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CHANSON BARBARE

La chanson, c'est l'épopée populaire.

Il ne faut donc pas s'étonner que Y. Hugo ait songé à composer des chansons pour la Légende des Siècles.

Nous en avons déjà rencontré deux ' : l'une, la Chanson des Aventuriers de la Mer, était l'évocation pittoresque d'exploits légendaires ; l'autre, la Chanson de Sophocle à Salamine, empreinte des préoccupations personnelles du poète, était une fantaisie sur la jeunesse amoureuse de Sophocle.

Le caractère de la Chanson des Reîtres est différent : l'effet qu'a recherché V. Hugo est avant tout musical.

La Chanson des Reîtres composée en mai iSSg paraît être le complément d'un des premiers développements du Régiment du Baron Madruce terminé le 29 février précédent, et elle s'intercalerait facilement après ces vers :

Le tambour roule avec un faste oriental

Et vibre, tout tremblant de plaques de métal,

Si bien qu'on croit entendre en sa voix claire et gaie

Sonner allègrement les sequins de la paie.

(V. i5-iS.)

I. Sur ces deux chansons et leur caract^-re particulier, cf. la notice et le texte de la Chanson des Avenluriers de la Mer, dans la Légende des Siècles de iSôg, tome H, p. 6G7 et de la Chanson de Sophocle à Salamine dans la Légende des Siècles de 1^77, p. igg-aoS. Il y a dans la Légende des Siècles de i883 une pièce intitulée la Chanson des doreurs de proue qu'on ne saurait rappeler ici pour un parallèle, car le caractère traditionnel du genre y est très atténué.

3o2 APRÈS LES DIEUX, LES ROIS.

Ce sont ces scquins de la paie, en l'espèce des rixdales et des doublons, que font sonner, elles aussi, les rimes de la Chanson des Retires.

Il ne faut demander ici au poète ni originalité de pensée, ni érudition pittoresque ; le sous-titre est explicatif: Chanson barbare; en huit strophes, des soudards chantent brutalement la déroute de l'ennemi, la victoire, la fuite des rois, la conquête des femmes, les beuveries, l'ivresse et la mort : autant de brèves évocations en quelques images concrètes.

Ces huit strophes sont de neuf vers ; mais elles ne présentent que trois vers de développement : il y a six vers de refrain ; et c'est dans ces six vers que V. Hugo met tout son art à faire retentir « allègrement » la sonorité métallique des pièces d'argent et d'or, qui paient la violence des reîtres.

Les sons clairs e, i alternent avec les sons pleins a, o. ou sourds ou, ou nasaux un, on, lancés par des dentales, des sifflantes, des liquides et finalement des explosives :

Nous jouerons aux dés sur les dalles ;

Sonnez dou-bloni,

Sonnez rix - dales !

Sonnez clai-Tons,

Sonnez cyn-balesl On entendra si -f fier les balles.

Le manuscrit révèle que V. Hugo a hésité sur rallernance des vers et qu'il a, à plusieurs reprises, changé la succession des rimes aux vers lo-ii, 17-18, 19-20, 6^-65, afin d'atteindre le maximum de résonance.

Si en lisant les vers du Régiment du Baron Madruce nous percevons dans le retentissement des tambours aux plaques de métal le son des sequins de la paie, ici, par une curieuse réciprocité, dans le choc cadencé des rixdales et des doublons qu'accompagne l'allégro des cymbales et des clairons, nous entendons se rythmer toute une marche de reîtres lourdement bottés, qui défilent en marquant, avec leurs pas, la mesure d'une symphonie guerrière.

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