LIVRE I
HAUT les Yeux
- Au là-HAUT, noire Terre où veille seul et prie L'hosanna des grands lis pleins d'une eau roide et d'or, Où le lis, ô Dieu père, et Vous, Vierge Marie ! De mon doux premier-né qui se nomme Trésor? —
Or, la veille d'hiver a de doux zéphirs presque Trouvez-vous pas, ô lis I et, vague au loin des prés Soleil d'azur, la lune, à peine et romanesque, A des eaux de marais de roseaux éplorés
Très longue et pâle dame en son manoir moderne Haut en un mont, de sa Terrasse nue, et d'heur Très pleine au haut des prés où son sourire hiverne, Très longue et pâle dame elle parle au Seigneur I
Oh! loin voNT-elles dans les passés et spleens pâles, Les mémoires d'hivers où les mêmes valseurs, — Tournis mous et navrés, — vont des mêmes égales Valses d'ennui, sans paix, et des migraines sœurs :
Alors, n*AVAiT-elle eu le doux amant des mères. Heur ! et, reprie en elle un passé virginal, Quand, des draps relevée, elle avait des prières Très vagues aux grands lis du grand gel hivernal !
Très pâle et longue dame, elle parle, Texsangue Sous les lis : et, sous eux pleins d*une eau roide et d'or, *' Veille en son haut giron, oyant leur vierge langue. Son doux Homme avenir qu'elle appelle Trésor!...
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— Au Ià-H\UT, noire Terre, où veille seul et prie L'hosanna des grands lis pleins d'une eau roide et d'or, Où le lis, ô Dieu père, et Vous, Vierge Marie î De mon doux premier-né qui se nommé Trésor ? —
De sa Terrasse nue et de verdures veuve, Telle, aux grands lis, ainsi que Vierge son lésus, Hausse-T-elle son homme I et leur simplesse neuve Mêle rhomme et les lis de la Terre onques eus.
,. Tout rêves, le noir pense : et la lune, qui noie, — Hors de tout, eau qui lampe et qui rampe, — les lis ! Plane et pâle s'éverse en le noir qui verdoie Sur la Terre et là-HAUT : et, poussés les lapis
De verdures sans noms, — âme des algues, glauque Sous la pâleur de Peau languide, et qu'on voit au Travers, — parle grand Noir devenu prés, non rauque ^ Va MONTANT le Trop-plein de la lune et son eau !...
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Très HAUT va sa prière, et, soupirs de leur Age De vêpres à genoux, les dames des manoirs !
Vont ses soupirs de mère : et, las ! au grand mirage, Oïl, hors les roses, vont les ors, glauques et noirs.
Ne le voiT-elle ouvrir, hoir de vieilles névroses, — Sœur des ailes — ses mains! et, Vous, à son insu,
AuxgrandssourdsYeuxderHomme,ôgrandsoleil sans roses Des malades du spleen des vieux Terroirs issu :
Versez-vous,— lune pâle et païenne ! des glauques, * Pâles et planes eaux l'ample et le seul sommeil Pleind'émoisendessous ! —et, plusHAUT, aux non rauques Grands prés, va la lune ample et reine, son soleil !
le linge lavé
Hors là, dans les prés grands sans eaux et sans ramée, Très dieu^ le lourd soleil aux dièzes de violon Aime et viole la Terre : et, languide, assommée, D^un lourd viol, songe-x-on, large violée, et long, TouxàTerre elle s'ouvre: etdes TaonsvoNT, qui vont...
Mais, les heures, et dur, sous ses poings aux os maigres A moussé le gros linge : et, pâle en les rameaux. Tandis qu'il pleure — ploq, pliq, ploq— et qu'eux, les aigres Ou les sourds,voNT les Taons, sur le ru, glauques eaux, A Pair de nénupiaars la mousse en des roseaux I
32 LÉGetfDE d'aMES ET DE SANGS
Un grand sommeil montait, et deFeauTamour mièvre, Tendresses et gels sourds^ par sa moelle et ses os Aulong'd'elIe:etde sueursqui lui vont^ — mainsetlèvre, Tatait le zigzag grêle aux dégoulinis d'eaux Son sexe de douze ans et le ru de son dos.
Or, sur les reins, et, par désir que, loin, la vienne Trouer quelqu'un de lourd, ses genoux haut levés, Au repos, elle s'ouvre : et, guipure aérienne, Vit aux roseaux la mousse, et des linges lavés Pleure le pleur suave en les airs énrêvés !...
— A huit mois mal venue, et dans TAn de la guerre, D'une mère anémique au rein maigre et peu grand. Avant l'époque a-T -elle, et des paix de naguère Tirée, et sous les pleins soleils, des gels d'ANTAN Vivant en longs ruisseaux par la nuque et le sang :
LE LINGE LkVÈ 33
Sûr ruisseau d'amour, oui ! hors d'elle, prime et vierge, Va le grand sang saigner, mais avant Tàge, mais Trop TÔT : et le Travail qui de ses reins émerge Tord et disloque, et mine, en les odeurs des mais, Sa maigreur d'anémique aux deux Yeux allumés. —
Sous les larmes du linge et la paix des ramures Vrilleetgrouille,endormeur, leTournisdes Taons lourds Tout d'elle s'ouvre et pâme,et,dans de lourds murmures D'humus TINTANT de vie, en spasmes longs et sourds
Travaille dans ses reins le Travail des amours
Très doux voNT-ils, et las, aux rivés des eaux planes, Tous les soupirs et hans ! et par l'aine et les reins Une rage la prend, sous .les Taons mélomanes Ivres de leurs zonzons, de rouler, ô gamms î Sous vos genoux qu'on voit et vos désirs de mains :
34 LÉGENDE d\mES ET DE SANGS
Mais Pair veule l'assomme : et la mémoire seule De sa peau d*anémique au désir ravageur S'éveille et vit le mal : et pâmé, large gueule, Son grand nu d'animal s'ouvre dans sa largeur Aux haleines de Pair et de la Terre en sueur
— Sous la méridienne immense des ramées, MoînsHAUT,moînslargeetgros,ressaimmousansvouloir Vrîllonne, des Taons noirs : et, ses ondes pâmées,
Nappe sa grande paix du vieux ru glauque et noir L'eau de miroir qui songe : et, s'épuise à pleuvoir,
Musique du spleen morne et soupir qui s'exhale, Du linge des rameaux le pleur onques heureux !... Hors là, dans les prés grands le soleil lourd et mâle Triomphe de la Terre : et, plus lassé qu'un preux, Tandis qu'aux nirvanas se plonge l'Amoureux, —