LIEU DE LAURIERS
Or, doux et mêmes, Tous, et ne dira nul œil Qui les Hommes et qui les Vierges, — d'hommes pâles Tous im poilus va morne, et de Vierges, en deuil De quelque dieu, va pâle, en ses peplos non mâles,
Une Théorie ample aux Yeux larges et noirs :
Morne et pâle, et la sœur des lueurs de lune ample Par l'Air d'or elle va, sans aurore et sans soirs, Sous les rameaux d'azur pieux ainsi qu'un Temple.
Sur les gramens ils vont ; et sous leurs peplos longs VoNT-ils asexués, les Vierges et les Hommes, Squs les peplos pâlis d'immenses lunaisons, — Vagues HAUT sur la mer des gramens sans arômes.
Ils VONT par les lauriers et le long paradis Saphiques et divins : et, pour amoureux râles. Pour spasmes et désirs, tout duo d'Yeux pâlis A l'immense union de ses sourires pâles !...
4P L^GE^ïDE d'aMES ET DE SANGS
— TiTant, sur un sopha, sonneur des modes las, Amant des rimes d'or rarissimes et vierges, Dans les rêves le spleen, — du là-HAUT morne et gras, Quand^lourde,ploq,pliq,ploq,ainsiqu'enreau, des verges,
La pluie au long ennui plaque aux ruisseaux, dehors, Sa musique univoque, — ainsi, dans Tinsapide, Dans le mauve et le glauque, et l'azur et les ors. Aux paradis sans noms il va, doux et limpide...
voix d'hommes — dans tout
NulnevoiT — sourds les Yeux — et,voîxsansvoîx, pullule La grande mer du noir ayant pour vagues Tout, Sans phare : et, pas ouïe, une rumeur ulule, — Sœur d'une mer au loin sous le spleen d'un soir mou.
Aussi, l'air a des peurs, et la verdure pousse Très sourde : et, haut et long, voix de Vieux égorgé. Un mauvais Animal en une angoisse glousse, Glousse dans les prés noirs ainsi qu'un enragé !
Aussi, l'horreur ruisselle: et voilà qu'alourdie, Sœur des phrases en pleurs des angélus d'hivers, Une voix longue, longue, une voix psalmodie Sur une vieille gamme une ronde aux vieux vers :
Vous direz à ma mère, ma mère,
de ne s'en mi' mouri' :
le m^en vas dans la mare, la mare,
la mare me péri'
Très longue, elle se tait : mais voilà que, nénîe Montant et mesurée à des sourdeurs de pas, De plusieurs qu'on ne voit, et pleine d'euphonie, Une voix une, haut, resonne le doux glas :
Air et prés elle angoisse : et, pas ouïe, sonore Dans l'inouï de nous et dans l'inexprimé, Hurle dans le pleur long de vagues, et s'éplore Le grand vague du noir de nul phare allumé :
VOIX d'hommes dans tout 43
Morne et roux, règne roi le mois de Vendémiaire Où TOUT se rouille ; où las I mornes et sœurs d'adieu, Vont les rumeurs sur mer et les rumeurs sur Terre, — Marée où les noms vont des Trépassés vers Dieu!...
Plus près, lors, la voix si longue, haut mesurée Aux en-AVANT des pas soulevés en un seul, La voix passe, qui hausse et s'éverse éplorée, — Hors de tout, eau qui va, dans le Noir» vieux aïeul :
Dans les mares, là pousse, là pousse
le nénuphar pâli :
Dans les mares, là glousse, là glousse
la grenouille, ma mi\..
Haut gémie, elle passe : et reprend, pleine et grosse, Des promeneurs non vus et mis au même pas La voix par val et mont : et le râle aussi hausse Du mauvais Animal exaspéré du glas !
44 LÉGENDE d'aMES ET DE SANGS
Par MONT et par val, et par Tout : et tout se passe Aînsi qu'aux songes sourds où sans voix, quoique haut, On appelle ! et, douleur ! où la gorge ample et laSse S'ouvre de noir emplie et du grand O du mot
Qui poigne le hurleur : et, sur des mers, de vagues Se déverse sans paix, morne, impavide et mal. Le Trop-plein monomane : et dans leurs rumeurs vagues Troue et glousse sans paix le pleur de l'Animal...
Or, ainsi que les pas des souliers énergiques, Plus sourde et loin la voix première au loin reprend La nénie aux vieux vers, et, glas doux et magiques, La voix une, grand deuil ! des sonneurs au grand pas
Vous direz à ma mère, ma mère, que Tamour m'a perdu :
lé m'en vas dans la mare, la mare, la mare qui s'englu'...
VOIX D^HOxMMES DANS TOUT 46
Sans plus : la voix s'en va, qui pleure, qui se mouille, Se noie, angoisse et pleur en la gorge enserrés, Dernière rumeur morne au vêpre qui se rouille De l'angelus épars en longs misérérés.
Immense et seule, lors, et, voix sans voix, pullule La grande mer du noir ayant pour vagues tout, Sans phare : et, pas ouïe, une rumeur ulule, — . Sœur d'une mer au loin sous le spleen d'un soir mou :
Air et prés elle noie : et la verdure pousse, Pousse plus sourde aux prés prise de plus de peur Du Vague qui remue : et, haut, l'Animal glousse, Voix de vieillard qu'égorge un innommé Tueur I