‹ Légende des sièclesChapitre 216 sur 277 · Cf. Le Théâtre en Liberté. Ed. Ollendorf, 191 1, p · texte numérisé non relu

Cf. Le Théâtre en Liberté. Ed. Ollendorf, 191 1, p

Le vers

Je suis un conquérant de liards dans les poches

devint, pourvu d'une antithèse, la conclusion du poème : Un voleur à un roi :

Telle est notre nuance, ô le meilleur des princes, Je conquiers des liards, tu voles des provinces i.

Le ton restait le même : rien de plus alerte et de plus spirituel que ce monologue de voleur : c'était un perpétuel jaillissement de trouvailles imprévues où la cocasserie de Maglia s'alliait à la verve de don César de Bazan. Mais il parut sans doute au poète que ces ruades de Pégase en liberté troubleraient l'équilibre du recueil de 1877, et, réservant pour l'instant les pasquinades du fantaisiste Aïrolo et désireux d'ailleurs de continuer à invectiver les rois, il eut l'idée de charger les lions d'être ses porte-parole.

La gravité leur sied : outre que V. Hugo avait déjà, dans les Châtiments, dressé, contre Napoléon III, les invectives de tous les êtres de la nature, il avait dès longtemps une prédilection pour les lions 2. Il venait d'écrire pour Jeanne dans l'Art d'être GranJ-Père (septembre 1874) ce charmant conte ad usuni puellulœ, cette image d'Epinal haussée à la grandeur épique qui a pour titre l'Epopée du Lion^. Peut-être, en l'écrivant, s'était-il familiarisé avec la naïveté au point de ne plus apercevoir qu'elle courait risque de faire sourire. Dans Quelqu'un met le holà les lions mangent les armées ni plus ni moins que dans l'Epopée du Lion.

Cette contamination de l'A ri d'être Grand-Pire et du Théâtre en Liberté offre une conclusion vraiment inattendue. Elle est celle de la pièce la plus splendidement épique du recueil, celle d'Abîme. Dieu apparaît, ce dieu

« Qui n'aurait qu'à souffler et tout serait de l'ombre

Mais l'expression de son omnipotence est abaissée de plusieurs crans :

Je suis celui qui sème au hasard et sans nombre, Et qui, lorsqu'il lui plaît, donne des millions D'astres au firmament et de pous aux lions.

I. Cf. Masferrer, v. 675 : Et ce qu'on nomme vol, se nommera conquête.

a. Cf. la notice du poème Les Lions dans la Légende des Siècles de iSSg, tome I"', p. 61 .

3. L'Epopée du Lion aussi bien que Quelqu'un met le hold pourraient avoir pour épigraphe ce vers du Lion d'AndrocIès :

El, l'homme étant le monstre, o lion, tu fus l'homme.

On ne s'attendait guère à voir les poux en cette affaire : la justice du Vindex s'exerce ici de manière presque comique.

Est-ce souci d'artiste ? On ne saurait contester que le dénouement reste aussi en harmonie avec le récit : Tali dignus vindice nodus.

Quelqu'un met le holà est un des poèmes les plus curieux du recueil de 1877, aussi bien pour la singularité de ses sources, que par l'audace naïve de son expression.

Les grands lions ont dit aux rois épouvantables : Vous couchez dans des lits, vous buvez à des tables, Nous couchons sur la pierre et buvons aux ruisseaux ; Vous faites en marchant le bruit des grandes eaux, 0 rois, tant vous avez autour de vous d'armées. Vos femelles, au bain, pour être parfumées. Se laissent par l'eunuque infâme manier ; Les nôtres ont l'odeur féroce du charnier, Et, comme leur caresse est féconde en blessures. Nous leur rendons parfois leurs baisers en morsures,

Titre : Après les Dieux, les Rois.

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