'acousation. Le jury d'Angers rendit un verdict de Doa«* culpabilité sur quatre de ces points, et de culpabilité sur les quatre autres. On condamna Ledru-RoUin, non pour avoir prononcé son discours devant les élec* teurs, puisque le discours n'était pas dé* claré coupable dans la boucbe d'un mem« \ bre du corps législatif; mais pour en ivoir autorisé la publication dans le Courrier de la Sarthe.

La peine de trois mois d'emprisonnement et de cinq mille francs d'amende tut prouoncée contre M. Ledru.

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40 LSDRU-R0LL1N

Un vice de forme arriva fortîi propos et fit annuler par la Cour de cassation Tarrôt de la cour d'Angers. Cette décision nouvelle eut pour résultat définitif d'exempter le tribun de la prison et de l'amende.

A l'ouverture des Chambres, on eut bien un instant le projet d'écarter le nouveau représentant comme indigne; mais la peur du scandale retint le pouvoir, et Ledru fut admis sans trop'd'opposition.

Les enfants perdus de la borde dérno^ *cratique, c'est-k-dire les forcenés qui faisaient feu avant l'ordre, ou les misérables qui recouraient au meurtre pour se dé« faire du roi, trouvaient Ledru-Rollin constamment prêt à les défendre. (

Ce fut lui qui se charge|J^p|m4er de«

LEDftU-ROLLiN il

vant la Cour des pairs pour le fameux Dupoty, prévenu de complicité morale dans Fattentat de Quénisset.

Le 10 mars 1842, Ledru-Rollin débute pour la première fois à la tribune en fla« gellant M. Guizot.

— Voici, lui dit-il, ce que vous avez écrit, avant d'être ministre, sur le parti contre-révolutionnaire^ dont vous êtes aujourd'hui le chef :

« Ce parti proQte de tous les avanta* ges que lui donnent les excès populaires.

Il loue et rallie les penchants honnêtes, les besoins réguliers; il exploite les idées d'ordre, de morale et de religion ; mais elles ne sont pour lui que des forces de circonstance, de nécessité, defituation.

4% LEBEU-EOLLIN

Rendu bientôt à sa vraie nature, il les dédaigne, les méconnaît et les outrage sans cesser de les invoquer, et offre ainsi ce mélange de dépravation et d'hypocrisie, le plus fatal des exemples, comme le plus honteux des jougs, d

Ne trouvez-vous pas admirable ce portrait de Gulzot tracé par lui-même?

Tous ces grands niais solennels de la doctrine avaient quelque peu pataugé dans Tornière démocratique, et Ton y ramassait facilement des verges pour les fouetter.

Réélu par le même collège, à là ses* sien suivante, Le^ru-Rollin prit la parole Q la séance où se discutèrent les pouvoirs et combattit l'élection de Sï* Emile de Girardin*

LEDRU-BOLLIN 43

Il prétendit que le mandat du rédacteur en chef de la Presêe devait être déclaré nul, parce qu'il l'avait obtenu aousun nom qui n'était pas le sien.

Vous savez qu'Emile est excessive* ment rancunier de sa nature : il eut soin, après Février, de couvrir le membre du gouvernement provisoire de son fiel et de ses articles.

En 1843 , Thonneur de porter les premiers coups k la loi de régence échoit tout naturellement à Ledru-RoUin.

Appelant k son secours la dialectique radicale la plus serrée et la plus nerveuse, il démontre que cette loi, purement constitutive, doit être faite par un pouvoir constituant, et soumise ensuite a la sanction du peuple*

U LEBRU-ROLLIN

Cette audacieuse harangue soulève les tempêtes du centre ; mais Torateur domine le tumulte par son accent fougueux :

« Au nom du peuple, crie-t-il, je proeste contre votre loi, qui n'est qu'une insolente usurpation ! >

Sa renommée parlementaire est au comble.

Riche, doué de remarquables avantages extérieurs, âgé de trente-cinq ans k peine, il songe k se marier, et demande la main de mademoiselle Delille, fille du célèbre négociant de la rue de Ghoiseul.

On lui répond par la phr'ase d*usage :

—Monsieur, votre demande nous bo« nore infiniment ; mais. . . ■ \

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— Âh ! il y a UD mais ? dit le représentant radical.

— Oui. Vous êtes républicain, et nous vendons des soieries de luxe. Vos opinions ne cadrent pas avec nos intérêts.

Cette alliance effaroucherait notre clientèle.

— Vous ne savez pas ce que vous refusez, répartit M. Ledru. Je suis ambitieux^ et, sous la République» je serai premier consul.

Être premier consul 1 c'était alors la marotte d'un millier de démocrates, sans compter Tillustre citoyen Bocage.

Nous ne continuerons pas k suivre le député du Mans dans Tarène politique. Il était k peu près le seul membre de la

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gandie qui ttnt haut et ferme le drapeau de la démocratie.

Odilon Barrot lui reprochait amèrc- ; ment de marcher tout seul dans cette route. il

— 11 veut jouer au général, disait- il, et n'a pas même un soldat derrière lui !

Matériellement, le mot pouvait ètro juste.

Aveugle et dépouvu de flair> le chef de la gauche dynastique ne voyait pas et ne lientaitpas la formidable phalange qui combattait avec son collègue et qui écrivait comme devise sur son étendard:

« Haine des classes riches, satisfaction des instincts cupides, d

L'heure venue, Thomme que cet ex* *"

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cellent M. Barrot accusait de marcher seul, n'eut qu'il frapper le sol du pied pour en faire sortir des légions de iHrolétaires et de combattants en guenilles, prêts k se ruer contre la société sansdé^^ fense.

Toujours sur la brèche, Ledru-Rollin portait chaque jour au ministère et k la dynastie elle-même de nouveaux coups, dmt le 34 février révéla tardivement la puissance.

En attendant, il ne se mariait pas.

Soudain, — 6 prodige! car, sur cette noble terre de France, les femmes entasses généralement la République en baioe, ^ une belle et riche héritière fut séduite iMT les idées démocratiques da successeur de Garnier-Pagde, Vék^

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quence avec laquelle il les exprimait en face des hommes du pouvoir excita dans le coeur de la jeune personne des élans sympathiques.

Elle devint amoureuse du député sans rien connaître de lui que son nom et ses discours.

Des amis communs organisèrent une entrevue.

La première rencontre entre la demoiselle et Fillustre tribun eut lieu au Musée pendant FExposition des peintres vi^ vants.

Un coup d'œil rapide fut échangé de part et d'autre ; aucune parole ne fut prononcée, et, moins de six semaines après, la romanesque jeune flîlle s'appelait madame Ledru.

On a dit qu'eUe était Anglaise, c'est une erreur.

Elle est fille d'un Français et d'une An^

Jusqu'à l'âge de quatorze ans, elle fut élevée à Londres, dans la religion protestante, que son mari, peu catholique d'humeur et de principes, n'a pas jugé à propos de lui faire abjurer.

La future n'avait déclaré d'abord que vingt mille livres de rentes; mais, — *0 surprise agréable !— il s'en trouva trentecinq k la signature du contrat.

Messieurs les démocrates ne sont point insepsibles aux caresses de dame Fortime. Us ouvrent volontiers l^s deux mains pour recevoir les dons de Plutus.

On célébra le mariage, le 6 mai 1818»

le. LBDRU-ROLlITf

à la chapelle de la Cbàmbre des députés.

Les témoins de M. Ledru furent Lamartine et François Arago,

Sur les entrefaites, le citoyen Flocon fonda le journal la Réforme^ organe des culotteurs de pipes.

Depuis réchec de la candidature de Garnier-Pagès jeune, au Mans> le National ne pardonnait pas k mettre Ledru. Il oédait à une antipathie qu'on peut appeler d'intuition* Les rédacteurs devinaient qu'k la naissance de la République ce tribun gourmand croquerait les meilleures dragées du baptême.

Armand Marrast et notre déput4 deviii* fini cbaque irar de plus en plos enno^

IBDRU-ROLIIN ftl

S'ils eussent été bretteurs Pun et l'autre, ils auraient eu mille fois l'oceasion de tirer l'épée; mais ils se bornaient prudemment k une dépréciation mutuelle et ^ des calomnies réciproques.

La Providence a toujours voulu que ces héros dtt mensonge social et du boulever* •ement systématique se dévorassent entre eux.

Pendant qu'ils se mordent, pen(!ant qu'ils se couvrent de bave, la société se sauve, et la proie leur échappe.

On comprend que Ledru-Rollin, ennemi de la feuille de la rue Lepelletier, consacra toute son influence et tous ses efforts h assurer le succèsd'Qne boutique rivale.

n LBDaC-ROLLIN

11 ne marchanda pas la Referme et se fit son banquier.

Tout naturellement le nouveau journal n'imita pas l'exemple des autres rédactions, assez perfides ou assez dépour^ vues de goût pour laisser sous le boisseau les harangues de notre orateur. La Béfarme les rapportait in extemot les commentait, les paraphrasait tout au long et les mettait bien au-dessus de celles de Démosthènes et de Robespierre.

Mais chaque coup d'encensoir était une traite tirée sur le chef du parti.

Ledru-RoHin, d'autre part, avait des mœurs fort dispendieuses. Bel homme, beau parleur et lovelace en diable, il ai

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mait les fins dtners, les chevaux/ le théâtre et surtout les coulisses.

Grâce â sa vanité folle , il se trouva constamment à la merci des flatteurs subalternes; il ne savait rien refuser k ceux qui savaient le prendre par ses côtés faibles.

Ce grand et gros homme , k la figure rose et grasse, au profil bourbonnien, prenait des poses â la Canning. Sa redingote était soigneusement boutonnée jusqu'en haut, et sa main droite s'y trou* vait engagée, dans l'attitude favorite des grands orateurs. Il portait la tête en sT'rière, et ne variait jamais son costume, afin de mieux ressembler à Tincorrup* tible Maximilien.

' Pour le dépouiller de son deniier cen-

U LBDftC'ROLLlN

timei il suffisait de rappeler Mirabeau ou Danton.

La besoigneuse Réforme exploitait sa faiblesse et s^appliquait consciencieusement U le ruiner. Sa fortufte patrimoniale et une partie de celle de madame Ledru disparurent bientôt dans ce gouffre.

tl vendit, avec une perte de quatrevingt>mille francs, sa charge d'avocat à la Cour de cassation.

Quand il prononça son dernier plai* doyer devant les juges suprêmes, il leur adressa les adieux d'usage, en avocat bien appris qui veut s'attirer quelques éloges.

Mais le président ne daigna pas lui ré-

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LEDBU-ROLLIN »

pondre^ et tira de son pupitre un arrêt parfaitement étranger h la question» dont il se prit aussitôt à faire lecture.

Jugez de la colère de Torgueilleux tr^ bun, qui aspirait à gouverner la France 1

Tout cela se passait quelques mois avant la révolution de Février.

Nous avons omis de dire que, le 31 Juillet 1846, le deuxième collège de la Sarthe avait continué à maître Ledru son mandat législatif^ malgré la coalition des conservateurs et des légitimistes» qui loi opposaient un des plus riches proprié* taires du département» U. le marquis de Nicolay.

Vainqueur au acrutin» notre héros re« mercia ses mandants par une ebalenreuii

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allocution, dans laquelle il les exhortait à arborer le drapeau de la réforme.

! Il est bon de constater que c'est k mai- : tre Ledru qu'on doit Tinitiative du mouvement réformiste^ que suivirent, comme de francs bestiaux de Panurge, messire Odilon et consorts.

Les malheureux ne devinaient pomt»

au delà du fossé, le casse-cou républi« cain.

Dans les derniers mois de 1847, la po* aition du parti démocratique se dessine d'une façon très vigoureuse au célèbre banquet de Lille.

Obéissant tout k la fois k des idées révolutionnaires et dynastiques 9 Michel- Odilon-Jlorin-Barrot veut y porter d'une

lEDRU-ROLLiN Si

manière indirecte la santé de la monarchie ; mais le tribun radical empêche ce toast, et le chef de la gauche quitte la table, en faisant un éclat qui tourne contre lui.

Les événements se précipitent.

A la veille du triomphe, nos républicains se dévorent avec un surcroit d'acharnement.

Flocon et Ribeyrolles, rédacteurs de la Réforme, accusent le National de trahison, parce qu'il a soutenu les fortifications de Paris. D'autre part, Armand Marrast reproche à Ledru-Rollin ses dettes et ricane sur ses airs de capitan.

i La prose de ces bons démocrates était superbe à lire. ^ , "^

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5S LEPHU-ROLLIN

Cependant q^aiire Ledru , si audacieux en parolea > se montrait fort circon&pect dans Taciion.

Si Gaussidière , son ancien client , qui joignait alors au courtage des vins la propagande de la famélique Réforme, ou quelques autres conspirateurs venaient le supplier de se mettre à leur tête pour renverser le pouvoir, ils recevaient de lui froid accueil.

Pour comble de malheur, la caisse du journal était h sec.

Ayant essayé de relever sa fortune dans une spéculation de terrains > mailrc Ledru n'avait fait qu'accélérer sa ruine.

Il n'était plus en position d'entretenir /a Ué forme ^ qui lui coûtait déjà, pour le

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moins, trois cent mille francs pour l'impression de ses discours : il y avait là tant de républicains à nourrir!

Par quel procédé sortir d'embarras?

Gaussidière bat de nouveau le rappel de la monnaie par toute la France. 11 se présente chez les démocrates naïfs et leur tient à peu près ce langage :

a Adressé k vous par les plus honorables républicains de la capitale, je viens vous annoncer que le salut de la démocratie est menacé dans l'existence du journal la Réforme. Tous les bons citoyens lui ont fait leur offrande; 11 ne reste plus que votre souscription h recueillir. Vous avez vingt-cinq mille francs de rentes, et vous ne voudrez pas,

eO lEBRlJ-ROLLIN

faute d'une misérable somme, empêcher le bonheur du peuple, la grandeur du pays et le triomphe de la vertu.

Nous avons un gouvernement tout préparé, et nous mettrons à sa tête Ledru- RoUin, le plus vertueux des patriotes. »

Un compère était Ik pour dire amen.

C'est Tusage dans toutes les comédies de ce genre, et le Lyonnais Caussidière (on sait qu'un Lyonnais vaut deux Génois et un Génois deux juifs), entr'ouvrait sa chemise pour montrer les cicatrices des blessures reçues à la Croix-Rousse.

Les frères et amis, & ce spectacle, versaient des larmes d'attendrissement, et le propagandiste leur présentait soit un coupon d'action, soit une quittance qu'ils

acceptaient, contre espèces, avec une émotion profonde.

Ainsi vivotait la Réforme^ avec douze ou quinze cents abonnés tout au plus, quand survint la révolution de Février.

Maître Ledru n'avait eu garde de faire le coup de Aisil comme un simple faubourien.

Plus sage et suivant l'exemple de Sosie, il alla prendre dans un des premiers restaurants de la rue Richelieu du courage pournosgens qui se battaieni.

Tout à coup on lui annonce que les députés se rassemblent, et qu'ils vont renouveler, en faveur du comte de Paris, Tescamotage de 1830. *

U boit un dernier verre de Champagne

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63 LBDRU-ROLIIN

et court à la Réforme^ où il reneontre

Caussidière.

— Savee-vous, lui dit-il, qu'on veut reconstituer la royauté? J'apprends k Finstant même qu'ils se disposent Ih-bas à proclamer une loi de régence.

— Ahî croyez-vous? répond ftegmatiqucmentle colosse : elr bien! je vais leur envoyer vingt mille hommes 1 Allez de ce pas à la Chambre ; ma bande y sera aussitôt que vous.

Ledru-Rollln ne perd pas une minute et rejoint ses collègues qui délibèrent entre répouvante et Tincertitude.

« Au nom du peuple partout en armes, s'écrie-t-il, en montrant l'émeute qui envahissait d^k les parties sopMeimBde

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rbémieycle ; au nom du peuple matire de Paris, quoi qu'on fasse, je proteste contre le gouvernement que vous voulez établir! En 1842, lors de la discussion de la loi sur la régence, seul dans cette en« ceinte j*ai déclaré qu'une pareille loi ne pouvait être faite sans un appel au pays.

Depuis deux jours, nous nous battons pour ce droit! Si vous résistez-, si vous prétendez qu'un gouvernement par acclamation, un gouvernement éphémère que le premier souffle peut détruire, existe, nous nous battrons encore au nom de la constitution de 1791 qui plane sur l'histoire. Pas de régence possible d'une façon usurpatrice, h proteste ail nom dtt peuple contre cette uéurpation! »

64 LBDRU-ROLLIN

Cela dit^ le tribun prend avec lui cinquante hommes armés de sabres et de carabines, se dirige sur le ministère de rintérieur» et s'en empare à toute aventure.

La besogne faite, un hideux chiffonnier, qui traînait un grand sabre de cavalerie, se prit k dire :

— Âh ! çk ! nous avons faim, et surtout nous avons soif!

Maître Ledru mande aussitôt M. Ducaurroy, l'intendant du matériel.

— Il faut servir un repas à tous ces braves, lui dit-il. Où est le cuisinier de Tex-ministre?

«— Je rignore, répond M. Ducaurroy.

— Cherches-le I

L£DaU-ROLLIN 6&

Mais le cuisinier ne se trouve pas. Il a disparu dans la bagarre. Sans doute il prend k cœur la chute du trône, et ne veut pas allumer ses fourneaux pour des républicains.

Heureusement on rencontre le cuisinier de M. Passy.

Ce second Vatel, indifférent en matière gouvernementale, ressemblait au berger de Macédoine, qui ne savait pas si Alexan* dre avait remplacé Philippe.

— Nous feras-tu bonne chère? lui de* mandée M. Ledru.

— Oui, si vous me donnez bien de Tar^ gent, répond cet autre Mattre Jacques.

Le nouveau ministre se fouille. 11 avait oublié sa bourse. ^ ,

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eé lebru-roLlin

— Comment faisait Duchâtel? dit-il h rintendant.

— Monsieur Duchâtel payait son dîner.

— Diable! Qu'on m'amène le caissier des fonds secrets/ alors,

— Il est en fuite.

<— Et le directeur de la comptabilité?

~ En fuite ausi.

— Corbleu! je ne puis cependant^ pas laisser mourir de faim tous mes hommes!

dit maître Ledru, fort impatienté de ces obstacles.

Il avise dans le jardin une volière pleine de faisans dorés et une serre où se trouvent beaucoup d'ananaB, d'un aspect très flatteur au coup d'œil.

— Voici le dfner! s'écrie-t-il. Chef, servez des faisans à la purée d'ananas, et visitez les caves de Duchàtell Bien ceriainement elles ne sont pas vides.

Ainsi s'organisa le premier banquet des gardes-du-corps de maitre Ledru.

On sait comment il devint le membre le plus influent du Provisoire.

Sous la pression populaire k laquelle il soumit ses collègues» ceux-ci durent achever de briser le trône, et le fameux billet de Garnier-Pagës k Léon de Malleville prouve suffisamment que la violence s'érigeait en système.

Voici le billet :

€ Mon bon^ les fous que vous savez veulenê proclamer la Régi^Mitm^^

68 leDRU-EOUlN

Aujourd'hui, tous les témoigoages sont acquis à Thistoire : il est avéré que Ledru-Rollin ne pouvait être et ne fut qu'un dictateur ignoble et ridicule.

U travaillait uniquement pour ses intérêts en février, et ne songeait point aux intérêts de la France.

Le jugement de séparation de biens réclamé par sa femme M rendu presque aussitôt après la révolution.

Quinze jours auparavant, dans une assemblée préparatoire à rémeute, quelqu'un fit observer qu'il était trop tôt peut-être et qu'il restait beaucoup de mesures à prendre.

Alors cette exclamation naïve s'i*

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lEBRU-ROLLIN 69

ehappa de la bouche de Ton des conspirateurs : ^'l

c Hais Ledru-RoIIin est pressé I » ^^'■

O CicéroD^ ô Tacite^ ô Corneille, que ,^!

vous avez admirablement dépeint tous '^:

ces béros de l'agitation populaire ! kl

Comme nous Favons dit plus haut, mattre Ledru avait la tête farcie d'épisodes de 93.

Il s'imaginait pouvoir impunément faire rétrograder la France et la reporter au dix-huitième siècle. On l'entendit , le 35 février, manifester, k vingt reprises différentes, son étonnement de ce que la foule n'allait pas briser les presses royalistes, comme elle le fit au 10 août 1*792.

Par suite de son burlesque système

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30 tBBRU-BOUIN

d'archaïsme politique, il institua cette fête du Champ-de-Mars, où Ton promena des jeunes filles vêtues de blanci sur des chariots tratne's par des bœufs aux cornes dorées.

Bisum teneatiSf amîcil

ta France gardera longtemps le sou« venir des commissaires et des sous-commissaires k quarante francs par jour, que maître Ledru avait chargés de la répU' blicaniser.

Ces nobles personnages^ recrutés dans les bas-fonds de la démagogie parisienne, comptaient parmi eux des voleurs de grands chemins et des forçats libérés.

Dans le nombre, il y eut même un pe-

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lit assassin, sous ce pseudonyme d'opéracomique : Riancourt (1).

Et les célèbres bulletins rédigés par un bas-bleu hystérique et par un avocat maladroit, pensez-vous que nous puiseionsles oublier de sitôt?

Les doctrines subversives que prê- <{hffient hautement ces publications insensées effrayèrent h bon droit les Instincts conservateurs et firent prendre en dégoût ce gouvernement de singes qui s'appliquait à imiter en tout les hommes de la première révolution,

(1) Martin, dit Riancourt, sous-commissaire au Havre, ancien forçat accusé de meurtre sur la personne d'un de ses camarades du bagne, qui i*avaii dépisté après Février.

7t LEDRU-ROLLIN

Mattre Ledru, ôomme tous ses confrères du Provisoire, traitait la France en pays conquis. ;

11 poussa rimpudeur et Tabsence de vergogne jusqu'à élever ses domestiques au rang de fonctionnaires.

M. Leroux, mari de la femme de chambre de madame Ledru, fut nommé souschef du matériel ï rintérieur.

Or, aux termes des ordonnances administratives publiées sous le gouvernement corrompu qui venait de tomber, ce poste ne s'obtenait qu'au bout de dix années de service et sur la présentation du diplôme de bachelier es lettres.

La littérature du nouveau fonctionnaire

se trahit, dès le début, par des écarts d'orthographe homériques.

Ayant à dresser un état de fournitures de bureau, notre sous-chef du matériel écrivit en tète :

«CATRES ANCRIÉS.»

Tous les garçons de bureau lui riaient à la barbe,

II n'en continua pas moins k écrire les phrases comme il les prononçait, — et à manger à Toffice avec madame son épouse.

Comme Louis XV, maître Ledru aimait k s'entourer de familiers, de plais valets, de dévouements servilç§j| ,,^)j^,urs sa-

7i IBDRU-ROLliN

tellites , au milieu desquels rayonnait fout k l'aise Tétoile de sod orgueil.

Tous ceux de ses courtisans qui savaient lire et écrire furent décorés du ti^ tre de secrétaire.

Ceux qui possédaient le calcul furent mis h la caisse des fouds secrets.

Enfin, ceux qui étaient complètement sans éducation, furent métamorphosés en estafettes, avec deux cents francs par mois d'honoraires. Ces derniers composèrent même le noyau de cette promotion de gardes mobiles k cheval, que M. Recurt se trouva si embarrassé d'expliquer h la tribune.

Un marchand de vins de Bercy se prc-

-sente, un joufi en garde national, au ministère de rintérieur.

11 a mission de réclamer, au nom de M. Duchàtel, le vin resté dans les caves après le 24 février.

Ce vin était la propriété particulière de l'ex-ministre.

Notre homme tombe au beau milieu des aides de camp de M. Ledru, et les trouve occupés k sabler le Champagne, après un déjeuner succulent.

. La réclamation fait naître parmi les convives unhourrah terrible.

Voyant que la menace n'intimide point le messager, ils changent de tactique et

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le turlupinent de la façon la plus agréable.

De tous côtés pleuvent des exclamations dictées par cet esprit de bon aloi qui ca«ractérise le démocrate pur.

« — Ah! ah! le vin de Ducbâtel !

» — Tu te fourres le doigt dans l'œil, mon vieux I

D — Les caves de ton ex-ministre sont devenues les caves du peuple!

D — Possession vaut titre !

* — Son vin, par exemple !

» — Annonce-lui que nous l'avons mis en bouteilles !

» Vous vous trompez, c'est en cruches qu'il faudra dire! » riposta le garde

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aational de Bercy, s'esquivant après avoir décoché celte flèche de Parthe.

^ Homme irrésolu par excellence, Ledru-Roliin se laissait tirailler de droite et de gauche par les opinions les plus contraires, cédant k Tune, cédant à l'autre, et regardant l'ennemi de la veille comme Fami du lendemain.

Il est avéré qu'il prêta Poreille aux ouvertures de Blanqui pour étouffer la partie saine du gouvernement provisoire.

Hais, faisant presque aussitôt volteface, il obéit k Tinfluence de M. Cartier»

et donna Tordre de battre le rappel, dans la journée du 16 avril.

Aussi Blanqui ne lui pardonne pas, et, toutes les fois que l'occasion s*en pré-

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78 LEbaU-ROlLIN

sente, il s'exprime en termes peu flatteurs sur la conduite de Tillustre tribun.

L'année dernière, il écrivait k Tun de* ses amis :

« C'est pourtant ce crétin-ra qui a tué la République!» .

Entre nous, la mallieureusa aurait eu grand'peine k vivre avec de semblables^ pères nourriciers, qu'ils se nomment Paul ou Jacquesi Blaaqui ou Ledru-Rol* lin.

Du reste, la réaction ne sut ftucuo gré au liuperbe ami de la citoyenne Sand de ses velléités tardives de r epentance,

On lit dans b ComHMionnel du S6 avril 164a:

LEDRU aOLLIN 7Ô

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