LE ROI DEFIANT
Quand je songe en ma tanière laS
Mordant ma barbe et rêvant, Regardant dans ma bannière Les déchirures du vent,
Ton effroi sur moi se penche.
Tremblant, par tes alguazils i3o
Tu te fais garder, roi Sanche,
Contre mes sombres exils.
Moi, je m'en ris. Peu m'importe 0 roi, quand un vil gardien
ia4. Et d'un soufflet...
La strophe 125-128 figurait d'abord en marge du vers 10'). lag-ido. Addition marginale qui faisait d'abord suite an vers io4. i33-i4o. Première rédaction :
Moi, je m'en ris. [Que] m'importe
Que l'être qui, dans Jaen,
Couche en travers de ta porte
Soit un homme ou soit un chien 1
D'ombre en vain lu t' environnes ;
Ma colère un jour pensa
Prendre l'or de tes couronnes
Pour ferrer Babieça.
12^. Roi des Golhs : terme dédaigneux. On sait que les Goths se maintinrent longtemps dans les Asturies, oià ils furent vaincus par Pelage. Les fils aînés des rois d'Espagne portèrent plus tard le titre de princes des Asturies. Jo liens de Paul Meurice que V. Hugo avait lu VHistoire des Goths de Jordanès.
Couche en travers de ta porte, i35
Qu'il soit homme ou qu'il soit chien 1
Tu dis à ton économe,
A tes pages blancs ou verts :
— « A quoi pense ce bonhomme
« Qui regarde Je travers? i4o
a A quoi donc est-ce qu'il songe?
« Va-t-il rompre son lien ?
« J'ai peur. Quel est l'os qu'il ronge? « Est-ce son nom ou le mien?
« Qu'est-ce donc qu'il prémédite? i45
« S'il n'est traître, il en a Tair.
« Dans sa montagne maudite « Ce baron -là n'est pas clair.
« A quoi pense ce convive
« Des loups et des bûcherons? i5o
« J'ai peur. Est-ce qu'il ravive
« La fraîcheur des vieux affronts ?
« Le laisser libre est peu sage ;
« Le Cid est mal muselé. » —
Roi, c'est moi qui suis ma cage i55
Et c'est moi qui suis ma clé.
C'est moi qui ferme mon antre; Mes rocs sont mes seuls trésors ;
i4i. Tu te dis : /?uv Diaz songe.
i43-i48. Addition marginale.
i46. S'il n attaque.. .
ilxo-i^k- C'est évidemment un discours de Napoléon III à propos de \ . Hugo exilé. Les deux derniers vers, qui trahissent 1ns inquiétudes que V. Hugo prêtait à l'empereur, sont caractcristiq\ies. Aucun point de contact avec le Romancero espagnol.
Et c'est moi qui me dis : rentre !
Et c'est moi qui me dis : sors ! i6o
Soit que je vienne ou que j'aille, Je tire seul mon verrou.
Ah ! tu trouves que je bâille Trop librement dans mon trou !
Tu voudrais dans ma vieillesse, "65
Comme un dogue dans ta cour, M'avoir, moi, le Cid, en laisse.
Et me tenir dans ma tour,
Et me tenir dans mes lierres,
Gardé comme les brigands... — 170
Va mettre des muselières
Aux gueules des ouragans !