Cf. Paul Bcrrct, la Philosophie de V. Huf/o, p. ii-iô
a. V. Hugo songca-t-il, lorsqu'il revint au Romancero, à changer de mètre ? On rencontre en efTct dans le fragment 236 du ms. ^o les vers suivants :
Ne vous figurez pas N'attendez pas de irioi que je raltc. Non ! j'aime Rien de plus
\ oilà tout, comme on fait dans les monts, dans les bois; Ma manière d'aimer fait crier quelquefois ; Des langues de lion le lèchemcnt est rude.
23o APRÈS LES DIEUX, LES ROIS.
En 1825, il y avait doux ans qu'Aboi Hugo avait publié ses- Romances historiques (^182^), et annoncé la publication d'une traduction des Romances sur le Cid ' .
C'était l'époque où V. Hugo fréquentait Nodier et Emile Deschamps. Emile Deschamps avait rendu compte dans la Muse française de la traduction en vers des Romances du Cid par Creuzé de Lessert, et précédemment Abel Hugo en avait fait un bref éloge dans une note de ses Romances historiques.
Souvenirs bien lointains"^! Et combien d'autres s'étaient interposés entre cette première curiosité du jeune poète pour l'Espagne et le retour en i856 à une inspiration qu'à vrai dire, l'auteur des Orientales, d^Hernani, de Ruy Blas n'avait jamais délaissée. Faut-il rappeler qu'on i843 il avait voyagé en Espagne, entretenu des relations avec Roger de Beauvoir, l'auteur de la Porte du Soleil, avec le baron Taylor qui publia un volume sur les Pyrénées, avec Théophile Gautier, à qui Tra los Montes valut un succès de librairie ?
11 n'entre pas ici dans notre dessein de remonter à toutes les causes qui attachèrent V. Hugo à l'inspiration espagnole^ : ce que nous nous proposons de déterminer, ce sont les sources directes auxquelles le poète a pu puiser en i856 et le caractère tout particulier de son inspiration à cette date.
Nombreuses sont les études et les traductions que V. Hugo
Les montagnes, Seigneur, ne se dérangent pas. ou les montagnes n'ont pas entre elles de façon ou les montagnes n'ont pas ces politesses-là.
Le Mont-Blanc à l'Etna ne fait pas de visites.
Mais il se peut .Tussi que ces alexandrins aient été composes pour le Cid Exilé.
I. « Le nombre des Romances sur le Cid empêche de les insérer dans ce volume. En attendant la publication de la traduction qtie j'en ai faite, je vais placer ici un chapitre d'une chronique fort rare sur ce héros. Les personnes qui seraient curieuses de connaître les romances sur le Cid avant la publication du volume qui les contiendra toutes peuvent consulter les excellentes imitations que le marquis de Paulmy en a insérées dans la Ribliothcque des Romans (juillet 1788, tome II) et les imitations en vers de ces mêmes romans que M. Creuzé de Lessert vient de publier. » — Abel Hugo, Bomances historiques, i8a3, p. 50, note IV.
■Ji. Sur toutes ces questions et sur la connaissance que V. Hugo pouvait avoir de la langue espagnole, cf. Paul Berrct, Le Moyen-Age dans la Légende des Siècles et les sources de V. Hugo. Paris, Paulin, iijii, p. 80-87.
3. Cf. Ibid., p. ii/i-i33, et dans la Collection des (irands Écrivains de la France, Légende des Siècles de i85fi. Notice sur le Pelil Roi de Galice.
avait pu lire de 1826 à i856 et dont il a pu garder quelques souvenirs.
La Bibliothèque des Romans avait en décembre 1782, dans les notes d'une nouvelle intitulée la Fouine de SéuUle, donné la version française d'une Romance du Gid : Les recommandations de Rodrigue à Chimene avant la bataille. En juillet 1788, réunissant toutes les romances publiées qu'il connaissait sur le Gid, le marquis de Paulmy leur avait consacré la presque totalité delà livraison mensuelle*. Abel Hugo recommandait la lecture du marquis de Paulmy en même temps que celle de Grcuzé de Lessert. Signalons, en i83o, une adaptation des Romanceros du Gid par le chevalier de Regnard (Paris, Anceiin), puis, en i836, les analyses et les citations de Gornille dans ses Souvenirs d'Espagne (Paris, Bertrand, i836), la traduction en prose avec texte en regard d'Antony Rénal (Le Romancero du Cid, Paris, Baudry, i8i42, 2 vol.'-), celle du Romancero général par Damas Hinard (Paris, Delahayes, i8;l^, 2 vol.), dont Gh. Magnin fit l'éloge dans la Revue des Deux Mondes (^i"^ août 18^7). Entre temps, A. Jubinal, dont on connaît les rapports avec V. Hugo, avait traduit, dans la France Littéraire du 11 juillet 18^1, le Poème du Cid.
Quelle que soit l'aptitude de V. Hugo à transposer ses lectures dans le ton de l'épopée, il faut bien constater, à lire ces adaptations et ces traductions, qu'elles sont aussi éloignées que possible de la vigueur et de la couleur de l'oeuvre de V. Hugo. D'un Greuzé de Lessert, par exemple, Emile Deschamps loue vaguement la grâce et la souplesse d'esprit : en réalité, il n'y a chez de Lessert que banale élégance et imprécision, et il faut faire grand effort pour dégager de ce fatras de fadeurs la vision d'un Gid, analogue à celui de V. Hugo.
Même fadeur chez le chevalier de Regnard. La traduction d'A. Rénal suit de près, il est vrai, le texte espagnol ; mais la confrontation des vers de V. Hugo avec la prose d'Antony Rénal aussi bien qu'avec les versions de Greuzé de Lessert, de Regnard et de Gornille ne décèle aucune similitude décisive.
Restent l'article très incomplet de Jubinal dans la France lillcraire en i8^i et le Romancero général de Damas Hinard en i844.
I. De la page 3 à la page 121. La Table donne les titres suivants : L'Histoire en romances du trôs valeureux chevalier Don Rodrigue de Bivar, le fier Cid Campéador, p. 3. Histoire du Cid sous le règne de Ferdinand, p. 36. Histoire du Cid sous le règne de Don Sanchc le Fort, p- 87. Histoire du Cid sous le règne d'.\lphonsc VI le Brave, p. iii.
a. On lira avec fruit les Obiervalions préliminaires d'A. Rénal, où il étudie et critique l'oeuvre de ses devanciers.
On connaît ce que V. Hugo doit à Jubinal pour Aymerillot elle Mariage de Roland. Il y a lieu de présumer que, pour V Aigle du Casque, Jubinal, par des lettres ou des conversations, a complété ce que contenaient les articles du Journal dn Dimanche. A-t-il fait de même après avoir donné à V. Hugo son article sur le Poème du Cid? Et quant au Romancero général, Damas-Hinard a-t-il été signalé à V. Hugo par Jubinal, et V. Hugo l'a-t-il lu ' ? On est réduit aux conjectures ; car V. Hugo ne possédait dans sa bibliotlièque de Guernesey ni de Lessert, ni de Regnard, ni Cornille, ni Damas-Hinard ; nous n'avons pas trouvé non plus la France littéraire, dans les revues dépareillées qu'il avait conservées.
Mais, parmi les lectures anciennes qui ont pu laisser des traces dans la mémoire de V . Hugo, il en est une qui peut être relevée avec quelque vraisemblance. C'est le recueil de romances du Marquis de Paulmy dans la Bibliothèque des Romans, signalée, comme nous l'avons dit par Abel Hugo dans ses Romances historiques ; cette adaptation était la plus répandue au temps de la jeunesse du poète : elle est faite dans le ton et le goût des volumes du Comte de Tressan parus dans la même collection, le Roland Furieux, VAmadis des Gaules, vieux livres que V. Hugo aimait et qu'il avait emportés à Gucrnesey ; enfin les similitudes qu'on peut constater entre le Romancero de V. Hugo et le Romancero espagnol - proviennent jjrcsque toutes des passages réunis par le marquis de Paulmy sous le titre de Les Belles Romances de la querelle d'AlJonse et du Cid : partout ailleurs les griefs du Cid sont disséminés et dispersés : ils sont là artificiellement rassemblés et groupés, dans deux discours, l'un du Cid, l'autre do Chimcne^.
Au reste, les souvenirs du Romancero, quelle que soit leur provenance, cpars et rares dans la mémoire de V. Hugo, sont, pour la
I. On rencontre dans le Petit Hoi de Galice (décembre i858) un souvenir possible (les Romances de GaifTeros, v. 336-338.