‹ Légende d'âmes & de sangs: des versChapitre 8 sur 28 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

les mariés

LA PEUR d'après

Oh quel soiri et quels Yeux elle a vus vivre — glaives, Dans le laisser-aller des hommes mi-grisés :

Oh quel soir ! la migraine aux deux poings inlassés Tape sans paix, sans paix, mère des mornes rêves, Tape sourde au-dessus de ses Yeux harassés.

Qu'oNT-ils, puis où dardés, les Yeux qu'elle a vus vivre Très aigus, et reluis de rires empierrés?

Oh les Yeux! s'éperd Tâme, et, longs misérérés, La migraine ivre et seule en elle poigne, et livre A FAngoisse, aux Terreurs ses rêves désbeutés

LÉGENDE d'aMES ET DE SANGS

Valse pâle et d'ennui : des grands Vins Tâme lourde Traîne une rumeur loin, et mauvaise, de mer Très sourde d^ns le noir sue d^un spleen amer .: A la vierge épousée, à la non -mûre, et sourde Qu^ONT à dire des Vins les voix vagues par Tair ?

Tout valse : Tous les murs, et la lampe, et puis elle Même, valse sans vie ! et, verdure et vieux-ors, Aux Tapis dévale un Trépas de rideaux, hors Tringle : et le mal de mer malmène pêle-mêle La valse sans violons, la valse sans essors

A la simple, à la vierge, à la pâle épousée .

A deux n' AYANT dormi, que murmure des vins Grands l'âme sourde et voix vague des mers aux plains Soirs? L'âme des grands vins murmure à la lassée, Las] — « Remémorez-vous les Yeiïx noirs, lesYeux pleins.

LA PEUR d'après Sj

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Les Yeux pleins du sourire aux plisst^res amères : Oh ! remémore^-voûs, Vierge ! les grartds Yeux soûls D'épaules et de vins : et remémorez-vous De Mère aux Yeux mouillés, de la mère des mères. Les paroles en pleurs pleines de peurs pour vous :

Oh ! remémorez-vous ! » — murmure, qui l'immerge, La voix ! et d'une envie immense de vomir Soulevée en avant, et malade à gémir, La vierge se rappelle et, sans savoir, moins vierge, A la vague douleur de douleurs à venir.

Transe immense, une eau glauque, une eau molle d'angoisse Par sa nuque ruisselle, ainsi qu'au sommeil où, Tiède et large, hors d'elle, et plein de vie et mou, S'en alla, noir grouillis, du sang impur qui poisse : Mille lèvres, et puis des mains sur ses genoux I...

LÉGENDE d\mES ET DE SANGS

Or, MONTANT, la migraine, — oh I la mère des rêves

Qu'on rêve les Yeux grands I —peuple d'hommes et dYeux

La valse des murs las : et dans ses seins pulpeux,

Onde d'émoi qui va, la peur, hojreur des grèves,

La peur de THomme gèle — et de ses Yeux hideux :

A la pâle épousée, à la vierge, à la pure,

Murmure quoi, la peur deTHomme aux Yeux mauvais?

A la non-mûre, et sourde, et digne des avés,

La peur qu^elle a de l'Homme à voix sourde murmure

— « Tant a plu de soleil sur les prés énervés,...

Tant a plu de soleil sur la veule verdure,

O remémorez- vous! » — et, vierge qui n'aima,

Murmure-T-elle, ayant mémoire : Ma mammal...

Oh ! mamma I mot qui pleure, oh I mamma, doux murmure

Au seul guérisseur, et que la peur exhuma.

LA PEUR d'après 5 9

Tant a plu de soleil sur les prés noirs de hâle, Qu'aux Yeux épars il passe, et dans les nœuds du dos, Une onde galvanique aux émois de pianos :

Vierges ! avez- vous vu, — souvenir haut qui râle — Avez-vous vu la Taure en proie aux grands Taureaux?...

...Transe roide:TouTpleure, etTOUT-.Mamma! ma mère,. Voix de violons noirs, voix en larmes d'où sourd Des désillusions le grand pleur : et, plus lourd. Le poing de la migraine, âpre et noire mégère. Tape sur ses deux Yeux ainsi qu'un sourd, qu'un sourd I

messe d'heure grise

Quand, longue, a sonné l'heure, oh ! longue ainsi qu'un glas Un long Temps repleuré dans l'ennui de l'église, Très doux, il a levé vers le grand lieu ses pas, Maigre et verdegrisé par l'âpre aurore grise...

Pour marquer qu'il se voile aux regards dissolus Des èves, il a mis ses mains sur sa mamelle : Dans le lin qui ne sied qu'aux hommes impollus Il va, sans peur du Mal qui lui mord sa semelle.

Sur le lin il a mis, les mains pures par Teau

De sel, le Tissu d'or et d'or le manipule :

Or, de Thérèse, vierge, il a lu dans TOrdo

Le nom plus doux qu'un miel que le Dieu-roi module.

« Tandis que mon doux Roi sur Ti voire a dormi

Sur lui le nard a plu de mon épaule nue ; Levez-vous, mon Aimée ! et venez à TAmi, O Vous qui m'odorez et de nard et de rue »

Les mains sur sa mamelle il passe d'un pied doux : .... « Or, il ira, de peur qu'il ne saigne à la pierre, Soulevé par un ange au pli de ses genoux.... » Selon le vœu du Dieu qui pèsera la Terre

Tout à son songe, et plein de la suave odeur Que le Sang de l'époux à l'Ame épouse exhale. Priez I — il s'agenouille : et la divine ardeur Sur le dernier degré dévore haut son hâle.

MESSE d'heure grisb 63

Sur lui, signe à rêver de PAme que l'essbr Soulève aux régions de Thérèse ravie, De six lampes, épars leur rêve et leur grand or, Très vive, Thuile pure use. en soupirs sa vie,

Très HAUT : et, de manière, âmes lourdes I que, quand Tourné vers son doux peuple il suppliera leur âme. Il la verra mourir prise d'un grand élan, L'âme des lampes d'or qui d'amour pur se pâme !

Puis, aux murs, il verra la Vie en pleurs ou non . De THalmah, Vierge-née et Mère sans souillure; De la Vierge Marie augure par son nom, Qui rappelle Tespoir et des mers la salure :

Oui, roses neuves la Douleur, et lis TArdeur

Alors, pâle endormi qui dans midi s'éveille, Il se signe soudain d'un signe plein d'ampleur : « Il ira vers son Dieu, le Dieu qui l'ensoleille !

LEGENDE d'aMES KT DE SANGS

« De la poudre sa voix vous parle, Seigneur Dieu ! Il a plié ses reins sous la gloire de THomme : Oh ! regardez son deuil, et levez-vous un peu, Vous que la Terre adore et que la Vague nomme !

a Sur la Harpe il dira vos louanges, Seigneur I Sur la Harpe à l'aurore et la Harpe en sa veille Dans le nard et la rue à la suave odeur Il ira vers son Dieu, le Dieu qui Tensoleille I »

Pâle, où des Trônes vont, vagues et non sonnés, Les pieds ! il a gravi lois de Tous et de Terre : Puis, la mémoire en lui des preux aux lions donnés, Sur la nappe posé sa lèvre qui révère...

Des reliques Todeur le grise ainsi que vins : Il priera sa prière aussi haut que Thérèse, Que par sa gorge aride un ange aux Yeux divins Traversa d'un grand glaive et qui se pâma d'aise !

MESSE d'heure GRISE 65

Ainsi qu'une huile d'or pure selon son vœu, Va dans lui le Seigneur : aussi, l'âme empressée, Tourné vers son doux peuple il le salue en Dieu : « Que Dieu demeure en eux et veille en leur pensée ! »

Très-ample, lors, il s'ouvre : et là, larmiers mi-noirs De sommeils mal dormis et de Travaux en elles, Ou Torses élargis d'épousailles les soirs, Des vierges large odore, et des mères sensuelles

Vers lui, le Vase d'où tout Mal, au pied des murs Des Vierges engravés ! et leur lèvre pleureuse. Ayant des souvenirs qu'aux pieds du Pur des purs Pria la Magdeleîne à la lèvre amoureuse :

Mais, en l'arôme mal de saphiques amours Qui, Torpeur remuée, ainsi que soupirs passe Par les églises d'or, si par quelques soirs lourds A le rêve mauvais de la migraine lasse

Pesé sur sa pensée et son sang qui n*aima :

Très dur, il a sondé les reins et les mamelles ; Vierge, il n*adorera que la Vierge, THalma Que range du Seigneur a voilé de ses ailes l

Sur la pierre du rêve il a, le regard dur, .

Disséqué les roseurs et Tâme des humaines :

I] en garde à ses mains Todeur d'un sang impur, Sœur d'une odeur de Terre où l'on a mis des graines.

Dans Tangoisse-et les pleurs, sur sa langue il a mis Le sel de la sagesse au milieu des alarmes ; Sans mère, sans amours, sans père, sans amis, Il a mangé le pain à la saveur de larmes...

... Aussi, Dieu dans ses reins, Dieu dans ses reins, aussi, Mauvaises les voix-il, elles que rien n'épure : Tranquille, il va de Paul qui parle au peuple ainsi Lire la parole ample où s'épand Thuile pure :

MESSE d'heure GRISE ÇiJ

«... Peuple! à sa vigne Dieu pread le moindre ouvrier : Mais des anges sans sexe en les harpes prospères Haut sera THosanna, quand sans se marier Un homm« passera parmi l'exil des Terres ! »

les vierges roides

Tisserandes d'oiseaux et de roses, pour elles Vaut-îI mieux, ô gardiens, Mères vieilles, vieux Yeux! Ne songer les Yeux grands sur la gloire des ailes Hors des laines vivant, quand M^i, vierges et grêles, Pend aux marronniers lourds leurs grappes sexuelles,

Pâles ou rouge-sang sous les soleils heureux.

70 LEGENDE d'aMES ET DE SANGS

Torpeur d'angelus vieux en les Toiles à voile Tintant, et les sergés où des rameaux aqueux, Un grand rêve s^ennuie : et, vierges dans la moelle, Des seules Vierges, sœurs de plume ei vierge Toile Rêvé, rinéprouvé passe et se mi-dévoile,

Plus morne que marais, et plein de Mal plus qu'eux !

Aussi, sous les soleils et près des pas des Mères, Va languide, s'en va la Théorie, aux Yeux Très las, des pauvres, des Très-laides, des amères, Morne et seule ! et le hâle oti Ton voit des prières Montant les solennise : ô, moqué des vulgaires,

O hâle de la vierge aux espoirs gris et vieux !.

— Trémolo pluvial au haut des Tuileries

De soleil long dardé, derrière elles s^épand

La gloire des zéphirs et des glauqueurs mûries :

LES VIERGES ROIbES 7 1

Maïs la dernière va des mornes Théories

Plus roide que l'Aiguille aux lignes non perles,

Que le rais de Soleil du Nil magique et grand ! —

Très vierges, et les Yeux vers Pennui de la Terre Tirés sous l'œil de THomme, elles vont ; et le las, Très las rêve d'œil pâle et de mamelle amère Dans un roide en-AVANT de? vieux Visionnaire Pousse leur pas spleenique : et la pâleur lunaire

Règne, eau vague, à leur lèvre exsangue et sans soûlas

Très vierges elles vont, s'en vont : et, gros de houle, ' Traversé des galops or et noir des landaus, TouT-Paris s'énamoure, et le plaisir l'engoule : Vie et vie I et la neige odorée, et qui soûle Très doux, des marronniers, plumes ou rouge roule,

Roule sur Tout- Paris ivre de renouveaux l

Mais, sans heur, hors de Vie, esseulé dans les poses Qu'ont les ouailles, les soirs, se ramasse et va las LeTroupeau maigre, ayant pleuré, des Yeux sans roses, Morne! et, las mal railleur, sous leurs angles moroses Vont leurs Travaux en les lieux vierges, les névroses :

1res de Terre saine où le grain ne va pas !...

Moins HAUT lors, rheure émue : et, lasse vire-vousse,

Vont arrière leurs pas les Vierges aux amers.

Très amers Yeux songeurs; et nul émoi n'émousse,

Dans le Tendre du soir à la prière rousse,

Leurs angles nus de pierre où rien de doux ne pousse, —

Odes roques nu morne où passe Teau des mers !

Vierges à marier, elles vont, s'en vont : houle, Très veule houle où va la langueur des landaus, Tout- Paris las s'apaise, et le repos l'engoule .

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