Cf. Notice des Trois Cents, p. lôi
2. C'est ce qu'il a fait antérieurement dans les Contemplalions : la plupart des dates données aux poèmes des Contemplalions par V. Hugo s'expliquent par là. Cf. Paul Berret, Revue universitaire du i5 juin igiS : Une méthode critique pour l'explication des Contemplations. Sans sen douter M. Perdrizet a fait comme le poète des Contemplalions, en proposant pour les Bannis la date de 1867. A noire avis, d'ailleurs, ce n'est pas à cette date que s'est reportée la pensée de V. Hugo, et Méphialtc n'est pas Garibaldi.
LES BANx>.lS. 207
sa plume : il voit Dcmarate et Dicée, exiles sur une grève, comme lui-même à Jersey : et, sans penser que la plaine thriasienne est une des plus fertiles de l'Attique il écrit
Car on nous a bannis aux sables de Thryos.
Et toutes ses pensées de proscrit affluent ; il songe aux premiers temps de l'exil, oi!i les rumeurs venues de France gonflaient son âme d'espérance, où il méditait, avec angoisse, sur le sort de sa patrie asservie par un tyran qu'il n'a cessé de comparer aux despotes asiatiques.
Dès lors, il songe à changer les noms : Dicée et Demarate font place à Cynthœus et à Mephialte. Sur Gynthœus, sur Apollon Cynthée, il n'y a pas de doute possible : il s'agit du poète lui-même. Mais qui donc est Mephialte, ce nom qui rappelle celui du traître Ephialtes et qui, par ailleurs, évoque l'antique Mephitis, la déesse des pestilences ? Le proscrit avec lequel Hugo dissertait du sort de la patrie sur la grève de Saraarez était Pierre Leroux'. Nous avons exposé ailleurs quelle fut la singularité des rapports qui unirent Pierre Leroux et V. Hugo-. Il y avait des côtés par où ils se méprisaient et se détestaient mutuellement. A la date des Bannis, Pierre Leroux était mort depuis deux ans, en 1871. Sans doute il v a, dans le choix du nom de Mephialte, un de ces traits de lointaine rancune dont V. Hugo est coutumier.
Si l'éducation, la situation de fortune et lamourpropre outrecuidant de Pierre Leroux, heurtés à l'immense orgueil du poète, créaient, entre les deux hommes, une barrière infranchissable, il est évident que leur situation de proscrits les unissait : ils détestaient le Xercès français et ils aimaient Paris et la France de toute l'ardeur de leur âme. Peut-être déjà V. Hugo prenait-il ce ton prophétique qui fait dire à Paul de Saint- Victor qu'on sent passer dans les Bannis le souffle d'Ezéchiel ; et, peut-être aussi, y eut-il parfois entre les deux proscrits de ces silences, émus et profonds, qui inspirent au poète ce vers éloquent qui nous incline nous-mème à l'émotion et à la méditation :
Et nous étions ainsi pensifs pour la patrie I
BlBLIOGKAPHIE.
Paul Perdrizet. Les Bannis. Revue d'Histoire littéraire de la France, igoS, p. 4o9-4ifi.
1. Cf. Pierre Lcroui, La Grève de Samarez . Paris, Denlu, i863.
2. Cf. Paul Berret, La Philosophie de V. Hugo. Paris, Paulin, 1910, p. 3i-'io.
LES BANNIS
Cynlhée, Athénien proscrit, disait ceci :
Un jour, moi Cynthœus et Méphialte aussi,
Tous deux exilés, lui de Sparte, moi d'Athènes,
Nous suivions le sentier que voici dans les plaines.
Car on nous a bannis au désert de Thryos.
Un bruit pareil au bruit de mille chariots.
Un fracas comme en peut faire un million d'hommes,
S'éleva tout à coup dans la plaine oii nous sommes ;
Alors pour écouter nous nous sommes assis ;
Et ce grand bruit venait du côté d'Eleusis ;
Or Eleusis était alors abandonnée,
proscrit
1. a) Un banni, Dycéus, a raconté ceci 6) Dycéus, Athénien proscrit
2. Un jour, moi, Dycéus et Demarate, aussi 5. ... aux sables de Thryos.
(). ... au bruit de trois cents chariots
1. Cynthée est l'épithèto connue, communément donnée par les poètes à leur dieu Apollon. L'allusion est transparente ; il s'agit de V. Hugo lui-même, poète comme Cynthée. Cynthée remplace Dicée, Athénien d'après Hérodote.
2. Méphialte : Sur la personnalité de Méphialte, cf. notice p. 207. Méphialte remplace Demarate, lacédémonien d'après Hérodote.
5. Bannis au désert de Thryos : Sur cette inexactitude, cf. notice, p. 207. Le mot Thryos a été créé par V. Hugo pour helléniser la forme Thrius donnée par Du Ryer, Mais ïhrius est ou une inadvertance, ou une faute d'im[)rcssion dans Du Ryer, car la forme grecqiie est, pour le dème, Wfïa, et, pour la plaine d'Eleusis, to Hptdta'.ov.