LE DÉNOMBREMENT
On se metlait en route à l'heure où le jour naît.
Le bagage marchait le premier, puis venait
Le gros des nations, foule au hasard semée.
Qui faisait à peu près la moitié de l'armée. [bruit,
Dire leurs noms, leurs cris, leurs chants, leurs pas, leur
Serait vouloir compter les souffles de la nuit ;
Les peuples n'ont pas tous les mêmes mœurs ; les Scythes,
3 1 . On se mettait en marche 36. Autant vouloir
vince de la Perse... Ainsi les coupables et ceux qui n'ont point failly entreront indifféremment dans la servitude. » Hérodote, VII, 8. A ce souvenir lointain d'Hérodote, puisque Y . Hugo a composé ces 3o premiers vers à Paris, le poète ajoute sa coutumière opposition de l'ombre et de la lumière.
3i. « On fit partir IWrmée aussi-tost que le jour commença à poindre. » Hérodote, VII, 43.
33-34. « Le bagage marcbolt le premier, il estoit suivy de troupes composées de diverses nations, qui marclioient pesle-mesle, et qui faisoient plus de la moitié de l'Armée. « Hérodote, VII, /(O.
35-36. Cf. en fin de compte, l'embarras d'Hérodote lui-même^ VII, i86 et 187, qui, après avoir dénombré exactement » deux millions trois cens dix-sept mille six cens dix hommes » pour l'armée d'Asie, avoue que, pour le reste, « il est mal aisé d'en parler autrement qu'en général et par opinion», et qui, à propos des concubines, des femmes qui faisaient le pain, des eunuques, des charrettes de bagage, des bêtes de somme et des chiens indiens qui étaient dans l'armée, déclare qu' « il n'y a personne qui en puisse rien assurer ».
37-39. Les Scythes... vont tout nus. II ne faut pas chercher ici un souvenir précis d'Hérodote. Hérodote, au livre IV' de ses Histoires, parle longuement des Scythes : il les peint comme des barbares et des sauvages. Ovide, qui a vécu chez une population scythe, les Gètes, se sert constamment des épilhètcs de squalidi, hirsuti, pclliti r
LES TROIS CENTS. i65
Qui font à l'Occident de sanglantes visites,
Vont tout nus; le Macron, qui du Scythe est rival,
A pour casque une peau de tète de cheval 't»
Dont il a sur le front les deux oreilles droites ;
Ceux de Paphlagonie ont des bottes étroites
De peau tigrée, avec des clous sous les talons,
Et leurs arcs sont très-courts et leurs dards sont très-longs;
Les Daces, dont les rois ont pour palais un bouge, 45
/ à ceux du Sud féroces
'6S. Qui font < aux nations de farouches visites
' au yenre humain 44. Et leurs dards sont très court? et leurs arcs sont très longs;
l'exagération du poète a son point de départ dans ces souvenirs classiques.
39-4 1. Hérodote nous apprend que les Macroiis étaient armés comme les Mosques, et que « les Mosques portoicnt en teste une façon de bonnets faits de bois », VII, 78. C'est à la description de l'armement des Ethiopiens d'Asie que V. Hugo emprunte la peau de tête de cheval et les deux oreilles droites : « Les Ethiopiens de l'Asie étoient armés à la façon des Indiens, ils portoient en guise de casque une peau de tète de cheval, avec les oreilles et le crin qui leur servait de pennachcs : les oreilles du cheval demeuroient droites sur leur teste >■>, VU, 70.
42-43. « Les Paphlagoniens... avoicnt des bottines qui montoient jusqu'à la moitié de la jambe », Hérodote, VII, 72. « Il faisoit beau voir les Saranges... chaussez de botincs garnies de petits doux de fer qui leur montoient juscpi'au genouïl », Hérodote, VII, 67. Le texte grec porte simplement r.éoikx o'i i; '{6yj àvaTîîvovTa si/ov : les doux de fer sont une addition de la traduction Du Ryer. V. Hugo a transporté le détail pittoresque, donné par Du Rycr, des Saranges aux Paphlagoniens, dont le nom est plus sonore.
44. « Leurs dards estoient courts, leurs arcs estoient longs », Hérodote, VU, 61. Telle était aussi la première rédaction du manuscrit. Encore un glissement : cette particularité s'applique dans Hérodote à l'armement des Perses.
45-46. Les Daces... Il n'est pas question des Daces, dans Hérodote, mais il y est parlé des Saces. Ici encore V. Hugo est influencé par les souvenirs classiques : il est question des Daces maintes fois dans Horace, et dans Stace.
Les Daces ont j)u orienter la pensée de \ . Hugo vers les cabanes des
l66 APRÈS LES DIEUX, LES ROIS.
Ont la moitié du corps peinte en blanc, l'autre en rouge,
Le Sogde emmène en guerre un singe, Béhémos,
Devant lequel l'augure inquiet dit des mots
Ténébreux, et pareils aux couleuvres sinistres ;
On voit passer parmi les tambours et les cistres 5o
Les deux sortes de fils du vieil Elhiopus,
Ceux-ci les cheveux plats, ceux-là les fronts crépus ;
Les Bars au turban vert viennent des deux Chaldées ;
U"]. ... un démon, Béhémos.