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i5 février

xsvi INTRODUCTION.

ce peuple et de se le réserver pour l'avenir, lorsqu'il sera plus sage; en attendant, il blâme tout d'abord les mesures militaires prises par le gouvernement contre l'insurrection :

Quand finira ceci ? Quoi ! ne sentent-ils pas Que ce grand pays croule à chacun de leurs pas ?

Châtier qui ? Paris? Paris veut être libre

Un cri, Bruxelles, i5 avril 1871.

Puis, navré de voir que les insurgés se compromettent et se condamnent aux yeux de tous les Français par leurs violences et leurs crimes, il tente de ramener au sentiment de la justice les hommes qui dominaient la Commune et la précipitaient sous prétexte de talion dans l'arbitraire et la tyrannie ; il désapprouve leurs « représailles » ' :

J'ai payé de vingt ans d'exil ce droit austère

D'opposer aux fureurs un refus solitaire

Et de fermer mon âme aux aveugles courroux ;

Si je vois les cachots sinistres, les verroux,

Les chaînes menacer mon ennemi, je l'aime,

Et je donne un asile à mon prescripteur même;...

Je sauverais Judas si j'étais Jésus-Christ.

Je ne prendrai jamais ma part d'une vengeance.

Le poème est plein do hauteur et de dignité morales ; mais appeler représailles - des menaces criminelles et des crimes, c'était reconnaître et affirmer que le droit était du côté des révoltés. Ce droit, il ne cesse de le proclamer aux

I. Pas de représailles, 3i avril 1871. On connaît le décret de la Commune en date du 5 avril : « Toute personne prévenue de complicité avec le gouvernement de Versailles sera immédiatement décrétée d'accusation et incarcérée... Tous les accusés... seront les otages du peuple de Paris. Toute exécution d'un prisonnier de guerre ou d'un partisan du gouvernement régulier de la Commune de Paris sera sur le champ suivie de l'exécution d'un nombre triple d'otages. »

a. Gf ce qu'en pensait Paul de Saint- Victor lui-même, le familier, le commensal et l'admirateur passionné du porte : « Si le poète n'absout pas la Commune, il voile ses crimes, il pallie ses hontes, il cherche des circonstances atténuantes à ses forfaits inexpiables, il étend sur clic une si large indulgence, qu'elle équivaut à l'impunité. 11 traite à l'égal d'une Révolution discutable l'insurrection scélérate, qui renia, devant l'ennemi, l'idée qu'on voit tressaillir confusément encore au fond des plus viles émeutes de l'histoire, celle do la Patrie. » lïcior Hugo, p.ir Paul de Saint- Victor, p. 375.

INTRODUCTION. xxvu

heures les plus graves. Dans des vers héroïques et où sonne le clairon de VExpialion, il apostrophe les démolisseurs de la colonne Vendôme, mais il a soin de déclarer en passant :

... De CCS deux pouvoirs dont la colère croît, L'un a pour lui la loi, l'autre a pour lui le droit : ^ ersaille a la paroisse et Paris la Commune '.

Enfin, passant des paroles aux actes, après la défaite de l'insurrection, et affirmant que le gouvernement régulier est aussi criminel que celui de la Commune, il offre dans sa demeure de Bruxelles un asile aux rebelles fugitifs^. Des Bruxellois indignés lancent des pierres contre les fenêtres de sa maison ; il est expulsé de Belgique : il se réfugie à Vianden, dans le Luxembourg. Et le voici de nouveau aux yeux du parti révolutionnaire dans l'attitude d'un martyr. Mais l'auberge de Vianden n'a pas, aux yeux de Paris, la grandeur du rocher de Guernesey : les élections de juillet 1871 n'accordent à V. Hugo que 08000 voix.

Le rêve politique du poète s'évanouit.

De retour à Paris et candidat aux élections de 1872, il se voit préférer un adversaire déterminé « des horreurs de la Commune », l'obscur Vautrain. Le dernier coup est porté ; et, somme toute, le poète garde au fond de lui-même l'impression d'une mésalliance infructueuse : « Dans la tourbe au milieu de laquelle il vit, écrivent les Concourt en mars 1872, dans le contact imbécile et fanatique qu'il est obligé de subir, dans les mesquineries idiotes de la pensée et de la parole qui le circonviennent, l'illustre amoureux du grand, du beau, enrage au fond de lui... Parfois, dans l'envahissement de .son salon par les liommes à Jeatre mou, il se laisse retomber, avec une lassitude indéfinissable, sur son divan, en jetant dans une oreille amie : « Ah ! voilà les hommes a politiques ^ ! »

1. Cf. aussi la Lettre datée de Bruxelles, 28 avril 1871, mais non publiée à cette date et parue seulement en 1876 dans Depaia l'Exil, IV.

2. Sur l'altitude deV.Hugoà l'égard des fugitifs delà Commune, cf., à la suite de la Revue de la Presse, les deux pièces justificatives et les opinions différentes de F. Sarcey et de C. Pelletan.

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