‹ Légende des sièclesChapitre 133 sur 277 · piliers, cordages, pyramides · texte numérisé non relu

piliers, cordages, pyramides

a4o. La pièce se terminait tout d'abord par ces quatre vers ; Et de cette façon la mer fut importune ; Alors le grand Xercès, sombre, insulta Neptune. Cria : Tu n'es que dieu, je suis roi ! Souviens-t-en. Et fit donner cent coups de fouet à l'Océan. La correction donna trois cents coups de fouet est répétée deux fois, et de plus on lit en marge ;

Alors le roi sublime Fit donner trois cents coups de fouet à l'Océan, avec cette indication : Trois cents coups de fouet. Hérodote Pohmnie.

2l^l■^2!^!^. V. Hugo résume en trois vers un assez long passage d'Hérodote : « Xercès se mit en colère à cette triste nouvelle, et commanda qu'on donnast trois cens coups de fouet à l'Hellespont, et qu'on jettast dans cette mer deux paires de ces sortes de fer qu'on métaux pieds des criminels. J'ay mesme oviy dire qu'il envoya outre cela des fers ardens, avec lesquels on les note d'infamie. Au moins il est certain qu'il commanda qu'on donnast des soufflets à l'Hellespont en disant ces paroles barbares et extravagantes. 0 amères . eaux, le Prince vous a condamnées à ce chastiment, parce que vous l'avez offensé, sans qu'il vous en ait donné sujet. Mais en dépit de vous, il passera par dessus vous, et comme vous estes trompeuses et amères, c'est avec raison que personne ne vous fait des sacriGccs. » Hérodote, VU, 35.

Cria : — Tu n'es qu'un gouffre, et je t'insulte, abîme ! Moi je suis le sommet. Lâche mer^ souviens-l'en. — Et donna trois cents coups de fouet à l'Océan.

Et chacun de ces coups de fouet toucha Neptune. a'iS

Alors ce dieu, qu'adore et que sert la Fortune, Mouvante comme lui, créa Léonidas, Et de ces trois cents coups il fit trois cents soldats, Gardiens des monts, gardiens des lois, gardiens des villes, Et Xercès les trouva debout aux Thermopyles. 2:10

24a. a) Cria : Tu n'es qu'un gouffre et je suis une cime.

6) Cria : î\ter, lu n'es rien qu'une onde infime De plus, on lit au bas de la page : [Et je te châtie abîme]. a43. Or je suis an sommet.

Date du manuscrit: H. H. 2 /j juin 1878. Sous la date est inscrit : Xercès fit donner trois cents coups de fouet à l'Hellespont (Hérodote. Polymnie).

NOTICE

Des Histoires d'Hérodote V. Hugo a tiré trois pièces : les Trois Cents, le Détroit de l'Euripe, les Bannis. Les Trois Cents, où les idées générales apparaissent peu nombreusos, sont une synthèse brillante des traits de pittoresque fournis par le conteur grec : une grande part du texte même de Du Ryer a été utilisée par le poète. 11 y a déjà dans les Bannis plus d'invention personnelle, plus de lyrisme: la personne de l'exilé s'y devine. Le Détroit de VEuripe, composé six mois après les Trois Cents et les Bannis, n'offre plus avec Hérodote qu'une lointaine ressemblance : la déformation a pris de plus grandes proportions. Ce n'est plus Thémistocle qui parle ici, c'est V. Hugo.

Hérodote, dans le huitième livre, exposait le débat qui eut lieu entre les capitaines de l'armée alliée des Grecs: les uns voulaient combattre sur terre, les autres sur mer, et certains voulaient tenter de profiter de la nuit pour faire fuir leurs vaisseaux. Ce passage d'Hérodote est l'un des rares qui aient vraiment le ton de l'histoire. Point de descriptions, point de décor, nous savons seulement qu'il fait nuit. Les discours sont brefs, d'ordre pratique : les chances d'un combat sur mer et sur terre sont discutées stratégiquement, la question des alliances et des défections abordée dans ses conséquences immédiates : ce qui est dit des oracles et de la divinité ne dépasse pas la mesure de ce qu'un capitaine grec en aurait pu dire dans une circonstance aussi critique.

V. Hugo a cette fois singulii rcmcnt altéré la physionomie du récit d'Hérodote : il a tout dabord insisté sur le décor nocturne, il a vu la flotte à l'ancre sous les étoiles, et tiré des symboles de l'obscu-

igo APRÈS LES DIEUX, LES ROIS.

rite qui planait sur les choses et sur les hommes. Au lieu du Thémistocle diplomate à la fois net et avisé que nous présentait Hérodote, au lieu du Grec respectueux de ses dieux, V. Hugo nous a présenté un prophète grandiloquent qui menace irrévérencieusement.

« Et certes, disait Thémistocle dans Hérodote, quand les hommes suivent les conseils raisonnables, ils en voyent naître ordinairement de bons succez ; mais quand ils se proposent des choses qui n'ont ny raison, ny apparence. Dieu se retire d'avec eux, et comme s'il appréhendoit de se rendre coupable des mauvais événements, il résiste au dessein des hommes et ne veut point consentir aux délibérations humaines. »

Le Thémistocle de V. Hugo se moque des augures et « crache au visage du destin ». Cette violence est bien peu grecque ! et ce qui sans doute est encore moins dans l'esprit de l'antiquité, c'est le discours humanitaire contre la guerre, tenu par Le prêtre, et qui tout d'abord était dans la bouche de Thémistocle. La correction tardive a supprimé ce qu'il y avait d'illogique à prêter de pareilles théories à un capitaine qui demandait le combat immédiat ; mais elle n'en laisse pas moins subsister dans le poème un développement qui demeure en Grèce, même dans la bouche d'un prêtre, un sacrilège »?t une invraisemblance.

Somme toute, il est arrivé à V. Hugo pour l'inspiration grecque ce qui lui est arrivé pour l'inspiration espagnole. Retrempée aux sources primitives, son imagination non seulement garde d'abord, mais encore accentue la couleur des textes dont il s'inspire : puis peu à peu sa pensée s'affranchit des premières impressions. Il y a, sinon des .sentiments, du moins un ensemble de visions antiques dans les Trois Cents composés en juin 1873 dans le voisinage d'Hérodote : en décembre de la môme année l'altération est déjà manifeste. Et combien elle est plus grande quand le sujet n'a pas de point de départ historique ! Que de libertés prises dans le poème d'amour intitulé En Grèce (juillet 1873), dans ÏAsclépiade, l'Aristophane, le Bion et le Moschus du Groupe des Idylles (1874-1877)!

11 faisait nuit ; le ciel sinistre était sublime ;

La terre offrait sa brume et la mer son abîme.

Voici la question qui se posait devant

Des hommes secoués par l'onde et par le vent :

Faut-il fuir le détroit d'Euripe? Y faut-il faire 5

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