Il t'aime, et cependant, dit le roi, c'est ton fils
en 1889. Y aurait-il eu confusion dans l'esprit de \. Hugo entre les siècles de l'hcgire et ceux de l'ère chrétienne .' 1291, c'est le treizième siècle chrétien ; 1889, c'est le huitième siècle persan.
Date du ms. : 16 août 1872. — H. H.
LES DEUX MENDIANTS
Le court poème des Deux Mendiants semble an premier abord un morceau détaché des Quatre Jours d'Elciis : si l'on s'en rapporte au sous-titre imprimé : La taxe au Saint-Ernpire ; la dîme au Saint-Siège, et surtout à celui qui figure sur la pi-emière épreuve La taxe du treizième siècle, Les Deux Mendiants apparaissent situés dans le cadre historique du moyen âge. La parenté des idées et des expressions avec celles des Quatre Jours d'Elciis est frappante :
Le saint-pcre est le grand mendiant indulgent; Les choses en sont là qu'on a pour son argent Plus ou moins de pitié, plus ou moins de prière,
Et que l'Eglise en est la sinistre usurière
Pour être petit, pauvre, huml)lc, comme Jésus Le commandait à Jacque, à Simon, à Didyme, Le pape a le décime, et l'évcque a la dime.
Tout est occasion fiscale :
(L Premier jour. Gens de guerre el Gens d'Eglise, v. î83 et sq.)
Mais en réalité les Deux Mendiants, écrits en avril 1872, sont un poème d'actualité. Si \ . Hugo, au bout de quinze ans, revient à son inspiration de décembre 1857, c'est que des événements précis \'y ramènent.
En mars el en avril 1872, le journal auquel était abonné V. Hugo et qu'il lisait quotidiennement, La Presse, public, au sujet du revenu des évoques et du pape, de courtes notes, mais singulièrement suggestives.
A la date du 10 mars, La Presse signale que l'archevêque de
Prague touche un revenu de Sooooo francs; à la date du a3 mars, on y lit, sous la riibrique Italie : « Un décret royal porte que la rente perpétuelle de trois millions deux cent vingt-cinq mille francs allouée au Saint-Siège, sera inscrite séparément dans le Grand-Livre de la dette publique, avec jouissance du i*"' janvier 1871 ; — elle sera exempte de tout impôt. » Et, le 10 avril : « Le bruit que le pape aurait accepté la rente de trois millions deux cent vingt-cinq mille francs qui lui a été offerte par l'Italie est controuvé. Le pape ne veut rien recevoir du gouvernement italien, il n'accepte que les aumônes du monde catholique à titre de moyens de subsistance. »
Le mot d'aumônes * était fait, à coup sûr, pour rappeler à V. Hugo l'idée de mendiant, exprimée dans Elciis.
D'autre part, après la chute de Napoléon III une commission fut instituée pour la liquidation des dettes de la liste civile de l'empereur. Les ttavaux de cette commission durèrent jusqu'en 1874'', et, à plusieurs reprises, les journaux donnèrent sur ces enquêtes des détails qui passionnèrent l'opinion publique : on apprit notamment que, certaine année, l'empereur avait dépassé d'environ six millions les sommes qui lui étaient allouées^.
V. Hugo, pour qu'il n'y eût point d'équivoque, avait d'abord donné comme sous-titre à son poème : Liste civile et denier de Saint-Pierre. Ces expressions modernes lui parurent-elles peu dignes de l'épopée ? ou plutôt, car, dans la Légende des Siècles de 1877, il y a plus d'une pièce inspirée par les événements contemporains, ne se faisait-il pas une sorte de gloire d'avoir dénoncé dès 1857 dans les Quatre Jours d'Elciis des abus qui se renouvelaient en 1872, et n'eut-il pas un certain plaisir à placer une seconde fois dans le cadre du moyen âge la nouvelle expression de son indignation ?
I. C'est le nom que le clergé donna toujours au denier de Saint-Pierre. De nos jours, comme à l'origine, le denier de Saint-Pierre est purement une aumône et non un impôt. Il parut cependant à certains évèques que le terme était luuiiiliant pour le pape, et ils proposèrent de le remplacer par les désignations d'hommaqc ou de dette Jiliale. Cf. abbé Camille Daui, Le denier de Saint-Pierre. Paris, Rloud, 1907, p. 55.
2 Cf. Alphonse Gautier, Etudes sur la liste civile en France. Paris, Pion, 1882, p. 208-209.
3. Le mouvement d'indignation soulevé dans l'opinion publique par le gouvernement de la Défense nationale s'accrut encore dans le premier trimestre de 1872 par ce fait que les cotes et quittances des nombreux impôts augmentes ou créés h cette date portaient cette mention : « Frais de la guerre avec la Prusse déclarée par l'empereur Napoléon IH. »
LES DEUX MENDIANTS