Est sur le tremblement mystérieux des ondes
67. La pièce devait être d'abord plus courte ; dans le manuscrit, après le yers 66, on lit ces six vers qu'on retrouve en partie dans la conclusion : ( ce roi fatal, Attaquons donc ici \ ce sombre roi, contraint
' ce ravageur.
De confier sa Hotte au détroit qui l'étreint, Et nous le chasserons de la Grèce. 11 est sage
D'être liardi De tout risquer; vaincu, moi je crache au visage Du destin, et, vainqueur, et mon pays sauvé, J'entre au temple, et je baise à genoux le pavé. Gloire aux Dieux
UN PRKTRE.
Ce n'est point pour l'IIadès, trop pressé de s'ouvrir,
Que la nature, source et principe des choses,
Tend sa triple mamelle à tant de bouches roses ;
Elle n'a point pour but le monstrueux tombeau ;
Elle hait l'affreux Mars souiïlant sur son flambeau ; 80
Tendre, elle donne, au seuil des jours pleins de chimères,
Pour berceuse aux enfants l'espérance des mères,
Et le glaive farouche est par elle abhorré
Quand elle fait jaillir des seins le lait sacré.
THEMISTOCLE,
Prêtre, je sais cela. Mais la patrie existe. 85
Pour les vaincus, la lutte est un grand bonheur triste
Un prêtre. Tout le discours était d'abord dans la bouche du seul Théluistocle et le développement se présentait ainsi :
Ce n'est point pour Hadès, trop pressé de s'ouvrir, Que la nature, source et principe des choses, Presse tant de seins blancs sur Tend sa triple mamelle à tant de bouches roses, Et le glaive farouche est par elle abhorré,
partout jaillir Quand son doigt fait jaillir des seins le lait sacré.
pas Je ne l'ignore point, mais la patrie existe;
lutte Pour les vaincus, la guerre est un grand bonheur triste, Qu'il faut faire durer le plus longtemps qu'on peut.
des maux et Et qu'elle donne, aux seuils des jours pleins de chimères, Pour berceuse aux enfants l'espérance des mères. Thésiistocle. Même après la correction des vers de la précédente variante, remplacés par les vers 76-80, le discours restait dans la bouche de Thémistoclc : le vers 81 commençait encore ainsi : Je ne l'ignore point.
Le nom des interlocuteurs a été introduit après coup entre les vers ^5 et 76, 84 et 85.
Qu'il faut faire durer le plus longtemps qu'on peut.
Tâchons de faire au fil des Parques un tel nœud
Que leur fatal rouet déconcerté s'arrête.
Ici nous couvrons tout, de l'Eubée à la Crète ; 90
C'est donc ici qu'il faut frapper ce roi, contraint
De confier sa flotte au détroit qui l'étreint ;
Nous sommes peu nombreux, mais profitons de l'ombre;
La grande audace peut cacher le petit nombre.
Et d'ailleurs à la mort nous irons radieux, 95
Montrons nos cœurs vaillants à ce grand ciel plein d'yeux.
Si l'abîme est obscur, les étoiles sont claires ;
Les heures noires sont de bonnes conseillères,
0 rois, et je reçois volontiers de la nuit
L'avis sombre qui fait que l'ennemi s'enfuit. 100
Par le tombeau béant je me laisse convaincre;
Consentir à mourir c'est consentir à vaincre ;
La tombe est la maison du pâle sphinx guerrier
Qui promet un cyprès et qui donne un laurier ;
Elle se ferme au brave osant heurter sa porte ; io5
Car, devant un héros, la mort est la moins forte.
C'est pourquoi ceux qui sont imprudents ont raison.
Les deux mille vaisseaux qu'on voit à l'horizon
Ne me font pas peur. J'ai nos quatre cents galères.
L'onde, l'ombre, l'écueil, le vent, et nos colères. no
Il est temps que les dieux nous aident, et d'ailleurs
Nous serons pires, nous, s'ils ne sont pas meilleurs.