Quand le voyageur [quitte] Ovarzun
79-1 16. C'est là une des plus bulles et des plus poétiques impressions du voyageur en Espagne : et rien dans ce que le Guide Richard a pu suggérer à V. Hugo n'atteint cette large vision de la plaine aperçue des hauteurs, ne donne cette large sensation d'espace, et n'approclie de la magnificence de l'apparition du Pic du Midi. Et cependant maintes fois Ramond et Richard ont eu l'occasion d'éprouver la même admiration. Bornons-nous à ce qui est dit du Mont Perdu : « En vain, dit Ramond, je tenterais de décrire ce que son apparition a d'inopiné, d'étonnant, de fantastique, au moment où le rideau s'abaisse, où la porte s'ouvre, où l'on touche le seuil du gigantesque édifice ! M Cité par Richard. Guide aux Pyrénées, 1809, p. 22a.
Et songe^ et va disant tout le long du chemin : 90
— Bah ! s'il existe un Pic du Midi, que je meure !
La montagne Oyarzun est belle, à la bonne heure ! —
Laissant derrière lui hameaux, clochers et tours,
Villes et bois, il marche un jour, deux jours, trois jours ;
• — Le genre humain dirait trois siècles ; — il s'enfonce 9^
Dans la lande à travers la bruyère et la ronce ;
Enfm, par hasard, las, inattentif, distrait^
Il se tourne, et voici qu'à ses yeux reparaît^,
Comme un songe revient confus à la pensée,
La plaine dont il sort et qu'il a traversée, 100
L'église et la forêt, le puits et le gazon ;
Soudain, presque tremblant, là-bas, sur l'horizon
Que le soir teint de pourpre et le matin d'opale,
Dans un éloignement mystérieux et pâle.
Au-delà de la ville et du fleuve, au-dessus io5
D'un tas de petits monts sous la brume aperçus
Oî^i se perd Oyarzun avec sa butte informe,
11 voit dans la nuée une figure énorme ;
Un mont blême et terrible emplit le fond des cieux ;
Un pignon de l'abîme, un bloc prodigieux no
Se dresse, aux lieux profonds mêlant les lieux sublimes.
Sombre apparition de gouffres et de cîmes,
Il est là ; le regard croit sous son porche obscur
Voir le nœud monstrueux de l'ombre et de l'azur,
Et son faîte est un toit sans brouillard et sans voile, ii5
Où ne peut se poser d'autre oiseau que l'étoile ;
gd. Landes et bois...